DEALERS D' OPINION – Edito de LLG n° 48, décembre 2005

Les tumeurs sont souvent plus graves quand elles sont infiltrantes: leur symptomatologie reste longtemps pauvre mais quand on les diagnostique, la situation est déjà souvent fort avancée. Ainsi en est il de l'industrie pharmaceutique qui est en train d'infiltrer tout notre système de soins via le sponsoring d'associations de patients, le soutien  des formations médicales initiales et continuées et bientôt le e-learning, via des leaders d'opinions qui participent aux commissions ministérielles, établissent les consensus EBM (1), voir la définition même des maladies ou des seuils de dépistage.

Le p(2) a été capturé par les firmes: beaucoup d'études sont construites pour les besoins promotionnels de l'industrie pharmaceutique, pas pour ceux des cliniciens qui soignent les malades et qui aimeraient bien savoir si ce nouveau médicament est meilleur que l'ancien traitement de référence! En effet beaucoup d'études comparent un nouveau traitement par rapport au placebo. Pourtant ces études de construction très critiquable sont approuvées par des comités d'éthique "indépendants"!

Si nous voulons garder la confiance du public dans notre indépendance qui est à la base de la relation thérapeutique, nous devons maintenir notre vigilance de praticien. Aiguisons notre esprit critique pour disséquer le discours promotionnel  et réagir : c'est la réaction inflammatoire qui permet à l'organisme de se défendre et de rejeter ce qui est mauvais pour lui. Les abcès sont plus spectaculaires mais moins dangereux à terme que ces tumeurs infiltrantes.

Dans ce sens, la rentrée de septembre a vu se concrétiser plusieurs projets promus par le GRAS (prescription en DCI) (3) ou s'en prolonger d'autres, portés par Farmaka ( Formulaire de référence pour les MG en MRS, informateurs médicaux). D'autres objectifs restent à atteindre et non des moindres: plus de rigueur dans le travail des comités d'éthique pour approuver les études cliniques, plus de transparence dans la publication des conflits d'intérêts des experts et pourquoi ne pas privilégier, à notre niveau, les formations et les revues qui signalent les conflits d'intérêts, utilisent les niveaux de preuve et les mesures de bénéfice absolu (RRA, NNT) ?

Le risque d'une pandémie d'influenza réveille la problématique de la levée des brevets en cas de crise sanitaire grave comme lors de la menace du bacille du charbon aux USA …. Apparemment les menaces de levée de brevet du Tamiflu° brandies par divers pays pour faire face à la carence relative de ce traitement dans l'éventualité d'une pandémie grippale n'inquiètent pas trop la firme Roche qui se sent protégée par les difficultés techniques de son mode de production.

Plusieurs articles de cette Lettre du GRAS font échos à ces problématiques.

                                                                      Marc BOUNITON, MG.

(1) Selling Sickness: How the world's biggest pharmaceutical companies are

turning us all into patients by Ray Moynihan and Alan Cassels is

published in Canada by Greystone Books (2005) www.greystonebooks.ca and

in the US by Avalon Publishing Group, www.avalonpub.com

Contact auteurs: alan@alancassels.com

(2) P: probabilité qu'une différence observée soit due au hasard. Notion fréquemment utilisée dans les études cliniques. A partir du moment où le p est inférieur à 5%, on admet que la différence observée entre deux traitements est statistiquement significative.

(3) DCI: www.sspf.be « lu pour vous » ; sur le site de Prescrire, une campagne d’information du Collectif Europe et Médicament : http://www.prescrire.org/cahiers/dossierDciCampagne1.php et sur  le site de l’AP (www.apb.be), les principaux éléments qui ressortent de l’AR