Le diabète de type 2 est une pathologie fréquente (5 % de la population belge probablement). En cas d’insuffisance d’efficacité d’un régime adapté, une thérapie médicamenteuse est ajoutée, sous la forme d’un antidiabétique oral (ADO). La metformine est le seul médicament ayant démontré une efficacité en termes de mortalité diminuée chez les diabétiques obèses. Il n’est pas prouvé que son utilisation à dose adéquate et en respect des contre-indications majore le risque d’acidose lactique par rapport aux autres ADO (Salpeter 2003). Les nouveaux ADO, utilisés seuls ou en association avec des ADO plus anciens, apportent-ils des avantages en terme de morbidité et de mortalité ? Une revue de la littérature ne peut apporter aucun argument favorable en réponse à cette question, et ne peut également conclure à une plus grande sécurité. La pharmacovigilance signale des effets indésirables.
Deux thiazolidinediones
sont investiguées dans des études cliniques : la rosiglitazone et la
pioglitazone. Ces études concernent le même type de population : hommes et
femmes de 52 à 63 ans de moyenne d’âge, de BMI moyen situé entre 27,6 et 34,3
kg/m² (donc des obèses en forte majorité), avec une HbA1c basale (en début
d’étude) en général située entre 8 et 10 %. Dix études ont concerné une
monothérapie par thiazolidinediones versus placebo. Sept études ont concerné un
traitement associant une thiazolidinedione à un autre antidiabétique (sulfamidé
hypoglycémiant, metformine, insuline). La majorité des études sont sponsorisées
par des firmes produisant les ADO.
En monothérapie
Versus -placebo, la
rosiglitazone (4 ou 8 mg par jour)s’est montrée efficace sur les paramètres
glycémiques (glycémie et HbA1C) (RASKIN 2000, LEBOVITZ 2001, PHILIPS 2001) pour des patients présentant
une HbA1C moyenne de 9%, un
surpoids et traités par antidiabétique oral ou par régime à l’inclusion dans
l’étude. Les effets sur le profil lipidique et le poids corporel n’ont pas été
comparés adéquatement avec le placebo. Les effets indésirables significatifs
versus placebo sont une diminution (minime) du taux d’hémoglobine et de
l’hématocrite.
Versus
placebo, la pioglitazone s’est révélée efficace sur les paramètres
glycémiques à un dosage de 30 ou 45 mg par jour pour les patients présentant
une HbA1C initiale inférieure à 10% et à un
dosage de 15, 30 ou 45 mg par jour pour ceux qui présentent une HbA1C initiale supérieure à 10% (ROSENBLATT 2001, ARONOFF 2000, MIYASZAKI 2002).
Aucun effet sur le profil lipidique ou sur le poids corporel n’est observé. Les
effets indésirables ne sont pas mentionnés.
Comparée à la
metformine, la pioglitazone est aussi efficace que celle-ci sur les
paramètres glycémiques chez les patients (présentant un BMI moyen de 31 kg/m² )
avec diagnostic récent de diabète. Un traitement par pioglitazone provoque une
augmentation minime du cholestérol total et du HDL-cholestérol, sans effet sur
le LDL-cholestérol. Les patients sous metformine présentent plus souvent de la
diarrhée tandis que les patients traités par pioglitazone ont plus souvent un
oedème des membres inférieurs (PAVO 2003) .
En
association avec d’autres traitements hypoglycémiants
Glitazones + sulfamidés hypoglycémiants (WOLFENBUTTEL
2000, KIPNES 2001).
L’adjonction de rosiglitazone 2 ou 4 mg par jour ou de
pioglitazone 15 ou 30 mg par jour à un traitement par sulfamidé hypoglycémiant
a un effet dose-dépendant sur l’HbA1C. L’effet des glitazones sur le profil lipidique n’est
pas univoque. L’adjonction de pioglitazone provoque plus fréquemment des
oedèmes . Nous ne disposons pas de données suffisantes sur les effets
indésirables de la rosiglitazone.
Glitazones + metformine (FONSECA 2000, GOMEZ-PEREZ
2002, EINHORN 2000).
L’adjonction de rosiglitazone 4 ou 8 mg par jour ou de
pioglitazone 30 mg par jour à un traitement par metformine chez des patients
diabétiques de type 2 insuffisamment équilibrés permet, à court terme,
d’obtenir une plus grande réduction de l’HbA1C qu’une monothérapie par metformine. Le gain est
dose-dépendant pour la rosiglitazone. A court terme, l’association de
metformine à la rosiglitazone provoque une petite augmentation du cholestérol
total et du HDL-cholestérol. Pour la pioglitazone, seule une petite
augmentation du HDL-cholesterol est observée. Les données concernant les effets
indésirables ne sont pas disponibles dans les études.
Glitazones + insuline (RASKIN 2001, ROSENSTOCK
2002)
L’adjonction de rosiglitazone 4 ou 8 mg par jour ou de
pioglitazone 15 ou 30 mg par jour à un traitement par insuline chez des
patients dont le contrôle glycémique n’est pas suffisant sous insuline, permet,
à court terme, d’obtenir une plus grande diminution de l’HbA1C qu’un traitement par insuline seule. Cet effet est
dose-dépendant. L’effet sur le profil lipidique des patients n’est pas
évident : cet effet n’est pas mentionné dans l’étude avec la rosiglitazone
et, dans l’étude avec la pioglitazone, les patients pouvaient prendre également
un médicament hypolipidémiant. Un traitement associant la rosiglitazone et
l’insuline provoque une augmentation du poids plus importante que l’insuline
seule. Aucune donnée n’est disponible concernant les effets indésirables dans
ces études.
Données de pharmacovigilance et de la presse ISDB
La
presse ISDB est réservée sur la place des glitazones dans le traitement du
diabète (Prescrire 2002). Elle rappelle les données de pharmacovigilance sur la
toxicité cardiaque ou hépatique possible de ces produits (Prescrire 2003). Ces
mises en garde n’empêche cependant malheureusement pas une utilisation
inadéquate de ces molécules , avec, par exemple, des insuffisances cardiaques à
la clé (MASOUDI 2003).
Deux
métiglinides sont étudiés dans des études cliniques RCTs, le répaglinide et le
natéglinide.
Pour le
répaglinide, les études incluent des sujets précédemment ou non traités par
ADO, en majorité des hommes, d’une moyenne d’âge de 56 à 63 ans, diabétique de
type 2 depuis plus de 5 ans, avec BMI moyen situé entre 27,5 et 33,2
kg/m². Deux études concernent
l’efficacité et la sécurité du répaglinide versus placebo (JOVANOVIC 2000,
GOLDBERG 1998)., Trois études ont comparé le répaglinide avec une sulfonylurée
avec le même type de patients. Une étude a comparé répaglinide et metformine
(MOSES 1999). Le répaglinide a
également été comparé à différentes sulfonylurées (LANDGRAF 1999, MADSBAD 2001, WOLFENBUTTEL
1999). La compliance au traitement (médicamenteux ou non) n’est notée dans
aucune étude. Le follow-up est inférieur à 80 % dans 4 études sur 6. La majorité des études sont sponsorisées par des
firmes produisant les ADO.
Pour le natéglinide,
les études incluent des hommes et des femmes d’une moyenne d’âge de 54 à 61
ans, présentant un diabète de type 2 depuis plus de 3 ans et un BMI moyen
atteignant de 28,1 à 31,6 kg/m². Deux études ont comparé l’efficacité et la
sécurité du natéglinide versus placebo (HANEFELD 2002, SALORENTA 2002). Une
étude a comparé l’association de natéglinide à la metformine versus natéglinide
seul (HORTON 2000) et une autre l’association de natéglinide et rosiglitazone
versus rosiglitazone seule (FONSECA 2003).
La
majorité de ces études (8 sur 10) est financée par les firmes productrices
d’ADO.
En monothérapie
Pour le répaglinide, versus
placebo, administré pendant 18 ou 24
semaines, il a démontré une plus grande efficacité sur l’HbA1C. Cette diminution du taux d’HbA1C est, en valeur relative par rapport aux valeurs
basales, moindre dans les groupes précédemment traités par antidiabétiques
oraux. L’augmentation du taux d’HbA1C en cours d’étude dans les groupes placebo amplifie la
différence observée. La glycémie à jeun est également diminuée versus placebo,
relativement de 74 mg/dl pour 18 semaines de traitement et de 66 à 68 mg/dl pour
24 semaines de traitement. L’augmentation de la glycémie en cours d’étude dans
le groupe placebo amplifie la différence observée. Ce traitement ne modifie pas
le profil lipidique, ni le poids corporel. Un traitement de 24 semaines ne
montre pas de différence dans les effets cardiovasculaires indésirables.
(GOLBERG 1998, JOVANOVIC 2000).
L’efficacité du répaglinide
versus sulfonylurée est difficile à préciser : égale à court terme (14
semaines), égale ou supérieure à un an selon les études. A long terme (1 an) on
observe une augmentation de l’HbA1C avec les deux classes de médicaments sauf dans le
groupe n’ayant pas pris précédemment d’antidiabétiques oraux. Dans ce groupe,
le répaglinide est plus efficace. L’efficacité du répaglinide sur la glycémie à
jeun est supérieure à celle du glipizide, particulièrement chez les patients
n’ayant pas pris précédemment d’antidiabétiques oraux. Son efficacité pour ce
critère n’est cependant pas supérieure à celle du glibenclamide. Le profil
lipidique n’est pas modifié par le répaglinide versus glipizide, gliburide et
glibenclamide sauf le taux d’HDL-cholestérol qui est légèrement augmenté pour
le répaglinide versus glibenclamide. Versus glipizide, glyburide et
glibenclamide, le répaglinide ne montre pas de différence dans la modification
du poids. Il n’y a pas de différence d’effets indésirables non hypoglycémiques
entre le répaglinide et le glipizide ou le glyburide.
Pour le natéglinide, un
traitement de 12 ou 24 semaines par natéglinide 60 ou 120 mg 3 fois par jour
permet d’obtenir une réduction de l’HbA1C ; un traitement de 180 mg 3 fois par jour
pendant 12 semaines le permet également. Pour une dose de 30 mg 3 fois par jour
les données sont contradictoires. Un traitement de 12 ou 24 semaines avec une
dose de 120 mg 3 fois par jour permet de réduire la glycémie à jeun. Pour les
doses de 30, 60 et 180 mg 3 fois par jour, les données sont contradictoires. Un
traitement de 12 semaines ne modifie pas le profil lipidique. Un traitement de
24 semaines ne montre pas de différence dans la modification du poids mais
provoque davantage d’hypoglycémies (HANEFELD 2002, SALORANTA 2002).
Un traitement combiné
répaglinide + metformine versus répaglinide ou metformine utilisé seul permet
d’obtenir un taux plus bas d’HbA1C,
d’atteindre une diminution de la
glycémie à jeun. Il ne modifie pas le profil lipidique, entraîne une prise de
poids versus metformine ou répaglinide seul et plus d’hypoglycémies que le
répaglinide seul ou la metformine seule (qui ne provoque pas d’hypoglycémies).
Un traitement combiné
metformine + natéglinide est plus efficace qu’un placebo et qu’une monothérapie
par metformine ou natéglinide sur la baisse de l’HbA1C et celle de la glycémie à jeun. Aucune donnée n’est
disponible pour permettre de conclure quant aux effets sur le profil lipidique,
sur le poids et sur les effets indésirables.
Un traitement combiné de
natéglinide et de rosiglitazone versus rosiglitazone seul permet d’atteindre un
taux d’HbA1C plus bas et d’obtenir une glycémie à jeun plus basse. Il augmente le
poids, ne montre pas de différence sur le profil lipidique mais les études ne
permettent pas de tirer conclusions pour les effets indésirables.
Données de pharmacovigilance et de la presse ISDB
La presse ISDB est réservée
quant à l’apport thérapeutique des glinides (Prescrire 2000, DTB 2003). Le
répaglinide est analysé comme non supérieur à la metfomine et au glibenclamide
(DTB 2003), le natéglinide n’étant indiqué qu’en association avec la metfomine
(DTB 2003). Une comparaison de cette dernière association avec une association
de metformine + sulfonylurée n’a cependant pas été publiée, ce qui ne permet
donc pas de situer l’intérêt de cette nouvelle association par rapport à la
pratique actuelle. L’intérêt éventuel, sur les pathologies cardio-vasculaires,
de la diminution de la glycémie post-prandiale obtenue par les glinides n’est
actuellement pas prouvée. Dans certaines études, quelques rares cas d’incident
cardiaque ont été observés mais non attribués, par les auteurs, aux glinides.
L’association de glinides (répaglinide) à certains autres médicaments
(gemfibrozil) augmente le risque d’hypoglémie (Prescrire 2003).
La recherche dans la
littérature réalisée pour le Consensus de l’INAMI (Projekt Farmaka 2003), avait
amené le groupe de chercheurs à faire différents commentaires à propos des
études randomisées contrôlées sélectionnées puis validées (suivant une
méthodologie stricte). Nous les reprenons et développons ci-dessous.
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