Nègres et auteurs fantômes LLG n° 49, mars 2006
Une journaliste du Wall Street Journal, Anna Wilde Mathews, s’est livrée à une intéressante enquête concernant les auteurs fantômes d’articles publiés dans la presse médicale internationale (1) : il s’agit d‘académiques, parfois réputés, qui signent un article qu’ils n’ont pas rédigé (en tout ou en partie). Certains de ces articles sont rédigés par un ou des « nègre(s) » travaillant pour une firme de communications à laquelle une firme pharmaceutique fait appel.
Les firmes pharmaceutiques se défendent en affirmant qu’elles fournissent ainsi un service à des académiques par ailleurs fort occupés et que leurs « nègres » ne sont pas mandatés pour modifier le ton d’un article signé par quelqu’un d’autre. La journaliste cite cependant le cas d’un auteur principal d’un article concernant le Vioxx ® reconnaissant, deux ans après la publication de l’article dans les Annals of Internal Medicine, avoir eu une part infime dans la recherche en question.
Une association de rédacteurs « free-lance » américains parle de 80% d’entre eux ayant rédigé au moins un manuscrit sans voir y figurer leur signature.
Le fait de parler de « nègre » ne doit pas faire penser à de l’esclavage ni à une quelconque exploitation. Une firme de communication facturerait une publication pour le chiffre de $30.000.
Certaines firmes préparent, avec la collaboration d’importantes firmes de communication, de nombreuses publications pour le lancement d’un produit. Par exemple, selon un document apparu lors d’un procès en 1999, la firme Pfizer avait préparé 81 articles différents proposés à des journaux pour le lancement de son antidépresseur Zoloft®. Pour certains des articles, les auteurs étaient mentionnés comme « TBD » soit à déterminer (to be determined). La firme Pfizer affirme que de tels auteurs sont ceux qui sont impliqués dans la recherche en question, qu’ils apportent leur collaboration au manuscrit et qu’ils approuvent sa version finale.
Anna Wilde Mathews cite de nombreux autres exemples, issus de nombreuses revues et avec l’implication de différentes firmes, pour des publications par des auteurs fantômes.
Les revues médicales internationales ont établi des règles strictes pour les auteurs des articles qu’elles publient. L’enquête de cette journaliste du Wall Street Journal montre que certains auteurs ne sont guère respectueux de ces règles.
Pierre Chevalier
Référence
(1) Anna Wilde Mathews. Ghost story. At medical journals,
writers paid by industry
playbig role. Articles appear under ame of academic researchers, but they often
get help.Wall Street Journal December 13, 2005; page A1.