Substitution hormonale : pas d'efficacité non plus sur l'incontinence
urinaire LLG 46, juin 2005
L'étude Women's Health
Initiative (WHI) qui évalue l'efficacité et la sécurité du traitement hormonal
substitutif de la ménopause a déjà fait l'objet de nombreuses publications (et
de critiques encore plus nombreuses) dans différents champs précis :
cardiovasculaire, oncologie, risque thromboembolique veineux, capacités
cognitives et démence. La dernière publication en date concerne l'incontinence
urinaire. La question clinique est : l'administration d'estrogènes seuls ou
combinés à un progestatif, versus placebo, est-elle efficace pour prévenir la
survenue d'une incontinence urinaire ou améliorer une incontinence urinaire préexistante?
Cette publication concerne 27347 femmes âgées de 50 à 79 ans. Ces femmes ont
reçu 0,625 mg d'estrogènes équins conjugués avec ou sans 2,5 mg d'acétate de
médoxyprogestérone suivant la présence (n=8506) ou l'absence (n=5429) de leur
utérus. Les résultats sont sans appel: le traitement hormonal (simple ou
combiné) augmente l'incidence de tous les types d'incontinence urinaire,
surtout l'incontinence d'effort (stress incontinence) : RR 1,87; IC à 95%
1,61-2,18 pour le traitement combiné, à l'exception du traitement combiné qui
n'a pas d'effet sur l'incontinence sur instabilité vésicale. Pour les femmes
présentant au départ une incontinence, le traitement hormonal en augmente la
fréquence d'épisodes : RR 1,38; IC à 95% 1,28-1,49. Les femmes déclarent également
être plus limitées dans leur activités et plus perturbées suite à ce traitement.
Les résultats de cette
étude vont à l'encontre de ceux des précédentes et de méta-analyses
de celles-ci. Une première méta-analyse (2) concernait
une population beaucoup moins importante: 374 femmes sous estrogènes et
344 sous placebo. Toutes ces femmes incluses dans les études reprises dans la
méta-analyse présentaient un diagnostic d'incontinence urinaire sur base symptomatique
ou urodynamique. L'incontinence était soit une incontinence de stress (d’effort), soit
une incontinence liée à instabilité vésicale (urge incontinence), ou encore une
incontinence dite mixte. Dans cette méta-analyse, une amélioration globale est
montrée pour 50% des femmes, par rapport à 25% pour le placebo, avec environ un
quart d’efficacité supérieure en cas d’incontinence sur instabilité vésicale
par rapport aux cas d’incontinence d’effort. L’adjonction d’un progestatif
semblait, dans cette méta-analyse également, diminuer la probabilité de résultat
favorable.
Une deuxième
méta-analyse (3) inclut les RCTs (onze) comparant l'efficacité des estrogènes
versus placebo chez des femmes ménopausées (n=466) présentant des symptômes
d'instabilité vésicale (avec, y compris, des épisodes d'incontinence). Les
estrogènes (sous toute forme d'administration) améliorent les symptômes de
fréquence diurne et nocturne de mictions, d'urgence, d'épisodes d'incontinence.
Les estrogènes locaux font de même. Par contre, les estrogènes administrés par
voie autre que locale améliorent le nombre d'épisodes d'incontinence mais
augmentent la fréquence des mictions nocturnes.
Dans l'étude WHI, le diagnostic est uniquement symptomatique, mais
correspond à l'incidence observée dans d'autres études citées dans la
discussion (mais non à d'autres reprises dans l'éditorial du même numéro du
JAMA). Elle concerne également une population beaucoup plus large, ce qui rend
ces résultats cliniquement pertinents pour l'ensemble des types d'incontinence.
Pour juger de l'efficacité sur un type particulier d'incontinence, les
résultats contradictoires ne permettent pas de trancher avec certitude: un examen
urodynamique avec diagnostic précis puis étude d'intervention restent à faire.
Pierre
Chevalier.
Références:
(1) Hendrix
S, Cochrane B, Nygaard I et al. Effects of estrogren with and without progestin
on urinary incontinence. JAMA 2005;293(8):935-48.
(2) Moehrer
B, Hextall A, Jackson S. Oestrogens for urinary incontinence in women (Cochrane
Review). In: The Cochrane Library? Issue 1, 2004,.
(3) Cardozo
L, Lose G, McClish D et al. A systematic review of the effects of estrogens for
symptoms suggestive of overactive bladder. Acta Obstet Gynecol Scand 2004;83:892-7.