Une proposition pour créer un registre de santé publique reprenant le suivi des enfants et des adolescents auxquels sont prescrits des antipsychotiques

Rappel du contexte :

L’UTILISATION DES ANTIPSYCHOTIQUES CHEZ LES ENFANTSLLG n° 61, maus 2009

Alors que jusqu’à récemment, les antipsychotiques étaient utilisés avec parcimonie chez les enfants, on assiste actuellement à une augmentation nette de leur prescription et ce pour différentes raisons. Tout d’abord, ces médicaments ont été prescrits pour gérer les effets secondaires des psychostimulants chez les enfants ou pour gérer des symptômes que l’on suppose annonciateurs d’une psychose. Ensuite, ils sont utilisés, principalement au Etats-Unis, dans le cadre de la manie actuelle qui consiste à diagnostiquer des troubles bipolaires chez des enfants toujours plus jeunes et parfois même en âge préscolaire. Dans pratiquement tous les cas que nous venons de décrire, les antipsychotiques concernés sont ceux de la nouvelle génération.

Or, les très nombreux essais cliniques qui ont été réalisés avec ces nouveaux agents dans ces différentes indications ont produit de maigres résultats. Certaines études ont été interrompue avant leur termes et d’autres ont fourni des données qui n’ont jamais été publiée. Et dans ce cadre, il est difficile de fourni avec certitude la fréquence avec laquelle les effets indésirables se manifestent chez les enfants. Mais nous avons néanmoins toutes les raisons de penser que les enfants présentent une sensibilité plus importante à la prise de poids, au diabète, aux autres troubles métaboliques, aux problèmes cardiologiques et à tous les effets déjà décrits chez les adultes. Par ailleurs, nous ne connaissons rien de l’impact des ces drogues sur un cerveau en plein développement.

En dehors des cas où les troubles de l’enfant sont extrêmement sévères et/ou si la réponse au médicament est très nette et apporte des bénéfices substantiels, l’utilisation d’antipsychotiques chez les enfants est difficilement justifiable en dehors d’un traitement à très court terme. Concernant les indications citées plus hauts, d’autres objections doivent encore être soulevées. Premièrement, le fait que le trouble bipolaire n’existe pas chez les enfants fait l’objet d’un large consensus. Celui-ci en effet démarre rarement avant l’adolescence. Deuxièmement, bien que ces médicaments soient appelés antipsychotiques, il y a aucune de raison de penser qu’ils puissent retarder l’émergence d’une psychose. Troisièmement, leur utilisation pour gérer les effets secondaires des autres traitements, tel que les tics ou l’hyperactivité est infondée. Il est préférable d’interrompre le médicament en cause. Finalement, les antipsychotiques sont utilisés pour gérer les comportements difficiles des enfants et notamment ceux chez lesquels un diagnostic d’hyperactivité a été posé. Il n’y a en soi rien de nouveau dans le fait de calmer chimiquement les enfants difficiles mais ce problème prend un caractère abusif quand au lieu de mettre en garde les professionnels et le public contre les dangers de ces produits, ils sont au contraire présentés et promotionnés par les firmes pharmaceutiques comme des médicaments inoffensifs.

Le Pr David Cohen de l’Université International de Floride a adressé en juin 2008 une demande aux organismes assureurs de cet état pour que soit constitué un registre qui reprendrait les effets sur la santé de la prescription d’antipsychotiques chez les enfants.

Quelles sont les raisons pour créer un tel registre ?

Il est clairement démontré que les antipsychotiques ont des effets indésirables dangereux sur les fonctions neurologiques, cardiovasculaire et endocriniennes. (Jerrel & MacIntyre, 2008)

Les antipsychotiques ont une efficacité limitée dans le traitement des troubles psychotiques. (Lieberman et al. 2005)

Les antipsychotiques sont le plus souvent prescrits chez les enfants ou les adolescents dans des indications non reconnues (off-label) alors qu’aucune étude ne montre un rapport bénéfice/risque acceptable chez les enfants. (APA Working Group, 2006)

Les antipsychotiques sont dans 80% des cas prescrits aux enfants et aux adultes dans le cadre d’associations médicamenteuses dont l’opportunité n’a jamais été investiguée. (patel et al. 2006)

Les antipsychotiques sont supectés d’être en cause dans les décès rapportés à la FDA de 4500 personnes entre 1997 et 2005 ( ces cas rapportés ne représenteraient qu’un dixième de la prévalence réelle). (Moore et al. 2007)

Le suivi des fonctions métaboliques recommandé en routine chez les patients qui débutent un traitement avec des antipsychotiques atypiques est rarement appliqué. (Morrato et al 2007)

Les psychiatres qui reçoivent plus de 5000 $ par an des firmes pharmaceutiques ont 4 fois plus de chances de prescrire des antipsychotiques hors indication à des enfants que ceux qui reçoivent moins de 5000$ (Harris et al. 2007)

Florida Medicaid ( Une assurance-santé en Floride) a déboursé 1,1 milliards de $ pour rembourser des antipsychotiques entre 2002 et 2007 (Farley,2008)

Il est irréaliste d’attendre des prescripteurs qu’ils réalisent une surveillance rapprochée et les lacunes de la pharmacovigilance sont bien connues.

La demande du Pr Cohen serait d’associer le remboursement de ces prescriptions à l’obligation de réaliser de tests de laboratoire et d’évaluation des bénéfices cliniques au minimum 4 fois par an.

Quel est la situation actuelle en Belgique concernant ces problèmes? Est-il opportun de prévoir de telles mesures dans notre pays ?

Dr Monique Debauche

 

Références

- Pr Cohen D. PhD Proposal to create a public health register of children and adolescents prescribed antipsychotic drugs. 25 juin 2008 (disponible sur demande)

- David Healy. Psychiatric Drugs Explained. Fifth Edition. Churchill Livingstone Elsevier. 2009