CORRUPTION ET SANTE : www.transparency.org dans LLG n° 63, septembre 2009
Le Rapport mondial sur la corruption
2006 de Transparency International, ONG basée en Allemagne, analyse le
phénomène de la corruption dans les services de santé.
« Quand ma femme est allée à l’hôpital, ils l’ont examinée et lui ont prescrit des médicaments. Ils ont dit qu’ils n’en disposaient pas sur place mais que, si nous payions 20 ou 30 dirhams, quelqu’un pourrait nous fournir ces “médicaments gratuits”. Le problème, c’est que nous n’avons pas les moyens de payer les médicaments». Ce sont les mots d’un habitant de Casablanca interviewé par Transparency International Maroc mais ils pourraient avoir été prononcés par des centaines de personnes dans une multitude de pays. Ce simple exemple illustre bien les graves conséquences de la corruption qui touche le secteur des soins de santé. La corruption peut être une question de vie ou de mort pour des malades nécessitant des soins urgents. Et ce sont toujours les classes les plus pauvres de la société qui souffrent le plus de la corruption car elles n’ont pas les moyens de payer des pots de-vin ou des soins privés. Toutefois, dans les régions les plus riches du monde, la corruption a aussi un coût. Dans les pays riches, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, des centaines de millions de dollars sont détournés chaque année en escroquerie aux assurances et en actes de corruption. La lutte contre la corruption dans le secteur de la santé est un problème complexe. En bas de l’échelle, des médecins et des infirmières exigent officieusement de petites sommes des patients pour compléter des revenus insuffisants. À l’autre bout de l’échelle, avec des conséquences beaucoup plus graves, nous sommes confrontés à des fournisseurs malhonnêtes, qui proposent des dessous-de-table, à des ministres de la santé ou à des directeurs d’hôpitaux, qui les acceptent ou détournent des millions de dollars du budget de la santé, faussant la politique de santé publique et portant atteinte aux fonds normalement destinés à construire des hôpitaux, acheter des médicaments ou employer du personnel.Trois des huit Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies – qui visent à réduire la pauvreté de moitié à l’horizon 2015 – sont directement liés à la santé : réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle et combattre le VIH/ SIDA, le paludisme et d’autres maladies. Le Rapport mondial sur la corruption 2006 de Transparency International prouve que la réalisation de ces objectifs dans le délai fixé est gravement compromise par l’omniprésence de la corruption dans le secteur des soins de santé. Analyser et réduire la corruption qui touche ce secteur s’inscrit dans les activités de Transparency International à travers le monde, notamment en tentant de réduire le déséquilibre informationnel qui existe entre les pouvoirs publics et les fournisseurs de services, d’une part, et les patients d’autre part.