Donner systématiquement de l’aspirine aux plus de 70 ans ?LLG n°48, décembre 2005

Les recommandations américaines de l’U.S. Preventive Services Task Force préconisent de petites doses d’aspirine chez les sujets sans maladie cardiovasculaire avérée mais à risque plus élevé.

Au-delà de 70 ans, la plupart des personnes ont un risque cardiovasculaire élevé en raison de leur âge (94% des hommes et 46% des femmes ont un risque cardiovasculaire global élevé dans la tranche d’âge de 70 à 74 ans en Australie). Ne serait-il pas plus simple dès lors de donner systématiquement de l’aspirine à toutes la population de plus de 70 ans ?

Des auteurs australiens ont élaboré un modèle épidémiologique pour étudier l’utilisation en routine de petites doses d’aspirine (75 à 150 mg) chez les 70 à 74 ans sans maladie cardiovasculaire avérée (10 000 hommes et 10 000 femmes).

Un bénéfice important est noté pour la prévention des infarctus du myocarde ( - 389 chez les hommes et – 321 chez les femmes) ainsi que pour la prévention des AVC ischémiques (- 19 chez les hommes et - 35 chez les femmes). Ces résultats sont associés à une augmentation des hémorragies gastro-intestinales (+ 499 chez les hommes et + 572 chez les femmes) et des hémorragies intracrâniennes (+ 76 chez les hommes et + 54 chez les femmes).

Les auteurs pensent qu’il faut résister à la tentation de donner aveuglément de l’aspirine en prévention primaire chez les personnes âgées. Les bénéfices obtenus pourraient être contrecarrés par les saignements graves constatés.

Les limites de cette publication sont qu’il s’agit d’un modèle épidémiologique. Les auteurs notent des imprécisions possibles dans la collecte des données. Les intervalles de confiance sont très larges et ne permettent pas d’établir une différence en faveur des bénéfices ou des risques liés au traitement préventif par aspirine.

Nelson M, Liew D, Bertram M, Vos T. Epidemiological modelling of routine use of low dose aspirin for the primary prevention of coronary heart disease and stroke in those aged ≥ 70. BMJ, doi:10.1136/bmj.38456.676806.8F (published 20 May 2005).

Jeannine Gailly