"Quand la clinique s'emballe, l'esprit critique détale" ...LLG N° 55, septembre 2007

 

Acte 1 : « Le vilain petit K(ce)anard » … : juin 2007, communiqué de presse du KCE :

« Pas de preuve d’efficacité du dépistage du cancer de la prostate » « L’utilisation du test PSA dans le dépistage est depuis longtemps sujette à controverses. La conclusion de l’évaluation de cette technologie de santé par le Centre Fédéral d’Expertise est sans équivoque : aussi longtemps qu’il n’existe pas de preuves permettant d’établir que le test fait plus de bien (moins de décès) qu’il ne fait de tort (effets secondaires de traitements inutiles comme l’impuissance et l’incontinence), le dépistage au moyen de ce test n’est pas défendable ».

Acte 2 : « Ad maiorem Almae Matris gloriam » !: juillet 2007, communiqué de presse des Cliniques universitaires Saint-Luc (http://www.saintluc.be/press/commu/2007/2007-prostate.pdf) qui prônait jusqu’il y a peu le « dépistage du cancer de la prostate » par dosage du PSA alors que des études validées remettaient cette pratique en question depuis pas mal de temps:

« Jusqu’à maintenant, le dépistage du cancer de la prostate était réalisé sur la base d’un test sanguin (dosage du PSA) et d’un toucher rectal. Ce test PSA a été récemment très critiqué par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) en raison de son manque de spécificité. (http://www.kce.fgov.be/index_fr.aspx?ID=0&SGREF=3461&CREF=6711)

Son utilisation systématique du test chez des patients non informés entraîne en effet le recours à un grand nombre de biopsies de la prostate. Si ces biopsies permettent de détecter précocement des cancers agressifs, elles mettent aussi en évidence beaucoup de cancers de prostate qui ne menacent pas la santé des patients ; elles génèrent ainsi beaucoup de stress et exposent les patients à des traitements inutiles.

Le nouveau test génétique « Progensa™ PCA3 » proposé par les Cliniques universitaires Saint-Luc devrait aider les urologues à détecter les patients chez qui les biopsies ne sont pas réellement nécessaires….Le nouveau test génétique « Progensa™ PCA3 » permet de rechercher, dans les urines du patient, l’expression d’un gène (le gène PCA3) spécifique des cellules cancéreuses prostatiques. Ce test permet donc de réduire le nombre de biopsies actuellement nécessaires au diagnostic et de les remplacer par l’analyse d’un simple échantillon d’urine.

Efficacité prouvée

Les premiers résultats belges du nouveau test Progensa™ PCA3 ont été présentés le 2 juin 2007 lors de la réunion annuelle de la Société Belge d’Urologie. Ils suggèrent que le recours à des biopsies de la prostate pourrait ainsi être évité chez 30 à 40% des patients, sans pour autant passer à côté des cancers agressifs. »

 

Intermezzo : août 2007, un membre du GRAS interroge un des signataires du communiqué de presse des cliniques universitaires Saint-Luc sur la valeur du nouveau test :

 « Quelle est la spécificité et la sensibilité du test ? Merci de m’envoyer des références d’études validées. Je crains les feux de paille que sont parfois les déclarations fracassantes. »

 

Acte 3 : Voici sa réponse, reçue quelques heures plus tard:

 « Merci pour votre message. Je comprends tout  à fait votre réserve et je la partage. Il faut faire la distinction entre effet de mode et réalité scientifique.
Pour ce qui est du PCA3, je vais peut-être vous étonner en disant que je ne sais pas encore quelle est sa vraie valeur. C'est la raison pour laquelle nous étudions avec attention les résultats issus d’analyses effectuées ici au laboratoire avec ce nouveau test. Nous allons soumettre ce travail pour publication dans les prochains jours. Si ce papier est publié, je vous l'enverrai car il constitue une bonne revue de travaux antérieurs et de nos travaux actuels.
Ceci devrait au moins en partie, je l'espère, vous fournir des éléments objectifs d'appréciation quant à la valeur du test et à ses limites ».

 

Epilogue provisoire : « Ne croyez que ceux qui doutent »,  Henri Deleersnijder, professeur

 

Michel Jehaes, qui cultive de plus en plus le doute …

 

relayé par Maurice Vanbellinghen,  membre de la rédaction de Test-Santé (publication de Test-Achats), qui se dit clairement choqué par ce qu'il a découvert sur le site des cliniques universitaires Saint-Luc (www.saintluc.be). Le premier article sur lequel on tombe en tapant le mot « prostate » proclame ceci : "Un dépistage annuel est essentiel si l'on veut se donner toutes les chances de guérir d'un éventuel cancer de la prostate. "
« Cependant, et même si beaucoup d'hommes diagnostiqués avec un cancer prostatique vont mourir d'autre chose, il faut insister: le meilleur moyen de ne pas mourir du cancer de la prostate est de pratiquer un dépistage précoce ».

Et monsieur Vanbellinghen de conclure : « Personnellement, cette propagande folle pour un test de dépistage pour le moins très controversé me choque ».