Étienne
Schmitt, Membre de
Marie-France
Gonzalvez, Membre de
La mission
principale du programme « Éviter
l'évitable », programme de formation permanente et d'amélioration des
pratiques professionnelles, est de tirer des enseignements des erreurs et des
événements indésirables évitables que lui signalent les abonnés de la revue Prescrire pour qu’ils ne se reproduisent
pas. Cette valorisation de l'expérience de professionnels de santé motivés par
la prévention des erreurs et l'amélioration de la qualité des soins s'inscrit
dans les buts de l'Association Mieux Prescrire (AMP), qui sont d' : « œuvrer,
en toute indépendance, pour des soins de qualité, dans l'intérêt des patients,
par la diffusion de la connaissance, et par la formation des soignants »
(premier article des statuts).
Le programme
« Éviter l'évitable »,
mis en œuvre par Prescrire depuis octobre 2007 [1], est accessible sur
le site de Prescrire (http://www.prescrire.org/)
dès la première page.
Depuis son origine, Prescrire se
préoccupe de prévention des erreurs, particulièrement celles liées au
médicament. En janvier 1981, le premier numéro de la revue signalait
l’injection par erreur d’adrénaline
à la place d’atropine, et
faisait des propositions pour en éviter une nouvelle survenue [2]. Le
supplément « Éviter l’Évitable » du numéro 267 de décembre 2005 constitue
une synthèse de l’ensemble du travail de la revue sur ce sujet jusqu’à cette
date [3].
Le supplément 2005 est aussi un dossier en
accès libre sur le site www.prescrire.org.
http://www.prescrire.org/cahiers/dossierEviterAccueil.php
Le programme Prescrire « Éviter
l'Évitable » prend également le relais des témoignages spontanés recueillis
dans la revue au sein de la sous-rubrique de « Forum », “Ça n’arrive qu’aux autres”, surtout
active entre 1983 et 1986 [4].
Les principales caractéristiques du programme Prescrire
« Éviter l'Évitable » sont :
- les garanties de confidentialité des
échanges et d’anonymat pour les abonnés et pour les patients ;
- l’indépendance ;
- l'analyse systémique des cas signalés par
une équipe spécialisée avec comité de lecture ;
- la capacité de diffuser les informations de
retour.
Fondé sur la pédagogie par l’erreur, en
permettant un apprentissage à partir de cas publiés et de ceux signalés par les
abonnés, il s'agit d'un programme collectif de prévention :
-
des conséquences négatives, pour
un ou plusieurs patients, d'une intervention de soins, de prévention ou de
dépistage ;
-
des dysfonctionnements du système
de santé pouvant entraîner des conséquences fâcheuses.
Trois étapes principales jalonnent le cheminement
d'un signalement :
- le signalement, réservé aux abonnés, de
l'accueil sur le site Internet pour décrire sommairement le cas sur un
formulaire simple, aux échanges téléphoniques avec un correspondant chargé de
recueillir une observation complète,
- son analyse approfondie par les chargés
d'analyse du programme Prescrire « Éviter l'Évitable », basée
sur plusieurs systèmes de classification et outils d'analyse. Son objectif est
d’effectuer la description normalisée des circonstances, des conséquences et la
recherche des causes, l'interprétation des causes retrouvées et des facteurs
favorisants, puis l'élaboration de propositions pour la prévention d'erreurs identiques,
- les retours d'information anonymisés
comportant la restitution de l’observation à l’abonné dans le cadre d’un
programme d’amélioration des pratiques professionnelles, Prescrire étant
un organisme agréé par
L’analyse des évènements signalés est aussi un
regard porté sur la démarche de reconnaissance, de signalement et de
métabolisation de ces erreurs par l’abonné signalant. Inscrite dans la
problématique de l’échec et de la faute, l’erreur relève de l’intimité
professionnelle qui ne se dévoile pas sans craintes [1,5,6], et constitue une
souffrance imposée au patient et à ses proches, mais aussi au professionnel
impliqué [7]
L’effort de l’analyse réflexive
Le programme « Éviter l’Évitable »
vise à stimuler et développer l’aptitude à percevoir plus facilement les
erreurs et les événements indésirables évitables. Au delà de la perception, la
réflexivité est une démarche active et analytique portant sur les évènements et
sur la personne, permettant de réfléchir sur ses actions en en décrivant les
modalités et en en explicitant les raisons. Le programme « Éviter
l’Évitable » suppose bien des efforts de la part des abonnés à Prescrire : à l’effort sur soi-même
d’accepter une situation indésirable, puis de la dévoiler, s’ajoute l’effort
d’une analyse réflexive, rarement anticipée, sur le chemin parfois difficile de
l’amélioration des pratiques professionnelles.
Le biais de rétrospection
La connaissance du résultat influence
profondément la façon dont sont considérés les événements passés. Ce biais de
rétrospection conduit à surestimer ce que les acteurs d’une situation à risque
auraient pu réellement prévoir, donnant l’impression de ne pas être parvenu à
tenir compte d’informations ou de conditions « qui auraient dû être évidentes » ou de se comporter de manière
inappropriée par rapport à ces informations (connues après coup pour être)
cruciales [8]. Des abonnés peuvent ainsi être conduits à signaler ce qu’ils
croient être des erreurs ; l’analyse approfondie permet alors de vérifier que
leur démarche diagnostique n’était pourtant pas erronée. Des abonnés peuvent
aussi ne voir qu’un aspect très limité d’un processus dont les défaillances
globales sont beaucoup plus importantes que le point particulier qui a suscité
de signalement.
Jusqu’à la mise en place du programme « Éviter
l’Évitable », les retours d’expériences présentés dans Prescrire prenaient surtout le relais de
données publiées ailleurs. À la longue tradition de synthèses méthodiques qui se
poursuit, se rajoutent désormais les textes de synthèse issus des signalements
des abonnés au programme Prescrire sur des types bien précis d’erreurs
ou de circonstances à risque [9]. Ils permettent de faire partager à l’ensemble
des lecteurs l’expérience et les solutions préconisées pour éviter que ces
erreurs ne se reproduisent.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site
qui présente l’ensemble du mode d’emploi (http://www.prescrire.org/eviterEvitable/index.php).
Et aussi, participez aux Rencontres Prescrire 2010 au cours desquelles vous
aurez l’occasion de découvrir le programme Prescrire
« Éviter l’Évitable » au cours d’un atelier collectif.
Références
[1]- Prescrire Rédaction « Sortir du
silence » Rev Prescrire 2007 ; 27 (288) : 721.
[2]- Prescrire Rédaction « Urgences et
étiquetage des injectables » Rev Prescrire 1981 ; 1 (1) : 10.
[3]- Prescrire Rédaction « Éviter
l’Évitable – Tirer parti des erreurs pour mieux soigner » Rev Prescrire
2005 ; 25 (267 Supplément) : 881-945.
[4]- Prescrire Rédaction « Ça n'arrive
qu'aux autres » Rev Prescrire 1983 ;
3 (26) : 12.
[5]- Galam E « De l'information à la
formation » Rev Prescrire 2007 ; 27 (281) : 231.
[6]- Galam E « Dédramatiser et travailler
nos erreurs » Rev Prat 2005 ; 19 (686/687) : 377-380.
[7]- Galam E « L'erreur médicale en
médecine générale » Responsabilité 2007 ; 7 (26) : 5-8.
[8]- Cook
RI et Woods DD « Operating at the Sharp End: The Complexity of Human Error » In
Bogner MS (Ed.) « Human Error in Medicine »
[9]- Prescrire Rédaction « Vaccinations :
syncopes et blessures » Rev Prescrire 2008 ; 28 (300) : 747.
ACTIONS DU GRAS SUR CE THEME :
ACTION n° 48 :NIVAQUINE ® et NOZINAN ® (RHONE
POULENC RORER) (12/99):similitude des emballages entrainant un risque d'erreur
dans la délivrance et dans la prise du médicament.
ACTION n° 58 : HENAFURINE (Bisacodyl) DELATTRE-HEMAPURINE (3/2001)
changement de composition d’un mélange laxatif sans modification
marquée de dénomination
ACTION n° 99 : PREVENONS LES ERREURS dans l’utilisation des
médicaments (7.01.07): Pour une formation continue fondée sur une pédagogie par
l’erreur et un recueil épidémiologique permettant d’appréhender le nombre
d’accidents et leurs caractéristiques, afin d’en réduire le risque de
récurrence - Centre
Anti-Poison, septembre 2007 Mars 2008,
LLG n°57 et LLG n°58,
juin 2008
ACTION n°
113 : CONFUSION ENTRE NOMS COMMERCIAUX (10.2008):
la Belgique et
l’Europe peuvent mieux faire. Revendication
politique.LLG 59,
septembre 2008