Augmenter l’adhérence au traitement   LLG n° 49, mars 2006

 

Le respect, par le patient lui-même, d’un traitement qui lui a été prescrit, pose parfois problème dans la pratique quotidienne… quand il est évalué ! Différents termes ont été ou sont utilisés pour définir ce respect d’une prescription : adhérence, compliance, observance, persistance. Le terme le plus approprié est, probablement, celui d’observance. L’observance qualifie, en général, la mesure dans laquelle le patient respecte la prescription (posologie, dosage, …) qui lui a été faite. L’observance s’exprime le plus souvent sous la forme de Medication Possession Ratio (MPR) qui se calcule comme étant le nombre de tablettes (ou de DDD) prescrites sur une période donnée (le plus souvent 1 an) divisée par le nombre de tablettes (ou de DDD) théoriques en cas d’observance maximale.

L’observance est liée à de nombreux facteurs (1), que les praticiens essaient de prendre en considération dans des interventions diverses pour améliorer l’observance thérapeutique. Les interventions qui se révèlent efficaces, surtout dans des pathologies chroniques, sont en général complexes (2).

Une des affections chroniques pour laquelle ce problème d’adhérence a été bien étudié est l’insuffisance cardiaque. Il n’est pas toujours évident de pouvoir chiffrer l’importance relative d’une observance correcte. Dans le cadre d’une RCT, cette évaluation est plus facilement réalisable. Les auteurs de l’étude CHARM, évaluant l’efficacité du candésartan, en termes de mortalité,  dans l’insuffisance cardiaque ont revu leur copie sous cet angle de l’observance (3). Dans l’étude CHARM , les patients sous candésartan ont un risque relatif de mortalité de 10% inférieur à celui du groupe placebo, p=0,032. L’observance thérapeutique est variable selon les patients. En comparant le groupe des patients avec une observance importante (supérieure à 80% du temps) par rapport au groupe avec faible observance, le premier groupe présente 35% de mortalité en moins… qu’il prenne du candésartan ou un placebo !

Les personnes qui montrent une observance importante au placebo ont donc une efficacité de traitement en termes de réduction de la mortalité supérieure à celle du candésartan en général, soit une réduction relative de 3,5 fois pour la mortalité.

La conclusion principale de cette publication est de souligner l’importance de l’observance du traitement, quel que soit le traitement prescrit. Les réadmissions pour insuffisance cardiaque seraient ainsi liées dans 64% à une observance faible ou absente. L’observance d’un traitement médicamenteux est généralement aussi le reflet d’une adhérence générale au respect de modifications d’hygiène de vie.

Cette publication nous rappelle donc l’importance de l’évaluation, dans la pratique quotidienne, de l’observance thérapeutique. Une bonne observance pourrait, pour certains traitements au moins, être plus importante que l’efficacité « pharmacologique » d’un médicament. Elle incite aussi à la recherche, de préférence dans un abord multidisciplinaire, de tous les moyens utiles pour favoriser cette observance.

Elle peut aussi susciter une réflexion plus fondamentale. L’adhérence thérapeutique est généralement abordée du point de vue des soignants: le patient est-il respectueux des consignes reçues, prend-il bien ses médicaments à temps et à heure, par exemple? Un autre abord est tout aussi important: comment le patient vit-il sa santé, sa «maladie » (telle qu’étiquetée par le corps médical), qu’attend-il d’un traitement avec son expérience vécue à ce propos et dans ses circonstances de vie? Faire l’impasse sur ses questions, en n’envisageant que notre point de vue de soignant (que pouvons-nous améliorer, nous, dans notre communication?) ne permettra d’aborder qu’une des constituantes de la problématique. Prendre en compte la «sagesse du patient» est indispensable pour favoriser une adhérence à un projet thérapeutique individualisé. Une concertation véritable est donc indispensable, pour arriver à ce que certains appellent « concordance », d’autres « shared decision making (4). L’adhérence à ce programme commun pourrait être différente de l’observance des règles médicales et être également évaluée sur un autre mode.

 

Pierre Chevalier

 

 

Références

  1. White H. Adherence and outcomes: it’s more than taking the pills. [Cmment] Lancet 2005;366:1989-91.
  2. Haynes RB, Yao X, Degani A, Kripalani S, Garg A, McDonald HP. Interventions to enhance medication adherence. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2005, Issue 4. Art. No.: CD000011.pub2. DOI: 10.1002/14651858.CD000011.pub2.
  3. Granger B, Swedberg K, Ekman I, for the CHARM investigators. Adherence to candesartan and placebo and outcomes in chronic heart failure in the CHARM programme: double-blind, randomised, controlled clinical trial. Lancet 2005;366:2005-11.
  4. Butler C, Kinnersley P, Prout H et al. Antibiotics and shared decision-making in primary care. J Antimicrob Chemotherapy 2001;48:435-40