GAIT et GUET- APENS PUBLICITAIRE   - LLG n° 50, juin  2006

En janvier dernier, une lectrice nous a fait parvenir une publication parue dans la presse médicale toute boîte concernant l’étude GAIT. Cette étude évalue l’efficacité de la glucosamine, de la chondroïtine, de l’association des deux ou de célécoxib dans la gonarthrose versus placebo. L’article en question rapportait les résultats préliminaires de l’étude présentés au congrès annuel de l’American College of Rhumatology en novembre 2005. Il comportait plusieurs sous-titres. Le premier « Des Résultats probants » : « dans le sous-groupe des douleurs modérées à sévères, seule, l’association chondroïtine + glucosamine HCl s’est montrée de façon hautement significative (p=0,002) supérieure au placebo. Pour ces patients, on a seulement observé un trend positif pour le groupe célécoxib p=0,06) ». Un autre sous titre était « Une approche thérapeutique à revoir » : « chez les patients souffrant de douleurs modérées à sévères, l’association de ces 2 compléments permet même d’obtenir des résultats supérieurs aux anti-inflammatoires… Quoiqu’il en soit, dans une approche thérapeutique globale de l’arthrose, l’association glucosamine HCl + sulfate de chondroïtine occupe dès à présent une place de choix et pourrait même se justifier comme l’option thérapeutique de première intention ».

Notre lectrice était particulièrement intéressée par une lecture critique de cette étude, étant donné que « les médecins spécialistes de ma région commencent à recommander la glucosamine ».

Les résultats de cette étude Glucosamine/chondroitin Arthritis Intervention Trial (GAIT) viennent de paraître (1). Elle inclut 1.583 patients qui se plaignent depuis au moins six mois d’une gonarthrose prouvée par examen radiographique. Ils sont répartis dans cinq groupes et reçoivent respectivement soit un placebo, soit du chlorhydrate de glucosamine (3 x 500 mg par jour), soit du sulfate de chondroïtine (3 x 400 mg par jour), soit les deux substances précitées, soit du célécoxib (200 mg par jour). Le critère de jugement primaire est la réponse au traitement définie comme une diminution d’au moins 20% de la douleur évaluée après 24 semaines sur une échelle standardisée (WOMAC pour la douleur). Le taux de réponse dans les différents groupes est de 60% pour le placebo, de 64% pour la glucosamine, de 65% pour la chondroïtine, de 67% pour l’association de ces deux dernières substances et de 70 % pour le célécoxib. Seul le célécoxib montre une différence statistiquement significative versus placebo pour l’ensemble des patients traités. Les auteurs se livrent à des analyses en sous-groupes dont nous connaissons les limites de preuve ; les résultats n’ont pas une puissance statistique suffisante et ils n’ont qu’une valeur indicative, comme le fait remarquer un éditorialiste dans la même revue (2) et comme les auteurs de l‘étude le mentionnent eux-mêmes dans leur discussion. Cette analyse, avec résultats à confirmer,  montre une efficacité supérieure de l’association glucosamine plus chondroïtine versus placebo pour le sous groupe de patients se plaignant d’une douleur modérée à sévère. Dans ce sous groupe, le célécoxib n’est pas supérieur au placebo. Il n’y a pas d’analyse de l’efficacité relative de l’association chondroïtine-glucosamine versus célécoxib. 

Les résultats présentés dans l’article « publicitaire » sont donc partiellement faux et leur interprétation est totalement incorrecte.

Des synthèses de la littérature effectuées avant la parution de l’étude GAIT ne permettaient pas de disposer de preuves suffisantes pour accorder une place à ces deux substances dans le traitement de l’arthrose (3, 4). La Revue Prescrire estimait, en particulier, que la puissance des études comparant l'efficacité de la glucosamine à celle d'un AINS était trop faible pour permettre de pouvoir conclure.

Si la méta-analyse de Towheed (5) montre une efficacité de la glucosamine versus placebo significative en termes de soulagement de la douleur, elle souligne bien que la prise en considération unique des études avec une randomisation correcte (secret de l’attribution, concealment of allocation, respecté), soit 8 RCTs, ne montre plus de bénéfice significatif. Il en va de même pour l’ensemble des études en considérant l’échelle WOMAC complète (douleur + raideur + limitations fonctionnelles).

Des réactions allergiques à la glucosamine ont été signalées par la pharmacovigilance australienne (6) : angioedème, urticaire, éruption érythémateuse et prurit. Certains extraits de glucosamine proviennent de coquillages et les personnes allergiques aux coquillages pourraient présenter une allergie à ces extraits (7).

Conclusion :

Avant l’étude GAIT, pas de preuve solide d’une place pour la glucosamine ou la chondroïtine ou l’association des deux dans le traitement de l’arthrose.

Après l’étude GAIT, aucune preuve de l’intérêt d’un traitement par la glucosamine, par la chondroïtine ou par l’association des deux dans le traitement de la gonarthrose. Le paracétamol reste le médicament de premier choix dans cette indication, sans oublier les traitements non médicamenteux.

Pierre Chevalier

Références

1. Clegg D, Reda D, Harris C et al. Glucosamine, chondroitin sulfate, and the two in combination for painful knee osteoarthritis. N Engl J Med 2006;354:795-808.

2. Hochberg M. Nutritional supplements for knee osteoarthritis – Still no resolution. N Engl J Med 2006;354:858-860.

3. Anonymous. Glucosamine dans l’arthrose; pas de miracle. La Revue Prescrire 2004;24(253):612-14.

4. Van den Bremt B, Rasker J. Glucosamine en chondroïtine bij artrose. Geneeesmiddelenbulletin 2005;39:61-6.

5. Towheed TE, Maxwell L, Anastassiades TP, Shea B, Houpt J, Robinson V, Hochberg MC, Wells G. Glucosamine therapy for treating osteoarthritis. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2005, Issue 2. Art. No.: CD002946.pub2. DOI: 10.1002/14651858.CD002946.pub2.

6. Skin reactions with glucosamine. Australian Adverse Drug Reaction Bulletin 2005 ;24 :23.

7. Bijwerkingen glucosamine. GeneesmiddelenBulletin 2006;40(4):48.