Rétention d’information pour les COXIBs: du neuf  - Edito LLG n° 49, mars 2006

 

Les procès actuellement en cours aux Etats-Unis concernant des plaintes de patient contre les firmes productrices de COXIBs (Vioxx ® principalement) apportent des informations complémentaires sur les résultats des études de ces molécules. Certaines de ces informations sont relayées dans la presse médicale internationale. Curfman et coll. nous apportent des données fort intéressantes concernant l’importante publication de Claire Bombardier et coll. sur l’étude VIGOR (2) en novembre 2000 concernant le rofécoxib, publication à la base de la promotion gigantesque de ce produit. Nous apprenons ainsi que deux auteurs, au moins,  de cette publication, connaissaient, en juillet 2000, l’existence de trois autres cas d’infarctus du myocarde non repris dans la publication, soit au moins deux semaines avant la soumission de la première révision du manuscrit et quatre mois et demi avant sa publication. L’absence de l’inclusion de ces 3 cas d’infarctus du myocarde fausse totalement les conclusions de l’article : il ne s’agit plus d’une diminution du risque sous naproxène mais bien d’une augmentation de risque sous rofécoxib ; le risque est augmenté pour tous les patients, que l’administration d’aspirine soit indiquée ou non dans leur cas.

Le New England Journal of Medicine nous apprend aussi que ces données figuraient, à l’origine, sur la disquette remise, le 18 mai 2000, par les auteurs avec leur manuscrit original… mais que ces mêmes auteurs avaient supprimé, sur la disquette, certaines des données « sensibles » dans leur manuscrit deux jours avant de remettre cette disquette ! Trahis par l’informatique…D’autres sources nous apprennent que ces données avaient été effacées sur la disquette par un ordinateur de la firme Merck (3).

Les auteurs de cet éditorial dans le New England Journal of Medicine remettent en cause l’intégrité des données figurant dans l’article de Bombardier et coll. en ce qui concerne les effets cardiovasculaires indésirables. Ils demandent aux auteurs de publier un corrigendum.

Ces révélations s’ajoutent à nos précédentes connaissances de manipulation dans les publications des études VIGOR et CLASS (qui concerne le célécoxib) ; la puissance d’investigation des avocats américains complète des informations reçues fort tardivement par le canal de la FDA ou de publications indépendantes (presse ISDB). Doivent-elles jeter le discrédit sur d’autres publications internationales sponsorisées par des firmes pour leur produit considéré comme un « booster » par leur service marketing ? Toutes les firmes procèdent-elles de telle manière ? Seules de futures révélations pourront nous aider à répondre à ces questions. Il faudrait également envisager un contrôle indépendant des données d’une étude avant sa publication, avec des moyens de contrôle effectifs. Quelle organisation ou institution pourrait-elle avoir les capacités (financières et de réelle indépendance) pour réaliser ce travail ?

Pierre Chevalier

Référence :

(1)   Curfman G, Morrissey S, Drazen J. Expression of concern: Bombardier et al., “Comparison of upper gastrointestinal toxicity of rofecoxib and naproxen in patients with rheumatoïd arthritis,” N Engl J Med 2000;343:1520-8. N engl J Med 2005;353:2813-4.

(2)   Bombardier C, Laine L, Reicin A et al. Comparison of upper gastrointestinal toxicity of rofecoxib and naproxen in patients with rheumatoïd arthritis. N Engl J Med 2000;343:1520-8.

(3)   Anna Wilde Mathews. Ghost story. At medical journals, writers paid by industry playbig role. Articles appear under ame of academic researchers, but they often get help.Wall Street Journal December 13, 2005; page A1.