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LLG n°40 décembre 2003

 

La lettre du GRAS vous a maintes fois informé des déboires du traitement hormonal substitutif de la ménopause. Les firmes pharmaceutiques tentent de minimiser l’impact des récentes études sur leur chiffre d’affaires par divers moyens :

 

La firme Wyeth a envoyé secrètement et avant les délais permis, un dossier à diverses compagnies médicales, leur annonçant au préalable les résultats d’une étude en cours, afin qu’elles puissent prendre des dispositions avant la publication (1). Cette étude financée par  Wyeth montre que le traitement oestroprogestatif combiné double le risque de démence chez la femme âgée en passant de 1 à 2% en 5 ans. Ces dernières constatations s’ajoutent aux conclusions récentes, qui avaient mis en évidence une augmentation du risque de cancer du sein, d’accident cardiaque et d’AVC chez des femmes de plus de 50 ans,  sous traitement oestroprogestatif et en bonne santé (2). La firme Wyeth a été obligée d’admettre que son produit de substitution augmente le risque à long terme. Elle se bat donc maintenant pour maintenir le créneau du traitement symptomatique de courte durée chez la femme ménopausée.

 

De son côté, Schering a réalisé une campagne promotionnelle auprès de plusieurs milliers de gynécologues allemands, affirmant que les conclusions de l’étude américaine « Women’s Health Initiative’s » n’étaient que très peu pertinentes pour la population allemande (3). L’information avait été envoyée par fax au nom du professeur Alexander Teichmann, responsable d’une importante association professionnelle de gynécologues.  Les médecins ont eu des doutes quand ils se sont rendus compte que les envois étaient réalisés à partir de firmes commercialisant des traitements hormonaux substitutifs : Schering et Jenapharm, une succursale allemande de Schering. Le fax contenait également une fiche d’information destinée aux patientes. Cette fiche avait été ajoutée à l’envoi par la firme, sans en informer le professeur Teichmann.

 

 

(1)   Moynihan Ray. Drug company secretly briefed medical societies on HRT. BMJ 2003; 326: 1161.

(2)   Writing group for the Women’s Health initiative investigators. Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women. JAMA 2002 ;288 :321-33.

(3)   Koch Klaus. Schering uses German medical association to promote HRT. BMJ 2003; 326: 1161.

 

D’autre part, la firme GlaxoSmithKline (1) introduit une action pour bloquer de nouveaux contrôles concernant le bupropion, utilisé dans le sevrage tabagique. Des chercheurs australiens ont  développé une étude visant à étudier le rapport coût-efficacité du traitement et remettent en cause le remboursement de la molécule. En effet, le bupropion  représente une part importante du budget des soins de santé en Australie : plus de 500 000 prescriptions ont été remboursées. Dans l’étude, ils ont interrogé 151 patients à qui le bupropion avait été prescrit en 2001, et ont découvert que moins de 20% ont continué le traitement jusqu’au bout. Moins de la moitié des utilisateurs de bupropion ont bénéficié d’un soutien ou counselling, bien que le résultat du traitement en dépende.  Les chercheurs disent que le bupropion a été prescrit à 10% des fumeurs australiens, sans qu’il n’y ait d’effet évident sur la prévalence du tabagisme. Ils remettent donc en cause la part du budget octroyée à cette molécule. La firme GlaxoSmithKline estime qu’il ne peut y avoir de retour en arrière quand une molécule a bénéficié d’un remboursement.

 

(1)   Sweet Melissa.GlaxoSmithKline takes legal action to block new controls on its smoking cessation drug. BMJ 2003; 326: 1161.