Groupe de Recherche et d'Action pour la Santé
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EXERCICES DE LECTURE CRITIQUE: n°7
CRITERES GENERAUX :
1.1. L'article
m'est-il potentiellement utile ?
Les pathologies cardiovasculaires restent
les causes les fréquentes de décès et leur prévention s'est révélée efficace. Le
médecin généraliste a un rôle essentiel dans celle-ci.
1.2. Origine
de l'article :
1.2.1. L'auteur : groupe international (Canada, USA, Europe de
l'ouest, Argentine, Brésil, Mexique), multicentrique donc, avec citation de tous
les participants en annexe.
1.2.2. La revue :
Le New England Journal of
Medicine, revue de référence.
1.2.3. Numéro de revue normal, et non "hors
série" ou "supplément"
1.2.4. Date : janvier 2000
1.2.5. Financement de
l'étude : mixte, industrie pharmaceutique et sociétés scientifiques américaines
et canadiennes.
2.1.
Présentation générale de l'article :
L'abstract présente un résumé
correct de l'étude. Les références sont bien citées dans l'article, récentes et
issues de revues de référence.
2.2. Le
sujet de l'étude :
Recherche de l'efficacité du ramipril sur un critère
de jugement composé principal : la survenue d'un infarctus du myocarde, d'un
stroke ou d'un décès d'origine cardiovasculaire, chez des sujets à haut risque.
Les critères de jugement secondaires étaient : mortalité totale, nécessité d'une
revascularisation, hospitalisation pour angor instable ou décompensation
cardiaque, complications du diabète.
Le "design" de l'étude a fait l'objet
d'une prépublication en 1996. Il n'est pas mentionné, dans les résultats de
l'étude, si celle-ci a eu l'aval d'un comité d'éthique.
2.3.
Méthodologie de l'étude :
2.3.1.
Critères généraux :
L'étude est prospective, comparative, d'une puissance
suffisante (estimée à 90 %), versus placebo. La dose de ramipril employée est de
10 mg, sauf dans un sous-groupe non inclus dans le résultat final, dans lequel
une dose de 2.5 mg fut employée. L'étude dura en moyenne 5 ans, et fut réalisée
en double aveugle. Elle est multicentrique.
2.3.2.
Recrutement et follow-up :
Les critères d'exclusion : décompensation
cardiaque, fraction d'éjection < 0.40, prise d'un IEC ou de vitamine E, HTA
non contrôlée, néphropathie importante, infarctus du myocarde ou stroke dans les
4 semaines avant l'étude.
Les critères d'inclusion : hommes et femmes de plus
de 55 ans, présentant à l'anamnèse une ischémie coronarienne, un stroke, une
artérite périphérique, un diabète et au moins un autre facteur de risque
cardiovasculaire : HTA, hypercholestérolémie, HDL-cholestérol bas, tabagisme à
la cigarette ou microalbuminurie documentée.
Les femmes représentaient 27
% de la population de l'étude; 80 %
présentaient une coronaropathie, 43 % une artérite, 46 % une hypertension
artérielle, 38 % un diabète, 65 % une
hypercholestérolémie, 18 % un HDL cholestérol bas, 21 % une microalbuminurie). Plus de la moitié
de la population étudiée était âgée de 65 ans ou plus (moyenne d'âge de 66
±7) .
2.3.3.
Identification et classification des "end-points" :
Un comité indépendant a
monitoré l'étude mais il n'est pas spécifié si c'est lui qui a réalisé le bilan
final.
2.3.4. Analyse
statistique :
L'analyse des résultats a été faite, théoriquement, en
"intention to treat", c'est-à-dire en incluant tous les sujets repris et suivis
dans l'étude. En fait, l'étude a commencé par une période d'essai de traitement
de 17 à 24 jours avec ramipril et placebo en alternance. Au terme de celle-ci,
1035 personnes sur 10576 ont été exclues de la randomisation pour non
compliance, effets secondaires, créatininémie ou kaliémie anormale(s), ou
modification de consentement. Les chiffres sont correctement mentionnés avec les
valeurs de p et les intervalles de confiance.
2.4.
Lecture de l'article :
2.4.1. Résultats de l'étude :
Les
résultats sont favorables et statistiquement significatifs pour le critère de
jugement composé principal et pour chacun de ses constituantes, ainsi que pour
les critères de jugement secondaires.
Le taux de "drop-out" (sortie d'études)
fut légèrement plus élevé dans le groupe traité (28.9 % versus 27.3 % dans le
groupe placebo)
Si les auteurs ont mentionné leur volonté de démontrer
l'efficacité du ramipril pour des patients présentant un haut risque
cardiovasculaire mais n'ayant pas de dysfonction ventriculaire gauche ni de
décompensation cardiaque, il nous semble persister un doute. La fonction
ventriculaire gauche n'a pas été mesurée chez tous les patients. Une analyse à
posteriori des dossiers a montré que 5193 personnes avaient eu une échographie
cardiaque avant randomisation, dont 8.1 % présentaient une fraction d'éjection
basse. L'analyse du sous-groupe de personnes ayant une fraction d'éjection
³ 40 % montre des résultats favorables pour le critère principal (RR
0.73 avec IC 95 % de 0.63 à 0.84 %),
mais il s'agit d'une analyse en sous-groupe avec une perte de puissance
connue.
En chiffres absolus de RAR nous avons : - 3.8 % pour le critère de
jugement composé principal, - 2 % pour les décès cardiovasculaires, - 2.4 % pour
les infarctus du myocarde, - 1.5 % pour les strokes, - 1.8 % pour la mortalité
totale et + 0.2 % (non significatif) pour la mortalité non cardiovasculaire.
2.4.2. Discussion et conclusion :
Les auteurs
concluent que le traitement par ramipril , en tenant compte du critère de
jugement composé principal, est au moins aussi efficace que d'autres traitements
de prévention secondaire, les bêtabloquants, l'aspirine et les
hypolipémiants.
3
CRITIQUE :
L'analyse du
risque relatif, dans le groupe traité par ramipril versus placebo, pour le critère de jugement composé principal, donne
dans les différents sous-groupes les résultats suivants : risque relatif :
|
Moins élevé |
Equivalent |
Plus élevé |
|
Diabétiques HTA Artérite périphérique Microalbuminurie
|
Infarctus du myocarde à l'anamnèse |
Personnes de < 65 ans Hommes Coronaropathie à l'anamnèse
|
Ce qui veut dire, par exemple, qu'un traitement par ramipril s'est révélé plus efficace chez les diabétiques (38 % de la population de l'étude) que chez les non diabétiques.
Or l'appariement entre le groupe traité et le groupe placebo montre de petites différences, sans analyse statistique de celles-ci (données en %) :
|
Caractéristique |
Groupe Ramipril |
Groupe placebo |
|
Femmes Coronaropathie à l'anamnèse Artérite périphérique HTA Diabète Hypercholestérolémie Fumeurs de cigarette Microalbuminurie |
27.5 79.5 42.3 47.6 38.9 65.4 13.9 20.5 |
25.8 81.4 44.8 46.1 38 66.4 14.5 21.6 |
L'appariement n'étant pas strictement équivalent pour les
différentes caractéristiques, qui donnent chacune une incidence un peu
différente d'évènements cardiovasculaires, il nous semble que l'impression
globale d'efficacité doit être confirmée par des études plus précises pour
chacune des catégories de patients. Pour les diabétiques, sur les 3577 figurant
dans l'étude, 1135 n'avaient pas de signes cliniques de pathologie
cardiovasculaire et, dans ce groupe l'incidence d'évènements fut de 10.2 dans le
groupe traité versus 18.7 dans le groupe placebo. Les auteurs oublient de
spécifier que ce résultat n'est pas statistiquement significatif (voir figure
2). Conclure que le traitement est efficace pour tous les diabétiques est donc
abusif!
Les chiffres donnés ne nous permettent pas de connaître les
proportions de diabétiques présentant de l'hypertension ou non, ainsi que la TA
moyenne observée dans ces 2 groupes. Dans leur discussion des résultats, les
auteurs déclarent q'une "petite partie seulement du bénéfice observé peut être
attribuée à la baisse de la TA (3 mmHg pour la systolique et 2 mmHG pour la
diastolique observée), tout en reconnaissant qu'on peut argumenter le contraire.
L'efficacité du ramipril pourrait être expliquée par les autres activités
observées des IEC.
Nous calculons,
pour le critère de jugement global principal, un NNT de 26 personnes à traiter
pendant 5 ans pour éviter un événement, ce qui semble fort intéressant. Nous
restons perplexes sur la pertinence clinique de cette étude : la sélection d'une
population à haut risque, mais aussi hétérogène, aide-t-elle le clinicien dans
son choix de traitement? Des études validées pour des groupes plus précis nous
semblent plus pertinentes (1, 2, 3 par exemple). Des revues de la littérature
(4, 5) ou des méta-analyses récentes (6) nous apportent également un éclairage
utile dans ces domaines de prévention cardiovasculaire. De nombreux consensus et
autant de tables d'évaluation du risque existent. Les plus performants et
actualisés sont présentés dans le British Medical Journal 320;11 march 2000 (www.bmj.com).
Cette approche actuelle de
traitement ciblé des personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé,
estimé sur une table de risque s'est révélée pertinente (7). Par exemple, en
suivant ces nouvelles recommandations, une réduction de 0.8 %, en chiffres
absolus, d'évènements cardiovasculaires
supplémentaires est observée tout en réduisant la population traitée de 11.9 à
10.7 %, ceci pour un seuil de risque à 20 % à 5 ans.
1. TURNER R, MILLNS H, NEIL H et al - Risk factors for coronary artery disease in non-insulin dependent diabetes mellitus: United Kingdom prospective diabetes study (UKDPS: 23) BMJ 1998;316:823-8.
2. UKDPS - Tight blood pressure control and risk of macrovazscular and microvascular complications in type 2 diabetes: UKDPS 38 BMJ 1998:317:703-13.
3. NATHAN D - Some answers, more controversy, from UKDPS Lancet 1998;352:832-3.
4. DUMONT E - Médicaments antihypertenseurs Prescrire 1999;19(194):288-96.
5. Het onderbouwd voorschrijven van antihypertensiva Geneesmid Bull 1999;33(10):103-10.
6. WHRIGHT J, LEE C-H, CHAMBERS G - Systematic review of hypertensive therapies: Does the evidence aasist in choosing a first-line drug? CMAJ 1999;161(1):25-32.
7. BAKER S, PRIEST P, JACKSON R - Using thresholds based on risk of cardiovascular disease to target treatment for hypertension: modelling events averted and number treated BMJ 2000;320:680-5.
Dernière mise à jour: 01/27/2003 18:13:58