« Alli® est là et la graisse s’en va »
Ce qui pourrait être le slogan pour vendre un nouveau
produit récurant pour les carrelages de cuisine, pourrait aussi être utilisé
pour cette pseudo-nouveauté pharmaceutique. Le Xénical® ne fait pas
recette ? Qu’à cela ne tienne, on le coupe en deux, il devient un MDSP
(Médicament délivré sans prescription) : les personnes qui veulent perdre des
kilos avant de s’exposer en bikini ou en maillot n’ont plus qu’à se rendre chez
le pharmacien et le tour est joué. Par ici la monnaie ! Ils risquent de
perdre plus d’euros que de kilos mais là n’est pas le souci de l’industrie
pharmaceutique qui veut des actionnaires Heu-Reux ! Moralité : Alli®
est là, un peu de graisse s’en va … mais le GRAS reste, rassurez-vous ! Depuis
une vingtaine d’année, l’industrie pharmaceutique nous a habitués à ce type de
démarche à savoir : faire des copies, des énantiomères sans plus value thérapeutique¹, créer des
maladies², payer des « dealers d’opinion »³, faire de la publicité
directe pour les médicaments (page )
ainsi qu’au « scandale de l’industrie pharmaceutique » et de Wikipédia (page ). Le livre, « La vérité sur les
compagnies pharmaceutiques » de Marcia Angell (page ) met aussi en lumière pas mal méthodes
couramment utilisées par celles-ci. Quand je dis « habitués »,
je ne mets pas tout le monde dans le même panier, car il en est qui résistent
et se battent pour donner une information objective sur les médicaments et
rester critiques quant aux soi-disant découvertes. Je pense au CBIP, à Minerva,
au Formulaire MRS, à Prescrire, au Formindep (page ), au BIP, à la Lettre du CEDIM au Burkina
Faso³ et à bien d’autres de par le monde. Le GRAS fait aussi
partie de ces esprits indépendants qui ne veulent pas se laisser manipuler. C’est
dans cet état d’esprit critique, ce qui ne signifie pas destructeur, que nous
parlerons aussi dans ce numéro des manipulations de l’étude ALLHAT, de la lutte
pour lever les obstacles à l’accès universel au traitement, de « comment
promouvoir les innovations médicales en faveur des plus pauvres » et
d’autres sujets que vous découvrirez au fil des pages. Bonne lecture et comme
dirait un personnage bien connu « bonnes vacances quand même » !
Michel Jehaes
¹ LLG n° 52 et « Les
médicaments plein la vue ? » sur le site du GRAS
² LLG n°51, 53, 56, 59
³ LLG n° 48
ACTION N° 116:la pilule d'amaigrissement ALLI®
(Orlistat 60 mg) de GSK en vente libre. Attention aux dérives !
(5/2009)
L'orlistat s'oppose à l'absorption des graisses présentes dans l'alimentation. Cela peut
s'accompagner de troubles gastro-intestinaux, comme des pertes anales graisseuses ou
une incontinence fécale.
L’absence de suivi médical et diététique expose à des effets secondaires
et des abus. Le GRAS demande le retrait de cette autorisation.
Alli® en vente libre …
Tout le monde connaît la pilule d'amaigrissement Xenical® (orlistat 120
mg, uniquement sur prescription médicale) de
Test-Achats critique fortement la mise en vente de la pilule d'amaigrissement Alli Le 12 mai 2009
La pilule d’amaigrissement Alli® 60 mg est disponible sans ordonnance. Inacceptable
pour Test-Achats ! L'Agence européenne des médicaments a donné un avis positif.
Beaucoup de gens utiliseront cette pilule, non parce qu'ils ont un surpoids
dangereux, mais parce que l'été frappe à la porte et qu’ils trouvent qu’ils
doivent perdre quelques petits kilos… Test-Achats craint en même temps qu’il
existe une grande chance d'abus par les personnes ayant des troubles alimentaires,
comme les gens souffrant d’anorexie. Certainement chez les
adolescents ce qui implique de grands risques. Test-Achats se demande
si l’EMEA
est au service de
Bénéfices douteux, risques réels
Les avantages de la mise à disposition d'orlistat sans ordonnance
échappent aux experts de Test Santé. Ils y voient surtout des risques pour la
santé publique. Les agences des médicaments française et finlandaise critiquent
également cette situation, ainsi que les publications dans les magazines
médicaux tels que Prescrire, The Lancet, the British Medical Journal. Alli ne
contribue que dans une faible mesure à une perte de poids. Le médicament doit
être utilisé en combinaison avec un régime adapté. Dans deux études incluant
des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 28,
celles recevant Alli 60 mg avaient après 1 an perdu en moyenne
.
Dangers pour la santé
On a noté des cas de fractures osseuses parmi des jeunes, qui
pourraient être liées à une diminution de l'absorption de
Absence de bons arguments pour une mise
en vente sans prescription
Supposons que des études fiables aient démontré que les médecins ne prescrivent pas assez souvent de l'orlistat aux personnes susceptibles d'en retirer un (modeste) bénéfice (personnes avec un IMC de 28 ou plus). On pourrait alors peut-être, en faisant preuve de bonne volonté,
comprendre la décision de ne plus exiger d'ordonnance pour ce médicament. Mais, à notre connaissance, il n'y a pas de données convaincantes permettant d'affirmer que tel est le cas et que les médecins font mal leur métier. Bref, il n'y a pas d'arguments valables pour penser que cette décision aura des conséquences bénéfiques en termes de santé publique.
Le conseil du pharmacien n'est pas une
garantie suffisante
La disparition du médecin en tant que prescripteur augmente les risques d'une utilisation inappropriée du médicament. Le point de vue officiel est que c'est maintenant au pharmacien qu'il incombe de veiller à ce que le médicament Alli® ne soit délivré qu'aux personnes de plus de 18 ans avec un IMC de 28 ou plus. Cela est supposé prévenir le recours abusif au produit. En réalité, comme il ressort de diverses enquêtes réalisées par Test-Achats, force est de reconnaître qu'en pratique tous les pharmaciens ne remplissent pas correctement leur rôle de conseiller. Les personnes pour qui le médicament est totalement inapproprié, comme celles avec l'un ou l'autre
trouble du comportement alimentaire, n'auront aucune difficulté à se procurer le médicament, avec tous les risques que cela entraîne. Conjointement avec sa coupole européenne, le BEUC, Test-Achats a déjà à cet effet pris contact avec la Commission européenne.
Au service de l’industrie pharmaceutique
et de ses actionnaires !