Terbinafine ou le scandale du lit unguéal dans les media  LLG 46, juin 2005

En mai 2002, en Hollande, la firme productrice de terbinafine, Novartis, a mis sur pied une "campagne d'information" nationale comportant des spots télévisés invitant les patients à consulter leur médecin pour leurs problèmes d'onychomycose. Le nom de la terbinafine n'était pas mentionné dans cette "information", ce qui a conduit la justice à ne pas condamner la firme Novartis pour cette "information".  La société hollandaise des médecins généralistes s'est élevée contre cette campagne inutile à propos d'un problème de santé peu important. En Hollande, deux médicaments sont disponibles pour le traitement oral des onychomycoses : l'itraconazole et la terbinafine. Les deux médicaments sont recommandés dans le Farmacotherapeutisch Kompas (1) mais seule la terbinafine est recommandée dans le NHG-Standaard Dermatomycosen (2), choix préférentiel que semble conforter une étude comparative (3). 't Jong et coll ont étudié le nombre de consultations motivées par une onychomycose et le nombre de prescriptions d'itraconazole et de terbinafine suite à cette campagne (4). Les résultats sont clairs: nombre de consultations presque doublé, de même que la prescription de terbinafine, avec diminution de la prescription d'itraconazole dans le même temps. L'article ne mentionne aucune donnée sur la promotion éventuelle de la molécule auprès des médecins. Cette observation montre donc bien l'importance de la publicité ou la désinformation faite au niveau du public et son impact sur les consultations médicales avec leur coût. De nombreuses consultations inutiles sont ainsi engendrées: dans la majorité des cas, un traitement de l'onychomycose n'est pas nécessaire, sauf raison esthétique. Ce traitement ne devient nécessaire qu'en cas de risque de contamination de voisinage (patient immunocompromis, HIV) ou en cas de risque important d'infection bactérienne secondaire (diabète, circulation artérielle, veineuse ou lymphatique compromise) (1,2). Il est d'autant plus insensé de traiter sans nécessité une onychomycose que le médicament utilisé est potentiellement dangereux!

Des atteintes hépatiques graves ont été signalées par la pharmacovigilance, il y a déjà plusieurs années, avec décès ou nécessité de transplantation hépatique (5). De la dysgueusie ou des troubles oculaires (cristallin, rétine) sont également signalés (6,8) ainsi que des troubles sanguins (agranulocytose, neutropénie, pancytopénie)(7,8) ou des atteintes cutanées (éruptions bulleuses, syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell)(5,8).

Pierre Chevalier.

Références

1. Antimycotica in Farmacotherapeutisch Kompas 2005;825-7.

2. De Kock C, Duyvendak R, Jaspar A et al. NHG-Standaard Dermatomycosen. Huisarts Wet 1997;40(11)541-52.

3. Evans E, Sigurgeirsson B, for the LION Study Group. Double blind, randomised study of continuous terbinafine compared with intermittent itraconazole in treatment of toenail onychomtcosis. BMJ 1999;318:1031-5.

4. 'T Jong G, Stricker B, Sturkenboom M. Marketing in the lay media and prescriptions of terbinafine in primary care: Dutch cohort study. BMJ 2004;328:931.

5. Anonymous. Atteintes hépatiques graves sous terbinafine. Revue Prescrire 2001;21(221):677.

6. Terbinafine Hydrochloride in AHFS Drug Information 2005;490-1.

7. Anonymous. Terbinafine and blood dyscrasias. Aust Adv Druig Reactions Bull 2004;23(4):19.

8. Anonymous. Terbinafine et effets indésirables graves. Revue Prescrire 2005;25(258):105.