La duloxétineLLG 55 septembre 2007 , Dr Monique Debauche

 

La duloxétine, un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline  est commercialisée en Belgique sous le nom de YentreveÒ pour le traitement de l’incontinence d’effort chez la femme et sous le nom de CymbaltaÒ pour le traitement de la dépression et de la neuropathie diabétique périphérique[1]. La prescription de CymbaltaÒ est en train de d’augmenter de façon exponentielle en Belgique, ce qui pourrait en faire bientôt un des antidépresseurs les plus prescrits sur le marché belge grâce à un marketing apparemment très réussi, bien que se basant sur le slogan : « Enfin une approche holistique de la dépression ! » . L’utilisation du terme « holistique » en référence à l’utilisation d’un antidépresseur devrait plutôt prêter à rire aux éclats. De nombreux médecins semblent avoir été séduit par la possibilité de faire taire les plaintes tant somatiques que psychiques d’un coup de pilule magique. Malheureusement, il n’y a, en fait, pas de quoi se réjouir. Cette surprescription ne repose sur aucune nouveauté scientifique. Il n’y a, en effet, pas d’amélioration de l’efficacité sur la dépression par rapport aux ISRS2 . La substance est, par sa structure proche de la fluoxétine, et assez semblable, pour ce qui est du mécanisme d’action à la venfalaxine, qui en elle-même ne représentait pas une révolution[2]. De plus elle ne présente aucun avantage réel par rapport aux anciennes substances ou aux traitements non médicamenteux pour ce qui est des autres indications reconnues. Les indications non officielles commencent à apparaître (fibromyalgie, douleurs chroniques….)

Par contre, ce phénomène risque d’alourdir encore le budget de notre sécurité sociale. En juillet, nous apprenions déjà que les Belges dépenseront cette année quelque 100 millions d'euros en plus en médicaments par rapport à 2006, selon des données publiées par  un institut de statistique médicale.

Rappelons, une fois de plus, ce que nous en dit la Revue Prescrire[3]

-La balance bénéfice-risque est favorable pour les imipraminiques dans les neuropathies diabétiques. L’efficacité de la duloxétine dans cette indication reste discutable.

- Il n’est pas démontré que la duloxétine est au moins aussi efficace que d’autres antidépresseurs dans les études versus placebo.

- La duloxétine est métabolisée par le CYP 1A2 et CYP 2D6 du cytochrome P450, d’où  une probabilité importante d’interactions

-Elle entraîne des effets indésirables digestifs, neuropsychiques, hépatiques, un syndrome de sevrage et augmente la pression artérielle de façon dose-dépendante.

 

Sur le site de la FDA[4] : on retrouve les effets indésirables habituels : syndrome d’arrêt, hépatotixicité, hypertension, manie, danger pendant la grossesse et l’allaitement, épilepsie, …

Lors de l’utilisation dans l’incontinence d’effort, la FDA a mis en évidence un nombre accru de tentatives de suicide.

Sur le site du cbip, il est rappelé de veiller au risque suicidaire dans toutes les indications.

 

Rappelons le risque suicidaire particulièrement accru chez les enfants et adolescents traités par SSRI. Mise en garde qui reste valable pour la duloxétine quelle que soit l’indication[5].

 

On ne peut que s’étonner et déplorer un tel engouement pour un produit qui ne présente pas d’avantage et qui a une profil d’effets indésirables plutôt défavorable.

 

 

Dr Monique Debauche

Psychiatre



[1] www.cbip.be

[2] décision du Ministre sue le site Inami : http://www.inami.fgov.be/inami_prd/ssp/cns2/pages/MinisterialDecisionDet.asp?qs_PagRtr=SpecialityCns&qs_SpcCod=00574320&qs_EffDat=20060401&qs_MdId=3012

[3] La Revue Prescrire Juillet-Août 2006/tome 26 N°274

[4] www.fda.gov

[5] www.worstpills.org