SOLIDARITE EN GRIPPE   Edito LLG63 septembre 2009

Le virus A/H1N1 est incontestablement une des vedettes de l’actualité. Dans nos pays, nombreuses sont les circulaires et réunions qui tentent de clarifier la situation afin de s’organiser au mieux face au risque d’une éventuelle pandémie. J’ai d’ailleurs participé il y a quelques jours à semblable réunion dans ma commune, réunissant bourgmestres, médecins, infirmières, représentants de la Santé Publique et des pharmaciens notamment. Mon propos n’est certes pas de passer en revue les détails des mesures proposées ou des décisions prises. Cela serait trop long et sera diffusé de toute façon très largement ailleurs. Ma réflexion face à cette situation de possible pandémie me conduit à vous faire partager à nouveau ce constat  de cette terrible inégalité des hommes et des états face à la maladie selon qu’ils sont riches ou non. Je ne citerai que trois exemples : les travailleurs de santé, les médicaments antiviraux et le vaccin anti A/H1N1.Les travailleurs de santé dans nos pays se font du souci. Face en effet à la propagation rapide de cette pandémie et ses nombreuses inconnues, ils vont devoir faire face à un afflux massif de patients. La crainte est réelle chez eux de ne pouvoir faire face, alors que matériel, médicaments, soutien logistique et personnel nombreux sont présents. Que doivent se dire les pays pauvres où le manque de travailleurs de santé, de matériel et de médicaments est une profonde source d’inquiétude ? L’usage des médicaments antiviraux sera aussi très inégal. On peut discuter de leur efficacité, mais celle-ci sera de toute façon incertaine s’ils ne sont pas administrés dans les premières heures après la déclaration de la maladie. L’utilisation qui pourrait en être faite dans les pays pauvres sera de toute façon limitée, les délais d’accès et d’admission des malades dans les structures de soin étant souvent très longs dans ces pays. Loin de moi l’idée de regretter les difficultés d’accès aux antiviraux dans ces pays pauvres car si la grippe provoque des ravages dans ces pays ce ne sera sans doute pas à l’absence de Tamiflu® qu’il faudra l’attribuer mais bien aux conditions socio-sanitaires en général. Il n’empêche que la difficulté d’accès aux traitements dans ces pays se trouve à nouveau révélée .Enfin la problématique du vaccin est sans doute la plus révélatrice de ces inégalités. Sans entrer dans le débat de savoir si le vaccin sera la solution face à cette pandémie, force est de constater que les pays riches d’Amérique du nord, d’Europe et d’ailleurs se sont déjà approprié la plus grande partie de la production de cette année( 90 % selon Médecins sans frontières) en signant des contrats avec les principaux laboratoires. Il y a peu d’espoir pour que des mesures soient prises pour assurer un meilleur accès à tous au vaccin à l’avenir. En effet, il y a deux ans face à la demande de l’OMS pour une solidarité mondiale face à la grippe, les pays développés ont répondu par une approche unilatérale, inacceptable face à une pandémie .Christophe Fournier, président du conseil interne de MSF disait : « l’accès au vaccin ne devrait-il pas dépendre des besoins médicaux et non des capacités financières des états ? ».

Car finalement ce qui est le plus dérangeant dans cette situation ne sont pas les inégalités de dépenses face à la grippe mais plutôt les sommes d’argent considérables dépensées par les pays riches pour celle-ci en regard de ce qui est dépensé pour tant d’autres maladies bien plus graves et touchant des populations bien plus vulnérables que les nôtres dans les pays plus pauvres.
A méditer…

Je vous souhaite une bonne lecture de cette 63° Lettre du GRAS, dans laquelle vous retrouverez le fil conducteur de la publivigilance et du bon sens dans les différents articles et thèmes abordés.

François Baivier, médecin généraliste, Montignies sur sambre (B)