LE  DIAGNOSTIC DU GRAS : (juin 2002)

Pour promouvoir un bon usage du médicament en Belgique et sensibiliser les prescripteurs à la nécessité de la lecture critique, le GRAS a développé le concept de publivigilance sous forme d’actions exemplatives dénonçant des publicités non-éthiques et permettant d’interpeller les responsables. Un premier bilan de ce travail a été dressé après 10 ans et mettait en évidence certains dysfonctionnements : minimisation des effets secondaires, élargissement indu des indications, publicité médiatique indirecte légalement interdite pour les médicaments sur prescription, manipulation des prix, interprétation tendancieuse des résultats d’essais cliniques, expérimentations non éthiques…Les nouvelles actions initiées depuis sont évaluées ici et le suivi des anciennes actions est actualisé. La liste des actions est disponible sur notre site WEB .
 
1.Timidité de la pharmacovigilance belge
 : Il avait déjà fallu pas mal  de temps et  de pressions pour obtenir le retrait de la glafénine mise en cause dans la survenue d’accidents anaphyllactiques graves ; les sévères effets secondaires signalés à propos de la phénylpropanolamine (PPA) contenue dans l’Actifed® n’ont entraîné ni modification de notice ni retrait rapide du produit. Huit mois après le retrait de ce produit aux USA, l’Inspection de la Pharmacie répond au GRAS (N°45)  le 28.06.2001  qu’ « une procédure de retrait de ce principe actif est en cours et qu’une interdiction de délivrance pourra être envisagée quand la PPA ne sera plus présente dans aucune spécialité présente en  Belgique ». Par ailleurs la persistance sur le marché belge de sirops décongestionnants à base d’autres vasoconstricteurs et leur usage chez les petits enfants ne semblent pas inquiéter l’administration de la Santé Publique. D’autres sujets connexes préoccupent le GRAS : la non-adaptation des notices des sirops antitussifs aux recommandations actuelles de leur usage en pédiatrie (N° 55), la promotion médiatique des margarines à base de phytostérols (59) alors que leur inocuité à long terme est sujette à caution, la persistance sur le marché belge de spécialités (N°60,53) inefficaces et dangereuses, la faiblesse de la matériovigilance belge. D’un point de vue légal, l’«information» médicale doit être conforme au contenu de la notice scientifique enregistrée. Lorsque celle-çi se révèle inadaptée aux données actualisées de la pharmacovigilance (N°45, 51, 55, 60), certains blocages administratifs (notice enregistrée pour 5 ans, procédure européenne décentralisée, carence d’information officielle des prescripteurs,…) aggravent la lenteur des modifications attendues et permettent la continuation de dérapages publicitaires et de prescriptions nuisibles (p.ex. la possibilité de prescrire en magistrale des anorexigènes à base de PPA (Phénylpropanolamine) encore constatée en février 2002 (n°45, 53).

2.Essor de la publicité médiatique :  Alors que la publicité grand public reste encore interdite pour les médicaments sur prescription, des campagnes publicitaires médiatiques précèdent en Europe l’introduction de nouveaux médicaments : COX2, Xenical®, Relenza® (n°44), Implanon® (n°51),Viagra®, Zyban®,…

3.Manipulation des prix : Atrovent (n°56), Premarin (n°52),…Pour contourner le contrôle des prix, certains médicaments sont retirés du marché pour être réintroduits quelques temps plus tard sous une forme modifiée mais plus chère ; un autre procédé consiste à modifier le statut du produit en le faisant passer p.ex. de « médicament » à « complément alimentaire », ce qui a été le cas pour certains sels de fer (Ferinsol®), du Zymafluor® (n°14) et de certaines polyvitamines. La perte du remboursement INAMI permet une augmentation injustifiée du prix (Daflon®, demande de déremboursement de certaines pilules contraceptives (n°31).

4.Manipulations des marques: Pour des raisons de pharmacovigilance, la composition de  plusieurs produits a été modifiée sans que le nom de marque n’en soit affecté (Actifed Nieuw (n°43), Henafurine (n°58), plusieurs antidouleurs (Perdolan (n°18)…): risque de confusion pour le consommateur et le prescripteur.

5.Manque de transparence dans les décisions de remboursement: Lysomucil (n°37), COX 2 (n°62), Tramadol, statines,…  Plusieurs décisions de remboursement de spécialités ne reposent pas sur des arguments scientifiques clairs, le ministre compétent passant outre l’avis du CTSP sans justifier sa décision.

6.Incohérences de la politique gouvernementale: AINS (n°54), statines,…D’un côté le gouvernement prend des initiatives pour promouvoir le bon usage de certaines classes de médicament (AINS, antibiotiques), de l’autre il accorde la vente libre et un remboursement incohérent à certains AINS (n°54, 61) en laissant promouvoir des antibiotiques à large spectre dans des indications banales.

7.Une publicité déguisée: qui infiltre l’information médicale: pseudo-enquêtes (n°53) et initiatives préventives ( n°28, 62), interviews et publicités éditoriales qui présentent des messages publicitaires sous forme scientifique, sites internet,…

8.Laxisme des autorités responsables: Les autorités gouvernementales répondent plus souvent aux interpellations du GRAS même si leurs réponses restent peu convaincantes. Face à certains dérapages publicitaires, des sanctions sont parfois prises par l’Inspection de la Pharmacie mais ne sont pas publiées. Les  Folia Pharmacothérapeutica publient régulièrement des articles de mise au point sur des sujets concernés par les actions du GRAS: antitussifs chez les enfants, dangers des produits amaigrissants, actualités de pharmacovigilance,…


LA PRESCRIPTION DU GRAS :


1) UNE FORMATION MEDICALE PLUS INDEPENDANTE : Une formation spécifique en MG et une formation continue indépendantes financièrement de l'industrie pharmaceutique (dotation communautaire suffisante). Intégrer dans le cursus universitaire et la formation continue des médecins et pharmaciens l'apprentissage de la lecture critique des messages publicitaires et des essais cliniques qui les sous-tendent.

2) UNE LEGISLATION  en matière d’expérimentation clinique : intégrer dans la législation belge les recommandations d’Helsinki actualisées (2).  Renforcer le rôle de certains comites d'éthique : toute étude clinique doit être acceptée par un comite d'éthique compétent en la matière avant d'être mise en chantier; la mission du comite d'éthique devrait être renforcée d'un point de vue légal quant à l'évaluation de la validité du protocole, la pertinence de la question, le suivi méthodologique et la disponibilité des résultats. Prévoir une procédure de recours possible en cas de contestation. Les normes exigeantes proposées par l'Agence Européenne du Médicament pour les études présentées dans le dossier d'enregistrement pourraient servir de guide dans ce travail ( Arrêté Royal au Moniteur Belge du 5.12.92 ): pas d'étude versus placebo quand un  traitement de référence existe, pas de critères intermédiaires non validés , critères combinés cliniquement utiles,…Un contrôle de la qualité du travail de ces comités serait à envisager a l'instar de ce qui se fait pour les laboratoires de biologie clinique. Imposer l'enregistrement des essais cliniques et la disponibilité des résultats de toutes les études cliniques acceptées par les comites d'éthique. Avant d’accepter de participer à un protocole de recherche, le patient devrait se faire assister d’un médecin de son choix, étranger à l’équipe impliquée dans l’évaluation du nouveau traitement, qui cosignerait l’accord à l’instar de la procédure de dédommagement en accident de travail.

3) PLUS DE TRANSPARENCE :
- dans les procédures d’enregistrement :
Levée partielle de la confidentialité des données cliniques du  dossier d'enregistrement au niveau belge ( en cours pour l'Agence Européenne du Médicament qui publie régulièrement une synthèse de ses travaux sur le site WEB  www.eudra.org/emea.html ). Publication des conflits d'intérêt (passés et actuels) des experts impliqués dans le processus.
- dans la fixation des prix des médicaments :
avec un meilleur contrôle des prix :
- dans les décisions de remboursement par la sécurité sociale : Le ministre doit
motiver ses décisions prises en passant outre l’avis du C.R.M. (Commission de Remboursement du Medicament ex-CTSP).

4) UNE INFORMATION SCIENTIFIQUE DE QUALITE :
La notice scientifique
enregistrée doit préciser sur quel niveau de preuve s'appuient les affirmations qui y figurent. Harmoniser et adapter  les notices au niveau européen.Pas de modification de composition d'un médicament sans changement de son appellation.
Les séances de formation continue doivent préciser le niveau de preuve sur lequel s’appuient leurs messages.
Promouvoir la réalisation de consensus au niveau européen  avec label de qualité dont les recommandations doivent être adaptées au niveau local.

5) UN MEILLEUR CONTROLE DE LA PUBLICITE : surtout pour la publicité médiatique indirecte pour les médicaments soumis à prescription Préciser et renforcer les compétences et les possibilités de sanctions de la Commission de Contrôle de la Publicité mise en place au sein du Ministère de la Santé Publique ainsi que celles de l'Inspection de la Pharmacie. En cas de publicité mensongère avérée, rendre obligatoire la publication d'un rectificatif de même nature, importance et fréquence que la publicité incriminée.

6) RENFORCER LA PHARMACOVIGILANCE : créer comme au U.K., un pictogramme pour surveiller les nouveaux médicaments. Accélérer le retrait des médicaments jugés dangereux.

 7) ASTREINTE POUR ARRET DE COMMERCIALISATION :
 
L’arrêt de commercialisation d’un médicament jugé de première ligne de prescription, non  remplaçable par un équivalent  (pénicilline, nitrofurantoïne, trimetoprim par exemple) doit entraîner pour la firme productrice une astreinte permettant de commercialiser (importer ?)  cette molécule. 

8) PRESCRIPTION EN DCI : Permettre, sans l'imposer,  la prescription médicale sous forme de dénomination commune internationale et rendre dans ce cas obligatoire pour le pharmacien la délivrance effective du produit le plus intéressant pour le patient.

9) UNE RECHERCHE AU SERVICE DU PATIENT : Les orientations de la recherche doivent être décidées sur base des priorités de santé publique et pas seulement en fonction de la rentabilité des investissements. Pour cela, un financement public doit compléter les initiatives privées au niveau européen, permettant entre autres une recherche appliquée en MG et l’évaluation des thérapies non médicamenteuses.

10) AGIR AU NIVEAU EUROPEEN : Le GRAS soutient  la mise en application de la nouvelle version de la  Declaration d’Helsinki  (2) et les recommandations de l’ISDB (3) (International Society of Drug Bulletins) : transparence dans les décisions, maintien de l’interdiction de la publicité grand public pour les produits sous ordonnance, registre des essais cliniques,…

(1) BOUNITON  M, CHEVALIER  P, JADOULLE P -  Dix ans de Publivigilance  La Lettre
      du GRAS
 1999; 24: 4-8
(2) Association Médicale Mondiale – Déclaration d’Helsinki  Prescrire 1999;19 (195): 388-389. et  2001; (219): 542-543
(3) ISDB – Ce que sont les véritables progrès dans le domaine du médicament  Prescrire
      2002;
22 (225) :140-5.