ACTION n° 97 : INFORMATION DES PATIENTS : quand les firmes tentent de s’en emparer…(11.2006) : déclaration commune d’organisations européennes transmise par le GRAS au ministre fédéral de la santé 

 

PUBLICITE DIRECTE OU ACCOMPAGNEMENT THERAPEUTIQUE ?

 

«M me V, je vous appelle de la part du laboratoire X, pour voir si vous n'avez pas oublié de prendre votre médicament.» Deux jours après, nouvelle piqûre de rappel, cette fois-ci par le biais d'un SMS. Encore un peu plus tard, une infirmière va se déplacer au domicile de la personne, toujours dans le même but : «observer l'observance de la patiente» à son traitement.

Le débat qui secoue l'Assemblée Nationale française en ce11 janvier 2007 remet en cause la sacro-sainte règle qui interdit à l'industrie pharmaceutique de faire de la publicité directe pour l'un de ses médicaments. Le projet d'ordonnance en débat prévoit que les firmes pourront mettre en place des "dispositifs individualisés (relance téléphonique, numéro vert, éducation personnalisée pour les patients, envoi d'infirmiers à domicile, etc.)" d’accompagnement thérapeutique.

Xavier Bertrand, ministre de la Santé, a assuré qu'il y aurait une série de garde-fous : il faudra ainsi une autorisation, le consentement du patient, celui-ci pouvant le retirer à tout moment. «Aucun contact direct entre le laboratoire et le patient ne sera autorisé, les programmes devront faire appel à des professionnels de santé.» Certes, mais alors pourquoi ne pas les mettre sous la seule responsabilité de «réseaux de soin» (coordination de médecins par exemple), et non des labos ?

 

 

Programmes d'aide à l'observance des firmes pharmaceutiques : non merci !

Le point de vue de Prescrire

 http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierNMObservance.php

 

 

Un conflit d'intérêts trop lourd de conséquences : comment imaginer qu'une firme, juge et partie, soit en mesure d'expliquer à un patient qu'il devrait mieux arrêter son traitement, ou en changer pour prendre un traitement d'une firme concurrente ?

 

L'intrusion des firmes pharmaceutiques dans l'"accompagnement" des patients à bien suivre leur traitement a commencé aux États-Unis d'Amérique, où la marchandisation des médicaments est plus avancée qu'en Europe. Là-bas le prix des médicaments est libre, les firmes peuvent faire de la promotion auprès du public pour des médicaments de prescription, et les "programmes d'aide à l'observance", forme sophistiquée de cette publicité, se multiplient.

Ces programmes arrivent en Europe par la petite porte.

Ainsi la boucle serait bien bouclée dans un monde organisé par les firmes pharmaceutiques : forte implication dans la "formation" initiale et continue des professionnels et dans l'"information" des patients, influences déterminantes dans le processus d'autorisation de mise sur le marché des médicaments, et, pour clore le dispositif, contrôle au lit du malade qu'il a bien pris toutes ses gélules, et qu'il atteint bien son quota de consommation.

 

Il est temps de mettre un terme à cette dérive dangereuse. L'un des principaux constats d'un rapport sénatorial français récent sur le médicament était l'omniprésence des conflits d'intérêts et la confusion des genres qui sévit dans le monde médico-pharmaceutique. Avec ces "programmes d'aide à l'observance", la confusion des genres serait totale ; car comment imaginer qu'une firme, juge et partie, soit en mesure d'expliquer à un patient qu'il devrait mieux arrêter son traitement, ou en changer pour prendre un traitement d'une firme concurrente ?

 

 ©La revue Prescrire 15 novembre 2006