Editorial de LLG n° 57, mars 2008

      SE LAVER LE CERVEAU :Marc BOUNITON, MG.

 

 

En 1840, les médecins n'étaient pas conscients du risque de contagion dû à des microbes invisibles. Ils se vexaient quand leur confrère Semmelweis leur recommandait de se laver les mains avant de pratiquer un accouchement, surtout après avoir pratiqué une autopsie.

Aujourd'hui, les médecins sont exposés à d'autres risques invisibles tels que la manipulation des résultats des études cliniques, les biais de publication (on publie beaucoup moins les études défavorables à certains traitements) ou les conflits d'intérêts des experts censés définir les recommandations de bonne pratique.  Il nous faut apprendre à nous laver l'esprit tout autant que nos confrères du 19ème siècle devaient apprendre à se laver les mains. Les médecins n’ont pas toujours conscience de l’influence de l’industrie sur leurs prescriptions (cfr Bibliomed  412 du 2.2.06 ). Dans ce domaine très spécialisé de la pharmacie, les acteurs agissent souvent masqués (pseudoasbl, experts dépendants, publicités télémédiaguidées, ...) et il règne une interpénétration et un flou des limites, entretenu par les firmes pharmaceutiques entre promotion et information, sponsoring et manipulation (de certaines associations de patients, de certains départements universitaires,…).

Il est capital de rendre l'Europe du Médicament plus transparente. La Déclaration de Maastricht était claire à ce sujet: « La transparence renforce le caractère démocratique des institutions ». Quand verra-t-on émerger le sommet de l’iceberg des données confidentielles et non publiées, capitales pour  l’évaluation d’un traitement et une pharmacovigilance efficace ? A quand la publication des conflits d'intérêts des experts impliqués dans les commissions du Médicament (enregistrement et remboursement) et la mise à disposition sur le net des comptes rendus de leurs réunions ? La France vient d’adopter une loi imposant la déclaration de leurs conflits d’intérêts aux experts de la santé intervenant dans les médias et la formation professionnelle. La campagne pour plus de transparence initiée par le GRAS au niveau belge  vous livre dans ce numéro ses revendications.  Une expertise indépendante est une condition de la démocratie dans tous les secteurs. Tout n'est pas négatif cependant: saluons l’initiative du ministre fédéral de la Santé Demotte d’avoir permis aux médecins généralistes belges d’accéder gratuitement aux « meilleures preuves » de la littérature médicale via le CEBAM.

En pharmacovigilance, la nouvelle agence fédérale belge du médicament, présentée dans ce numéro par Jeannine Gailly, reprend une idée déjà en pratique en Angleterre depuis plus de 20 ans dans le Drug & Therapeutic Bulletin: un sigle est inclus dans les compendiums, attirant l’attention des prescripteurs sur les nouveaux médicaments, proposition relayée par le GRAS déjà en 2002 (LLG 34 en 2002). Bravo aussi au C.B.I.P. pour son remarquable site internet, simple mais complet, interactif et actualisé que les français nous envient.

Cultivons notre esprit critique: restons des jardiniers du doute ! Plusieurs articles de cette Lettre s'intègrent dans cette démarche. La solution reste en bonne partie politique. Avant sa prochaine AG du mois de mai à Bruxelles, le GRAS soumet ici à la critique de ses membres ses dernières propositions politiques qui n'attendent que le prochain gouvernement pour être adressées au ministre de la Santé.

 

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