LE DILEMME DE LA VACCINATION CONTRE LA COQUELUCHE CHEZ L’ADO. ET L’ADULTE : attention aux apprentis-sorciersLLG n° 61, mars 2009

 

L’attention a été attirée récemment dans la presse sur la question de savoir si une vaccination de rappel contre la coqueluche devrait être administrée systématiquement à tous les adolescents. Le but d’un tel rappel n’est pas tellement de protéger ces adolescents contre la coqueluche, mais plutôt de prévenir la transmission de la coqueluche à des enfants qui ne sont pas encore ou pas complètement vaccinés contre la coqueluche, p.ex. les nourrissons de moins de 2 mois avant leur première vaccination: c’est en effet chez ces très jeunes enfants que la coqueluche est la plus grave. L’idée de revacciner la cohorte des adolescents vient du fait que ces dernières années, une augmentation de l’incidence de la coqueluche a été observée au niveau mondial (d’après certains, l’augmentation est la plus importante chez les adolescents), et qu’il s’agit d’une cohorte relativement facile à atteindre. Un rappel chez les adolescents est déjà recommandé actuellement dans plusieurs pays tels la France, l’Allemagne, le Canada et les Etats-Unis. La question reste toutefois de savoir si cette stratégie est la meilleure, et s’il ne faut pas veiller plutôt à ce que les adultes en contact avec des nourrissons (p.ex. les jeunes parents et leurs proches ainsi que le personnel soignant des services de pédiatrie et des milieux d’accueil de la petite enfance, y compris les gardiennes d’enfants) reçoivent un rappel. Les adultes font le plus souvent une coqueluche peu ou asymptomatique. Ils peuvent toutefois constituer une source importante d’infection par Bordetella pertussis pour les enfants n’ayant pas (encore) été complètement vaccinés. Une autre stratégie pour limiter la transmission de la coqueluche à de très jeunes enfants serait de vacciner tous les adolescents et les adultes. Pour avoir un effet, il a été estimé que plus de 85 % des adolescents et des adultes devraient être vaccinés, et qu’un rappel devrait être fait tous les 10 ans. Ceci est probablement difficilement réalisable d’un point de vue organisationnel, et le coût est très élevé.

En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé recommande depuis 2008 une vaccination de rappel au moyen du vaccin dTpa pour adultes à l’âge de 14-16 ans.L’administration d’une dose unique de dTpa est également recommandée, quels que soient les antécédents de vaccination (complète ou incomplète) contre la coqueluche, pour les adultes qui n’ont pas reçu de rappel de dTpa à l’âge de 14-16 ans et qui sont en contact avec des nourrissons non ou insuffisamment vaccinés (< 12 mois). Il s’agit du principe de la vaccination dite familiale ou cocoon, à savoir: futurs ou jeunes parents et leurs contacts familiaux proches ainsi que le personnel soignant en pédiatrie et dans les milieux d’accueil de la petite enfance (Vaccination anticoquelucheuse (février 2008) (CSS 8369). L’avis du Conseil Supérieur de la Santé (adultes; enfants) peut être consulté via: www.health.fgov.be/CSS_HGR (cliquer sur "Avis et Recommandations”; mots-clé: "coqueluche” ou "calendrier des vaccinations” ou "vaccination de rattrapage”).

L’arrivée sur le marché belge du Boostrix ®, vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche avec une quantité réduite en anatoxine diphtérique et en antigènes de Bordetella pertussis a entrainé une promotion tous azimuths de la vaccination anticoqueluche chez l’adulte et l’adolescent. Le bénéfice de la vaccination au niveau individuel pourrait s’avérer péjoratif au niveau de la Santé Publique si on considère que la circulation du microbe de la coqueluche pourrait diminuer entraînant un amoindrissement de l’immunité des adultes non revaccinés et partant, une recrudescence des coqueluches à l’âge adulte susceptibles de contaminer davantage de nourrissons non encore vaccinés. « La vaccination de rappel systématique de la cohorte des adolescents diminuera probablement encore plus ce phénomène de 'rappel naturel', entraînant ainsi une augmentation de la fréquence de la coqueluche chez les adultes. Il reste dès lors important de vacciner contre la coqueluche aussi les adultes en contact avec les nourrissons » (1) ; Ce phénomène déjà décrit pour la vaccination contre la rubéole et la varicelle nous rappelle qu’en matière de vaccination, il est impératif que  l’autorité publique définisse une politique et adapte le remboursement des vaccins pour les rendre accessibles à tous. Actuellement le surcoût de la vaccination contre la varicelle de l’adulte et de l’adolescent (€ 21,85 pour le Boostrix® versus  € 5,32 pour le Tedivax)  risque de compromettre l’accès pour tous les adolescents à cette vaccination.

 

Marc BOUNITON, MG

 

Références sur www.cbip.be via « chercher » « vaccination contre la coqueluche »

(1) Bon à savoir Avril 2008 des Folia Farmacothérapeutica

Recommandations actuelles pour les adolescents/adultes

Dans les Folia de juillet 2004 , l’attention a déjà été attirée sur la vaccination contre la coqueluche chez les adolescents et les adultes. On y fait référence aux recommandations du Conseil Supérieur d’Hygiène (2003). Le Conseil Supérieur d’Hygiène recommande une vaccination de rappel contre la coqueluche chez les adolescents et les adultes qui n’ont pas été vaccinés complètement contre la coqueluche pendant leur enfance. Selon l’avis du Conseil Supérieur d’Hygiène, le médecin peut en outre envisager un rappel contre la coqueluche de manière individuelle pour chaque adulte, indépendamment de son statut vaccinal; il est recommandé d’accorder une attention particulière aux adultes en contact avec des nourrissons: les jeunes parents et leurs proches ainsi que le personnel soignant des services de pédiatrie et des milieux d’accueil de la petite enfance, y compris les gardiennes d’enfants. Une vaccination systématique contre la coqueluche des adolescents et des adultes n’est donc pas recommandée pour le moment en Belgique.

Chez les adolescents/adultes, il convient d’utiliser le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche avec une quantité réduite en anatoxine diphtérique et en antigènes de Bordetella pertussis: Boostrix ®.

 

Arguments possibles en faveur d’une vaccination de rappel systématique chez les adolescents

 

Références utiles