BULLETIN D’INFORMATIONS PHARMACOLOGIQUES

Quelques extraits du BIP 31.fr 2009, 16, (2), 10-19 :  www.bip31.frdans LLG n° 63,septembre 2009 

pour vous donner envie d’aller le lire en entier - Disponible gratuitement sur le web.

 

 Les Effets Neuro-Pharmacologiques du Placebo

Christine Brefel Courbon

L’effet placebo est une réponse positive suivant l’administration d’une substance dénuée d’effet pharmacologique. Les mécanismes neurophysiologiques soustendant l’effet placebo ont été étudiés dans la douleur, la maladie de Parkinson et la dépression. L’effet Placebo dans la douleur varie de 5 à 65 % (Ann N Y Acad Sci 2009, 1156, 198).

L’administration d’un placebo entraîne une réduction de la douleur, antagonisée par la naloxone (antagoniste des

récepteurs opioïdes) suggérant ainsi que le placebo provoque une libération d’opioïdes endogènes responsable de l’antalgie (Lancet, 1978, 2, 654). Des études d’imagerie cérébrales ont corroboré ces données. L’imagerie moléculaire utilisant comme radio marqueur un agoniste des récepteurs opioïdes μ (carfentanil) a montré que l’administration d’un placebo diminuait la fixation de carfentanil ce qui est la conséquence d’une libération d’opioïdes endogènes (qui déplacent le carfentanil des récepteurs). Plus récemment, une étude d’imagerie avec le carfentanil et le raclopride (antagoniste des récepteurs dopaminergiques) a mis en évidence, non seulement une libération d’opioïdes endogènes mais également une libération de dopamine au niveau du striatum ventral par le placebo (Arch Gen Psychiatry 2008, 65, 220).L’effet clinique antalgique du placebo était corrélé positivement à la libération de dopamine et d’opioïdes endogènes. Dans la maladie de Parkinson, l’effet placebo est estimé jusqu'à 50% dans les essais cliniques (Neurology 2008, 71,677).Une étude d’imagerie cérébrale avec le raclopride a mis en évidence que l’injection de placebo chez des parkinsoniens s’accompagnait d’une amélioration motrice corrélée à une diminution de la fixation striatale de raclopride témoignant donc d’une libération de dopamine striatale (Science 2001, 293,1164).

Dans la dépression, des études rapportent une libération de sérotonine cérébrale après administration d’un placebo (AmJ Psychiatry 2002, 159, 728).En conclusion, plusieurs types de neurotransmetteurs sont impliqués dans l’effet placebo (opioïde, dopamine, sérotonine…). On peut ainsi proposer une cascade d’évènements expliquant l’effet placebo : d’abord une libération de dopamine au niveau d’aires cérébrales impliquées dans le circuit de la récompense (striatum ventral). Dans un second temps, et en fonction de la pathologie concernée, l’activation du circuit de récompense pourrait provoquer une libération d’autres neurotransmetteurs comme les opioïdes dans la douleur, la dopamine au niveau du striatum dorsal dans la maladie de Parkinson et la sérotonine au niveau de l’amygdale dans la dépression (Neurology. 2008,71, 677). L’effet placebo est donc une réalité pharmacologique

 

Rosuvastatine et haut risque cardiovasculaire : encore un échec !

Atul Pathak

La rosuvastatine cherche sa place dans la prévention secondaire. Lors des précédents BIP31.fr, nous rapportions

l’absence de supériorité de la rosuvastatine par rapport au placebo sur la réduction d’un critère combiné de morbi

mortalité cardiovasculaire chez les sujets insuffisants cardiaques ischémique (essai CORONA) ou tout venant

(GISSI HF). L’essai AURORA (NEJM 2009, 360, 1395)compare les effets de 10 mg de rosuvastatine (CRESTOR°)

par rapport au placebo sur la survenue d’un critère combiné de morbi mortalité cardiovasculaire chez l’hémodialysé (2776 patients, dialysés depuis au moins 3 mois, répartis aléatoirement dans les deux bras). Les résultats sont sans

appel. Certes, les concentrations plasmatiques de LDL diminuent de plus de 40% dans le bras statine (effet

pharmacodynamique attendu) mais aucun effet n’est observé sur la prévention de la morbidité et des décès cardiovasculaire (OR 0,96, IC95% : 0,84-1,11). Plusieurs leçons à retenir de cet essai. Tout d’abord, une notion récurrente que nous cultivons dans BIP31.fr. La diminution du LDL-Cholestérol par un médicament, quelque

soit son amplitude ou le mécanisme ne préjuge pas de l’efficacité clinique de ce médicament. Deuxième leçon, les

malades et les maladies influencent considérablement les résultats d’une étude. Jusqu’à présent, la stratégie dans le

domaine cardiométabolique consiste à recruter des patients à haut risque qui garantissent d’une part un niveau

suffisamment élevé d’évènements et assurent d’autre part une visibilité à un produit. En effet, si un médicament est efficace chez des patients sévères, le transfert de prescription en est d’autant plus aisé dans des populations à moindre risque. Quoiqu’il en soit un essai négatif apporte toujours des informations positives : pas de rosuvastatine chez l’insuffisant cardiaque ou l’insuffisant rénal ! Les données des essais cliniques peuvent aider à simplifier la prescription !