Après 25 ans de bons et loyaux services, je jette mon oreille attentive aux orties …
Je n’en peux plus, c’est décidé, je ne recevrai plus les délégués…LLG n° 35 septembre 2002
Lente maturation d’une décision qui n’est pas dirigée contre des femmes et des hommes qui exercent un métier mais bien « contre » une industrie pharmaceutique de plus en plus agressive.Les pratiques commerciales de ces dernières années ont certainement pesé lourd dans la balance :
Je pourrais allonger la liste à l’infini mais à quoi bon : si l’industrie pharmaceutique garde un budget aussi élevé pour la publicité, c’est que ça rapporte, sinon, ils auraient trouvé autre chose. Je ferme donc ma porte, non à des femmes et des hommes que je respecte, mais à une industrie dont je ne peux plus supporter la politique commerciale.
Faut-il les mettre tous dans le même panier me direz-vous ?
Peut-être pas, mais les différences ne sont que des nuances sur un même fond : la publicité pour stimuler la vente par la prescription.
Comme le suggérait un éditorial de la Revue Prescrire, il y a quelques années (1995;15(149):161 (1), j’utiliserai le temps habituellement consacré à recevoir des délégués, à la lecture d’articles scientifiquement validés.
Les dieux du commerce vont certainement m’excommunier, mais la rigueur intellectuelle, la fidélité à ses priorités, sont sans doute à ce prix.
MICHEL JEHAES
Les arguments développés par Michel Jehaes dans son éditorial pour appuyer sa décision sont confortés par les informations que nous vous donnons dans cette Lettre. La manipulation des résultats d’études thérapeutiques pour promotionner les COXIBs est connue désormais du grand public, grâce à la presse qui ne croit plus guère à la nécessaire réelle nouveauté d’un médicament arrivant sur le marché. Les stratégies des laboratoires pharmaceutiques sont également analysées par les media. L’implication des pouvoirs publiques dans une gestion incorrecte de la politique du médicament fait l’objet d’une action du « Collectif Europe et Médicament » décrite dans nos lignes. La conformité des notices scientifiques des médicaments reste une de nos préoccupations principales ; nous analysons celles des préparations destinées au traitement de la pédiculose. Nos rubriques habituelles de pharmacovigilance, de nouvelles brèves, d’information sur de nouvelles RBPs publiées (contraception orale), et de complément d’information concernant nos Actions (nouvelles margarines, fluoroquinolones) sont soumises à votre lecture attentive et critique.
Pierre Chevalier.
(1) EDITORIAL DE LA REVUE PRESCRIRE de mars 1995
L'article relatif au bilan du Réseau Prescrire d'observation de la visite médicale publié dans le numéro 149 (pages 212 217) donne à réfléchir. En effet, si 74 % des généralistes citaient encore en 1992 la visite médicale comme "canal de formation continue", le nombre de médecins limitant leur réception des visiteurs médicaux semble aller en aug mentant, et aurait atteint 35 % en 1993. Cet article précise aussi que les médecins qui reçoivent les visiteurs, leur consacrent envi ron deux heures par semaine.
Deux heures par semaine ! Huit à dix heures par mois ! Plus de cent heures par an ! Que de temps passé à absorber une information nécessairement biaisée, non comparative et la plupart du temps redondante !
Il y a tant à faire pour être performant et compétitif. Le temps de travail est si pré cieux, que tout doit être pris en compte. Le choix des outils de formation doit se faire avant tout en fonction de la quantité d'in formations fiables et utilisables qu'ils per mettent d'acquérir par unité de temps passé.
La visite des envoyés des laboratoires n'a pas une fonction de formation. C'est une arme de promotion, visant à l'orientation consciente ou inconsciente des prescrip tions. La quantité d'informations fiables et utilisables que cette visite médicale délivre par unité de temps passé est pitoyable.
Il vaut mieux consacrer ces dix heures mensuelles à étudier attentivement des revues de formation professionnelle fiables et comparatives, à consulter régulièrement les dernières éditions de deux ou trois ouvrages de référence bien choisis, à entre tenir des relations régulières avec de bons correspondants spécialisés, et à aller rendre visite régulièrement à des pharmaciens d'officine.
Ce faisant, on ne risque pas de "louper le progrès", et on a vraiment des chances d'optimiser son temps de formation sur les médicaments. On peut alors se hisser au niveau de performance nécessaire pour être écouté et respecté, et jouer valablement un rôle de professionnel digne de ce nom au sein du système de santé.
LA REVUE PRESCRIRE
REFERENCE : Revue Prescrire 1995:15(149) :161