La duloxétine
La duloxétine, un
inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline est commercialisée en Belgique sous le nom de
YentreveÒ pour le traitement de
l’incontinence d’effort chez la femme et sous le nom de CymbaltaÒ pour le traitement de la dépression et de la
neuropathie diabétique périphérique[1]. La prescription
de CymbaltaÒ est en train de
d’augmenter de façon exponentielle en Belgique, ce qui pourrait en faire
bientôt un des antidépresseurs les plus prescrits sur le marché belge grâce à
un marketing apparemment très réussi, bien que se basant sur le slogan :
« Enfin une approche holistique de la dépression ! » .
L’utilisation du terme « holistique » en référence à l’utilisation
d’un antidépresseur devrait plutôt prêter à rire aux éclats. De nombreux
médecins semblent avoir été séduit par la possibilité de faire taire les
plaintes tant somatiques que psychiques d’un coup de pilule magique.
Malheureusement, il n’y a, en fait, pas de quoi se réjouir. Cette
surprescription ne repose sur aucune nouveauté scientifique. Il n’y a, en
effet, pas d’amélioration de l’efficacité sur la dépression par rapport aux ISRS2 . La substance est, par sa structure
proche de la fluoxétine, et assez semblable, pour ce qui est du mécanisme
d’action à la venfalaxine, qui en elle-même ne représentait pas une révolution[2]. De plus elle ne
présente aucun avantage réel par rapport aux anciennes substances ou aux
traitements non médicamenteux pour ce qui est des autres indications reconnues.
Les indications non officielles commencent à apparaître (fibromyalgie, douleurs
chroniques….)
Par contre, ce
phénomène risque d’alourdir encore le budget de notre sécurité sociale. En
juillet, nous apprenions déjà que les Belges dépenseront cette année quelque
100 millions d'euros en plus en médicaments par rapport à 2006, selon des
données publiées par un institut de
statistique médicale.
Rappelons, une fois de plus, ce que nous en
dit la Revue Prescrire[3]
-La balance bénéfice-risque est favorable
pour les imipraminiques dans les neuropathies diabétiques. L’efficacité de la
duloxétine dans cette indication reste discutable.
- Il n’est pas démontré que la duloxétine est
au moins aussi efficace que d’autres antidépresseurs dans les études versus
placebo.
- La duloxétine est métabolisée par le CYP
1A2 et CYP 2D6 du cytochrome P450, d’où une probabilité importante d’interactions
-Elle entraîne des effets indésirables
digestifs, neuropsychiques, hépatiques, un syndrome de sevrage et augmente la
pression artérielle de façon dose-dépendante.
Sur le site de la FDA[4] :
on retrouve les effets indésirables habituels : syndrome d’arrêt,
hépatotixicité, hypertension, manie, danger pendant la grossesse et
l’allaitement, épilepsie, …
Lors de l’utilisation dans l’incontinence
d’effort, la FDA a mis en évidence un nombre accru de tentatives de suicide.
Sur le site du cbip, il est rappelé de
veiller au risque suicidaire dans toutes les indications.
Rappelons le risque suicidaire
particulièrement accru chez les enfants et adolescents traités par SSRI. Mise
en garde qui reste valable pour la duloxétine quelle que soit l’indication[5].
On ne peut que s’étonner et déplorer un tel
engouement pour un produit qui ne présente pas d’avantage et qui a une profil
d’effets indésirables plutôt défavorable.
Dr Monique Debauche
Psychiatre
[1] www.cbip.be
[2] décision du Ministre sue
le site Inami : http://www.inami.fgov.be/inami_prd/ssp/cns2/pages/MinisterialDecisionDet.asp?qs_PagRtr=SpecialityCns&qs_SpcCod=00574320&qs_EffDat=20060401&qs_MdId=3012
[3] La Revue Prescrire
Juillet-Août 2006/tome 26 N°274
[4] www.fda.gov
[5] www.worstpills.org