Diabète : cibler un taux d’HbA1C ou une
prise en charge individualisée de tous les facteurs de risque ?
En février 2008, le National Heart, Lung and Blood Institute
(NHLBI) étatsunien annonçait l’arrêt partiel d’une des études qu’il avait mise
sur pied, l’étude ACCORD. Cette étude incluait 10.251 patients présentant un
diabète de type 2 et soit une pathologie cardiaque, soit deux facteurs de
risque cardiovasculaire supplémentaires (par rapport au diabète). Deux
stratégies thérapeutiques y étaient comparées, l’une intensive et visant un
taux d’ HbA1C <6,0% et l’autre, de référence, ciblant une HbA1C
située ente 7,0 et 7,9%. Constatant, en cours d’étude, que le traitement
ciblant une HbA1C inférieure à 6% était associé à une mortalité plus
importante, le sponsor a arrêté ce bras d’étude. Les premières analyses
montrent que ce risque de décès accru (14/1.000 patients/an au lieu de 11/1.000/an)
ne serait lié ni à des épisodes d’hypoglycémie ni à un médicament particulier
(rosiglitazone par exemple), ni à une association médicamenteuse particulière.
Quelques jours plus tard, les auteurs d’une autre étude en
cours, l’étude ADVANCE incluant 11.140 patients diabétiques non américains
(étude australienne) eux aussi à risque cardiaque élevé, traités par une forme
à libération modifiée de gliclazide le plus souvent en association avec
d’autres antidiabétiques, pour atteindre une HbA1C ≤ 6,5%. Ces
auteurs affirment ne pas avoir observé de surmortalité dans ce groupe avec
traitement intensif.
Une troisième étude est en cours, le VA Diabetes Trial, pour
évaluer la relation entre un contrôle glycémique intensif et la survenue
d’événements cardiovasculaires. Les premiers résultats de cette étude devraient
être connus en cette fin d’année.
L’observation à plus long terme (13,3 ans) de 160 patients
de l’étude Steno-2 montre par contre un bénéfice d’un traitement intensif visant
une HbA1C cible <6,5% mais aussi des valeurs cibles pour le
cholestérol, pour les triglycérides et pour les chiffres de pression artérielle.
Une réduction de la mortalité est observée versus traitement conventionnel
(Hazard Ration 0,54 ; IC à 95% de 0,32 à 0,89 ; p=0,02) ainsi que de
la survenue d’événements cardiovasculaires (HR 0,42 ; IC à 95% de 0,25 à
0,67 ; p<0,001).
Est-ce la prise en charge d’autres critères cibles que la
seule HbA1C ou une valeur d’ HbA1C moins basse (<6,5% et non
<6%) ou les deux éléments qui font la différence observée ? Ou encore
d’autres caractéristiques des patients ? Seule une analyse sur données
individuelles des patients de toutes ces études précitées permettait d’y voir
plus clair.
Nous étions déjà perplexes après la publication, fin de l’année
dernière, d’une étude de cohorte prospective, effectuée dans une province
canadienne, comparant les résultats obtenus chez des patients diabétiques âgés
en moyenne de 61 ans, selon que la prise en charge est limitée à la première
ligne de soins (médecins généralistes uniquement) ou selon que cette prise en
charge est commune entre première ligne de soins et référence spécialisée
(endocrinologue ou interniste général). Si le deuxième type de prise en charge
augmente significativement l’administration des traitements actuellement
recommandés, elle est également associée à une mortalité accrue (13,1% versus
11,7% ; HR ajusté 1,17 (IC à 95% de 1,08 à 1,27). Il faut être plus
réservé face à des résultats d’une étude d’observation, plus sensible à de
nombreux biais. Les auteurs ont cependant réalisé des analyses rigoureuses
tenant compte des covariables évaluant avec le temps, et des variables
démographiques, de la sévérité de la pathologie et des comorbidités. En tenant
compte par exemple des comorbidités et des lésions des organes cibles, la
différence de décès reste significative (HR 1,16 ; IC à 95% 1,01 à 1,34).
L’examen de ce dernier intervalle de confiance amène les auteurs à la prudente
conclusion de l’absence d’amélioration de la survie lors de soins ambulatoires
spécialisés pour le diabète.
L’ensemble
de ces observations doit nous inviter à une réflexion encore plus pointue sur
les objectifs à poursuivre avec nos patients diabétiques. Si un taux d’ HbA1C
peut être un bon témoin de l’équilibre glycémique et d’une prévention ou d’un
arrêt de la progression des complications microvasculaires qui nuisent à la
qualité de vie des patients (rétinopathie, neuropathie périphérique,
néphropathie), poursuivre prioritairement un taux d’ HbA1C très bas
ne semble pas apporter de bénéfice, pourrait même être péjoratif. Espérons que
l’analyse fouillée des résultats des études en cours, confrontés à ceux des
précédentes études ou de l’étude ACCORD nous apportera des éléments plus précis
à partager avec nos patients diabétiques.
Pierre Chevalier
Références
1.
2. The ADVANCE study has not shown an increase in
mortality with intensive glucose reduction vs standard treatment, the data
safety and monitoring board has ...Medscape Family Medicine -
News, Heartwire, February 2008.
3. Gaede P, Lund-Andersen H, Parving HH, Pedersen O.
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4. McAlister FA, Majumdar SR, Eurich DT, Johnson JA. The
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