FLASHS GRAS MARS

 

Sponsorisation et résultats d’étude

Nous vous livrons une illustration supplémentaire de l’effet d’une sponsorisation des études publiées sur leurs résultats. Kelly et coll. se sont intéressés aux articles parus de 1992 à 2002 dans 4 revues psychiatriques  « peer-reviewed » (articles jugés et commentés par des pairs), concernant des médicaments utilisés en psychiatrie. Ils ont trouvé 542 recherches. Dans celles-ci, les résultats étaient favorables aux nouveaux traitements :

- pour 78% dans les études sponsorisées

- pour 48% des publications sans sponsorisation de l'industrie

- pour 28% des recherches sponsorisées par un concurrent.

Ces pourcentages sont maintenus après contrôle pour de nombreux autres paramètres: journal, année, médicament étudié, délai post approbation par la FDA, diagnostic, échantillon de population incluse, protocole d'étude.
A souligner aussi, dans cette étude, une autre observation : une sponsorisation croissante de la proportion des études réalisées : de 25% en 1992 à 57% en 2002.

 

Référence :

Kelly R, Cohen L, Semple R et al. Relationship between drug company funding and outcomes of clinical psychiatric research. PSYCHO MED 2006;36:1647-56.

 

 

Nègres et fantômes dans les études sponsorisées

Nous avons déjà souligné, dans la Lettre du GRAS, l’importance croissante des « nègres et des fantômes » dans la réalisation et l’écriture d’études cliniques (voir LLG n°49). Peter Gotzsche et coll (1) apportent des informations précieuses dans ce domaine. Ils ont comparé les protocoles d’étude remis à des comités d’éthique et les publications finales d’études sponsorisées par les firmes pharmaceutiques. Ils nomment auteurs « fantômes » les personnes qui ont écrit le protocole d’étude, ont réalisé les analyses statistiques ou écrit le manuscrit mais ne sont reprises ni comme auteur, ni comme membres du groupe d’étude ou du comité rédacteur, ni ne figurent dans la liste des personnes gratifiées de remerciements. De tels auteurs fantômes sont identifiés dans 75% des études (IC à 95% de 60 à 87%) et dans la majorité des cas il s’agit de statisticiens.

 

Référence :

Gotzsche PC, Hrobjartsson A, Krogh Johansen H et al. Ghost authorship in industry initiated randomised trials. PLoS Medicine Http.//www.plosmedicine.org.

 

 

Effets indésirables de médicaments

La FDA a approuvé, en cette fin 2006, différentes modifications à apporter aux notices scientifiques de quelques médicaments. Nous notons plus particulièrement :

- fexofénadine (Telfast ®) : bioéquivalence réduite de 36% lors d’une prise concomitante avec du jus de fruit (pamplemousse, orange, pomme)

- duloxétine (Cymbalta®) : risque d’apparition d’un syndrome sérotoninergique (symptômes neurologiques (agitation, hallucinations, coma), dysautonomiques (tachycardie, pression artérielle labile, hyperthermie), neuromusculaires (hyperréflexie, incoordination), gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée) en cas d’administration conjointe avec : lithium, tramadol, millepertuis ou les triptans

- méthylphénidate à libération prolongée, de plus en plus prescrit dans le syndrome d’hyperactivité avec déficit de l’attention : risque accru de décès brutal chez des patients à risque cardiaque, exacerbation potentielle de troubles psychiatriques préexistants, émergence de symptômes psychomaniaques, risque d’arrêt de croissance temporaire.

 

Référence :

http://www.fda.fgov/medwatch/safety

 

Rétention d’information ?

La FDA a recommandé de ne plus commercialiser la télithromycine (Ketek ®) pour le traitement de la sinusite ou de la bronchite, estimant que, dans ces indications, les risques du médicament sont supérieurs à son bénéfice potentiel. Elle estime cependant que dans le traitement d’une pneumonie le risque reste moins important que le bénéfice potentiel. Le risque est celui d’une insuffisance hépatique (13 cas rapportés en septembre 2006 selon l’Associated Press (1)). Une commission sénatoriale américaine accuse la FDA d’avoir tu des informations importantes concernant cet effet indésirable sévère, parfois mortel, lors de l’approbation du médicament en 2003. L’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis, relayée dans le Wall Street Journal et dans la revue Nature (2) entre autres.

 

Référence

(1) Bridges A for AP. Advoisers suggest restricting antibiotic. Federal advisers recommend restricting use of Sanofi-Aventis antibiotic.

(2) Christoffersen RE. Antibiotics-an investment worth making? Antibiotics markets are huge and the need for new classes of antibiotics is great, but the risks give investors pause. Nature 2006;24(12):1512-4.

 

 

Pharmacovigilance et notifications des patients

La Revue Prescrire (1) souligne l’importance de la communication par les patients eux-mêmes d’effets indésirables observés avec les médicaments. Elle rapporte l’expérience favorable du centre hollandais de pharmacovigilance. Les patients ont rapporté plus souvent des effets indésirables graves. Au Royaume-Uni, les paramédicaux sont encouragés à transmettre leurs observations à la pharmacovigilance. En Belgique, l’association de consommateurs « Test Achats » a créé un point de signalisation où les consommateurs peuvent communiquer les problèmes qu’ils rencontrent avec les médicaments (2). Cette association précise qu’elle procure au patient, s’il le désire, une réaction et « au cas où nous ne pouvons pas donner de réponse, nous transmettons la plainte (sans les données personnelles) aux instances compétentes ». Il nous semble qu’il serait beaucoup plus utile que toutes les informations en provenance des patients soient communiquées à la pharmacovigilance et que celle-ci assume les instructions nécessaires.

 

Références

1. LRP. Notifications directes par les patients : fructueuses. Revue Prescrire 2006;278:822.

2. Test Achats http://www.test-achats.be ou http://contactmedicaments.be