Prévention de la DMLA (*): Médicaments, Nutriments ou rien ?

 

(*) DMLA (ou DMS) : dégénérescence maculaire liée à l’âge (ou sénile)

 

Depuis plusieurs mois, sont apparues dans nos officines des associations de vitamines, sels minéraux,… en rapport avec la santé de l’œil. Le premier contact du pharmacien avec ces présentations était dans la plupart des cas la prescription d’un ophtalmologue. En effet, ces spécialités ne sont pas enregistrées comme médicament mais comme nutriment avec pour conséquences :

-pas de notice scientifique donc pas d’obligation pour le producteur d’informer les professionnels de la santé;

-absence d’insertion dans le répertoire commenté des médicaments (CBIP) et dans le compendium (AGIM) ;

-absence de contrôle de la composition par un laboratoire d’analyse agréé et donc pas de traçabilité .

-pas de fixation de prix par le ministère des affaires économiques.

 

Les présentations les plus fréquentes sont reprises dans le tableau suivant (la liste n’est pas exhaustive) :

 

par caps.

ANTI-VES

NUTROF

OCUVITE

OCUVITE L

RETOXIL

VITALUX PLUS

Vit. A

 

800 ug

 

 

400 ug

 

Béta-Carotène

 

 

2 mg

 

 

 

Vit. B1

 

1,4 mg

 

 

2,25 mg

 

Vit. B2

 

1,6 mg

 

 

2,6 mg

 

Vit. B5

 

 

 

 

15 mg

 

Vit. B6

 

2 mg

 

 

3 mg

 

Vit. B9 ou M(Acide folique)

 

200 ug

 

 

200 mg

 

Vit. B12

 

1 ug

 

 

1 ug

 

Vit. C

 

60 mg

37,5 mg

30 mg

90 mg

60 mg

Vit. D3

7,5 ug

 

 

 

 

 

Vit. E

30 mg

10 mg

4,4 mg

4,4 mg

12 mg

30 mg

Vit. H (Biotine)

 

 

 

 

150 mg

 

Vit. PP ou B3

 

 

 

 

20 mg

10 mg

Isoflavonoïdes (Génistine)

20 mg

 

 

 

 

 

Zinc

 

7,25 mg

2,5 mg

2,5 mg

 

 

Magnésium

 

10 mg

 

 

 

 

Manganèse

 

1 mg

 

 

 

 

Sélénium

 

25 ug

10 mg

10 mg

50 ug

 

Cuivre

 

1 mg

 

 

 

 

Glutathion

 

1 mg

 

 

 

 

Lutéine

 

15 mg

 

3 mg

+

 

Protides

121 mg

110 mg

12,34 mg

20 mg

100 mg

118 mg

Glucides

67 mg

220 mg

214,15 mg

190 mg

200 mg

60 mg

Lipides

315 mg

160 mg

4,32 mg

60 mg

 

274 mg

Kj

14,42

11,56

2,2

5,9

5,76

12,74

Posologie

1 caps. / jour

1 caps. / jour

1-2 caps./jour

1 caps./ jour

2 caps./jour

1 caps. / jour

Coût journalier (euro)

0,45

0,34

0,23-0,46

0,27

0,51

0,3

Notice

oui

oui

oui

oui

non

oui

 

Les notices, quand elles sont présentes, ne reprennent pas d’indication thérapeutique car cela impliquerait l’enregistrement comme médicament.

Par contre, sont rappelés :

-l’activité anti-oxydante de certaines vitamines,

-la responsabilité des radicaux libres dans les processus de vieillissement cellulaire,

-les causes d’une insuffisance en vitamines et sels minéraux dans le mode de vie actuelle

-le fait qu’un complément vitaminique ne peut remplacer une alimentation équilibrée

-le fait que tout ceci s’applique à la nutrition de l’œil (sauf  pour Anti-VES).

 

A défaut d’information au niveau de l’emballage, il peut être intéressant de se tourner vers Internet.

Les différents sites font référence à l’étude AREDS (Age-Related Eye Disease Study) conduite chez des patients présentant une dégénérescence maculaire sénile et soutenue par le National Eye Institute et Bausch & Lomb qui commercialise l’Ocuvite.

 

Le Medical Letter ( Vol 25,n° 14 4 juillet 2003) analyse cette étude et indique, dans ses conclusions,  que de hautes doses de bêta-carotène (15 mg), de vitamine C (500 mg), de vitamine E (400 UI-267 mg)et de zinc (80mg d’oxyde de zinc-64 mg de Zn++) retardent la progression de la DMS vers un stade avancé et prévient la perte visuelle chez certains patients mais que l’ampleur de l’effet est modeste. Il n’existe aucune donnée suggérant un bénéfice quelconque pour les patients ne souffrant pas de DMS ou qui présentent seulement une maladie légère. De plus, le ML fait remarquer que l’incidence plus élevée de mortalité par cancer pulmonaire chez des fumeurs ayant pris du bêta-carotène dans le cadre d’autres études est une preuve que de hautes doses de vitamines et de minéraux ne sont pas nécessairement  inoffensives.

 

Il est à remarquer que les doses employées dans la composition de ces différents nutriments s’écartent très fort de celles employées dans l’étude AREDS : c’est de bonne guerre sinon ils seraient considérés comme médicaments. Le site de certaines firmes, prévoyant les reproches concernant les précautions à prendre avec le bêta-carotène annonce la sortie d’une formule sans béta-carotène : formule pour fumeur ! Mais peut-on alors encore prendre l’étude AREDS  comme référence ?

 

Pour le patient, le produit que lui délivre le pharmacien et qui à été prescrit par un médecin est un médicament !

Alors un médicament qui , en fait, est un nutriment qui se réfère à une étude mais en en ayant modifié les paramètres (ici : les doses) est-ce pour finir un médicament, un produit de consommation ou tout simplement une arnaque ?

 

Marc Delhaye