LES MALADES AVANT LES BREVETS :
La
compagnie pharmaceutique Novartis
intente un procès au gouvernement
indien. Si Novartis
gagne ce procès, des millions de personnes dans le
monde verront se tarir leurs sources de médicaments à prix abordable
Novartis est
l'une des 39 compagnies pharmaceutiques qui avait intenté un procès au gouvernement sud-africain il y a 5 ans,
avec la volonté de faire annuler la loi
sud-africaine sur le médicament destinée à diminuer le prix des médicaments.
Aujourd'hui, Novartis se lance
à nouveau dans une action en justice sur le même sujet et vise
cette fois le gouvernement indien.
L'Inde est
l'un des acteurs majeurs dans la production de
médicaments à prix abordable, notamment
dans le domaine
des anti-rétroviraux pour soigner
le VIH/sida. Jusqu'à
Heureusement, l'Inde a élaboré une loi sur les brevets dont
l'objectif est de protéger la
santé publique. La
loi indienne indique ainsi que
les brevets ne seront accordés qu'aux seuls médicaments
réellement innovants.
Cette décision
vise à empêcher une pratique
courante des compagnies
pharmaceutiques qui tentent d'obtenir des brevets pour des améliorations de médicaments existants
déjà, afin d'étendre leur
monopole sur ces médicaments. La
loi indienne est très stricte sur
le type de médicaments qui peuvent ou
non être brevetés. Une disposition de la loi, unique
en Inde, indique ainsi
qu'aucun brevet ne peut être accordé pour une simple amélioration d'un
médicament ou une molécule existant déjà.
En
se basant sur cette loi, l'Inde a
ainsi, pour la première fois, décide de
rejeter une demande de brevet en janvier 2006 pour un médicament contre
le cancer, l'imatinib mesylate, commercialisé par
Novartis sous le nom de Glivec° (Gleevec° aux Etats-Unis).
Aujourd'hui, Novartis
intente un procès
au gouvernement indien,
en contestant la loi
indienne sur les brevets. Si
Novartis obtient gain de cause et si
la loi indienne est modifiée, il est probable que
d'autres médicaments seront brevetés
en Inde, ce qui limitera la disponibilité de versions génériques
indiennes à prix abordables. Et ce, au détriment de millions de
malades dans le monde dont la vie
dépend de ces médicaments, notamment pour les patients atteints du VIH/sida.
Des millions de malades dans le
monde dépendent aujourd'hui de médicaments à prix abordable produits en Inde.
La compagnie pharmaceutique Novartis intente un procès au gouvernement indien
afin de le contraindre à changer sa loi sur les brevets. Si Novartis a gain de
cause, une source importante de médicaments à prix abordable va se tarir pour
des millions de patients dans le monde.
MSF exhorte Novartis d'ABANDONNER
SON PROCES
Pour signer la pétition :
http://www.msf.be/fr/news/petition/index.htm
http://www.msf.org/petition_india/international.html
Le journal Libération du 15 février
2007 http://www.liberation.fr/actualite/economie/235325.FR.php
explique que la même mécanique judiciaire est à l'oeuvre, aujourd'hui aussi,
aux Philippines, où l'américain Pfizer conteste à Manille la décision de lancer
un générique de son Novarsc (utilisé en cardiologie), dont le brevet expire en
juin. Mais le comble de la crise de nerfs de l'industrie pharma se passe en
Thaïlande, où le régime s'apprête à contourner le brevet de 14 médicaments
(sida, cancer, coeur...) après avoir, le 2 février, lancé la copie de
l'antisida Kaletra (de l'américain Abbott) et de l'anticoagulant Plavix (de
l'américain Bristol Myers-Squibb)... «Du jamais vu», s'étranglent les labos,
qui menacent de quitter le pays.
Le gouvernement thaïlandais subit
des pressions identiques de la part du gouvernement US et de
AUTRE POINT DE VUE :
LABOS DU SUD CONTRE LABOS DU
NORD :
Yves Mamou
LE MONDE | 03.01.07 | http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-851520,0.html
Le danger était latent. Il est
devenu manifeste. Jean-François Dehecq, président de Sanofi Aventis, troisième
laboratoire pharmaceutique mondial, s'est emporté mardi 2 janvier, dans les
colonnes du Financial Times contre les fabricants de médicaments génériques
venus du tiers-monde. Porte-parole autoproclamé de la pharmacie occidentale, M.
Dehecq a fustigé ses homologues qui en Inde, en Thaïlande, en Indonésie, paient
"trois fois rien" leurs ouvriers pour produire des médicaments
réexportés en totalité vers l'Europe et les Etats-Unis.
M. Dehecq a pris garde de ne
désigner personne. Mais il s'est dit "scandalisé" par le comportement
de ces industriels qui ont bâti un empire en copiant à bas prix des médicaments
dont les brevets sont obsolètes. "Ils fabriquent très bon marché et
exportent vers le Nord à destination de consommateurs qui peuvent payer",
explique-t-il. "C'est un scandale. Ils exploitent les populations du Sud,
sans se préoccuper de leurs propres pays."
Légitime ou non, ce cri de colère
est avant tout un aveu de faiblesse. Les grands laboratoires se sentent
aujourd'hui abandonnés. Les gouvernements qui, jusqu'à il y a peu, garantissaient
les brevets et leur validité sur les marchés les plus riches de la planète,
ouvrent aujourd'hui les frontières.
Motif : la concurrence - même si
elle vient d'Asie - permet de réduire les dépenses de santé. Aux Etats-Unis, la
loi donne un monopole de six mois au fabricant de génériques qui annule le
premier un brevet. Cet avantage a transformé la compétition en curée. Plavix,
premier médicament de Sanofi Aventis, voit ses brevets contestés devant les
tribunaux américains par Dr Reddy, un fabriquant indien. Et ce, alors qu'il est
en principe protégé jusqu'en 2011.
Pire qu'abandonnés, les grands labos
se sentent pris en tenaille. Ils savent n'avoir aucun soutien à attendre des
opinions publiques des pays riches.
Personne n'a oublié que, en avril
2001, 39 laboratoires américains et européens s'étaient unis pour porter
plainte contre le gouvernement d'Afrique du Sud, qui souhaitait fabriquer des
génériques de médicaments brevetés contre le sida. Faute d'explication, cette
démarche froidement juridique avait été interprétée comme un manque élémentaire
de charité. Il s'agissait en réalité d'une prémonition. Les laboratoires
savaient que leurs homologues du tiers-monde seraient immanquablement fascinés
par les marges élevées du secteur. Tôt ou tard, ils auraient opéré ce tournant
que M. Dehecq dénonce : délaisser leurs marchés insolvables pour se tourner
vers ceux, plus attractifs, d'Europe et des Etats-Unis.
La réalité est là : le pactole va
devoir être partagé entre un plus grand nombre d'invités.
Yves Mamou (Article paru dans l'édition du 04.01.07)