LE TRAITEMENT DES BRONCHITES (septembre 2001)
Plusieurs actions du GRAS (n° 37 : acétylcystéine, n° 55 : ipratropium, n° 56 : amoxicilline-acide clavulanique) ont concerné des médicaments proposés dans le traitement de la bronchite. Quelques publications récentes font le point sur les indications prouvées de ces médicaments dans le traitement de la bronchite.
1. ANTIBIOTIQUES DANS LE
TRAITEMENT DE LA BRONCHITE (1)
1. BRONCHITE
AIGUE :
- l’antibiothérapie ne permet pas de diminuer significativement la durée de la toux (Niveau de preuve 1)
- résultats contradictoires de l’efficacité des antibiotiques sur la durée d’une toux productive (Niveau de preuve 3) et sur l’état général (Niveau de preuve 3)
- pas d’effet de l’antibiothérapie sur l’absentéisme à l’école et au travail (Niveau de preuve 1)
- pas de preuve d’effet sur la prévention des complications et des rechutes (Niveau de preuve 3)
- pas d’étude RCT, en double aveugle, comparant l’efficacité des antibiotiques entre eux.
2. BRONCHOPNEUMOPATHIE CHRONIQUE OBSTRUCTIVE (BPCO) :
- résultats contradictoires des études d’efficacité sur les symptômes (Niveau de preuve 3)
- pas d’effet prouvé sur la présence d’expectorations purulentes (Niveau de preuve 3)
- aucun effet prouvé de l’oxytétracycline sur la durée de l’exacerbation de BPCO (Niveau de preuve 1) et sur la durée d’absentéisme au travail (Niveau de preuve 2)
- pas de preuve de l’efficacité des antibiotiques dans la prévention des récidives (Niveau de preuve 3)
2. BRONCHODILATATEURS
2.1. BRONCHITE
AIGUE :
pas d’indication
2.2. BRONCHOPNEUMOPATHIE
CHRONIQUE OBSTRUCTIVE (BPCO) :
Le NHG (2) conclut, après une revue de la littérature et un
consensus :
- utilité d’un essai thérapeutique soit avec un b2 mimétique soit
avec de l’ipratropium pendant 15 jours
- si échec thérapeutique, essai de l’autre traitement pendant 15 jours
- si échec thérapeutique après 15 jours, essai d’une combinaison des 2 produits
- si succès, utiliser la plus petite dose efficace en traitement d’entretien,
en augmentant les doses lors des exacerbations.
Il conclut également aux preuves limitées d’intérêt de :
- b2
mimétiques à longue durée d’action, à utiliser en cas de dyspnée nocturne
malgré les b2
mimétiques à courte durée d’action et l’ipratropium
- chambre d’expansion, à utiliser si échec d’un aérosol doseur ou d’un
inhalateur à poudre
- théophylline, à réserver aux échecs des inhalations dans les cas de BPCO
sévère.
Il insiste surtout sur la nécessité absolue de l’arrêt du tabac.
3. La N-acétylcystéine
3.1. BRONCHITE
AIGUE :
pas d’indication
3.2. BRONCHOPNEUMOPATHIE CHRONIQUE OBSTRUCTIVE (BPCO)
L’analyse de la littérature faite par le NHG (2) a isolé 9 RCT. Six études
concernaient le nombre d’exacerbations : 3 ont montré un effet de la
N-acétylcystéine sur la diminution du nombre d’exacerbations (1 exacerbation en
moins sur 6 mois), 3 études n’ont pas montré de modification. Quatre études
concernaient le nombre de jours de maladie : dans 3 études sur 4 le nombre
de jours de maladie a été diminué de 2 à 16 jours sur 6 mois. Trois études ont
étudié la modification du VEMS : 2 ont montré une augmentation légère de
celui-ci, soit après 4 semaines soit après 6 mois. Une analyse du sous-groupe
de patients présentant au moins 3 exacerbations de BPCO sur 6 mois a montré un
bénéfice plus grand, avec RAR de 20% pour le nombre d’exacerbations. Les
meilleurs résultats ont été enregistrés pour les patients avec une BPCO légère
à modérée et âgés de 50 à 55 ans.
Le NHG a également isolé 2 synthèses
méthodiques de la littérature, dont les conclusions sont :
-diminution du nombre d’exacerbations de 23 ou 17 %
-absence de comparaison avec les corticoïdes inhalés
- l’association corticoïdes inhalés + N-acétylcystéine montre une réduction du
nombre d’exacerbations de 20 à 30 %
Le NHG propose, en conclusion :
- pour l’ensemble
de la population des BPCO, la N-acétylcystéine n’est pas indiquée
- dans le sous groupe des patients présentant au moins 3 exacerbations par an,
un traitement d’essai est utile
une étude prospective est en cours pour évaluer l’effet du traitement sur le VEMS.
Mais ces conclusions sont à remettre en question suite à l’analyse critique de la synthèse méthodique de POOLE (voir ci-dessous).
Pour la bronchite aiguë, un guideline récent (3) donne comme
principales recommandations :
- exclure une pneumonie : chez des patients par ailleurs en bonne santé,
non âgés, une pneumonie est inhabituelle en l’absence d’anomalie des signes
vitaux et d’asymétrie auscultatoire. Une radiographie du thorax est indiquée en
cas de toux persistante pendant au moins 3 semaines.
- une antibiothérapie de routine dans la bronchite non compliquée n’est pas
recommandée, en ce qui concerne la durée de la toux.
Pierre CHEVALIER
REFERENCES :
1.Réunion de consensus – Revue systématique de la
littérature scientifique L’usage
adéquat des antibiotiques en cas d’infections aiguës dans le domaine de l’ORL
et des voies respiratoires inférieures dans la pratique ambulatoire INAMI 17
octobre 2000.
2. GEIJER R, VANSCHAYK C, VANWEEL C
et al – NHG-Standaard COPD : behandeling Huisarts en Wetenschap
2001;44(45):207-19.
3. SNOW V,
MOTTUR-PILSON C, GONZALES R – Principles of appropriate use for treatment of
acute bronchitis in adults Ann Intern Med 2001;134(6):518-20.
MUCOLYTIQUES ET BPCO
Dans La Lettre du Gras (31, septembre 2001:11), nous avons rapporté l’opinion du Nederlands Huishartsen Genootschap (NHG) sur les indications éventuelles des mucolytiques dans la BPCO.
Pour rappel, le NHG (1) proposait :
- pour l’ensemble de la population des BPCO, la N-acétylcystéine n’est pas
indiquée
- dans le sous-groupe des patients présentant au moins 3 exacerbations par an,
un traitement d’essai est utile
- une étude prospective est en cours pour évaluer l’effet du traitement sur le VEMS.
Ces propositions reposaient sur l’étude de 9 RCTs parues à l’époque de la rédaction du Standaard COPD.
POOLE (2) a réalisé une revue systématique du sujet en 1999 pour la Cochrane Collaboration. Elle concluait également à une réduction des exacerbations en termes de jours et de maladies dans les bronchites chroniques et les BPCO.Elle propose cependant de réserver les mucolytiques aux patients qui ont des exacerbations sévères, répétées, prolongées de BPCO.
GIBSON (3), dans un article de synthèse, précise que le bénéfice d’un traitement mucolytique est un raccourcissement de la durée des exacerbations de 0.65 jours par mois en cas de BPCO, tout en déclarant que la signification clinique et le rapport coût-efficacité de ces mucolytiques n’est pas évident.
Le Drug and Therapeutics Bulletin (4) reprend la synthèse méthodique de POOLE. Il propose de prendre en considération un traitement mucolytique chez les patients BPCO, particulièrement chez ceux présentant des exacerbations aiguës fréquentes et sévères malgré un traitement optimal (dont l’arrêt du tabagisme fait partie !). Il suggère même d’accorder un remboursement dans ces indications.
L’équipe de rédaction du « Huisartsenformularium OCMW Gent » (5) a réalisé une lecture critique très précise de l’étude de POOLE. Une hétérogénéité importante (pour différents critères) des études reprises par POOLE est mise en évidence. Les conclusions de cette synthèse méthodique sont donc à remettre en question !
Il nous faut donc être très critique vis-à-vis de toutes les recommandations actuelles proposant un intérêt clinique de prescription de mucolytiques dans la BPCO, que ces recommandations proviennent du BMJ, du DTB, du NHG ou de la Cochrane Collaboration.
En conclusion de son dossier, l’équipe de rédaction du « Huisartsenformularium OCMW Gent » propose :
« sur base des données actuelles, nous pouvons dire qu ‘il n’y a pas, à l’heure actuelle, de preuves suffisantes pour une indication des mucolytiques oraux dans le traitement et la prévention des exacerbations de bronchite chronique ou de BPCO ».
NIVEAUX DE PREUVE
|
Niveau 1 |
Une ou plusieurs méta-analyses de qualité suffisante ou plusieurs RCTs de qualité suffisante |
|
Niveau 2 |
Une RCT de qualité suffisante |
|
Niveau 3 |
Résultats contradictoires de méta-analyses ou de RCTs de qualité suffisante, ou absence de méta-analyses ou de RCTs de qualité suffisante, ou absence de RCTs. |
REFERENCES
1. GEIJER R, VAN SCHAYCK C, VAN WEEL C et al – NHG-Standaard COPD: Behandeling Huisarts en Wetenschap 2001;44(5):207-19.
2. POOLE P, BLACK P – Oral mucolytic drugs for exacerbations of chronic obstructive pulmonary disease : systematic review BMJ 2001;322:1-6.
3. GIBSON P – Management of chronic obstructive pulmonary disease (COPD) Australian Prescriber 2001;24(6):152-5.
4. DTB – Managing stable chronic obstructive pulmonary disease Drug and Therapeutics Bulletin 2001;39(11):81-5.
5. WERKGROEP HUISARTSENFORMULARIUM – Orale mucolytica en chronische luchtaandoeningen : een storm in een glas mucus ? Geneesmiddelenbrief 2001;6(3):15-9.