Information thérapeutique, publicité et prescriptions
Information du public
Nous avons plusieurs fois déjà, dans
D'autres pays n'échappent pas à cette publicité. Un récent éditorial de
Kravitz et coll. ont étudié, de manière rigoureuse dans une RCT (3),
l'influence que cette publicité DTCA peut avoir sur les prescriptions
d'antidépresseurs. Ils ont donnés des instructions précises à des patients
simulés, adressés avec leur accord mais de manière imprévisible, à des médecins
de famille ou des internistes. Ces patients simulés rapportaient des plaintes
précises de dépression majeure ou de troubles d'adaptation avec humeur
dépressive et faisaient des demandes, précises ou non, d'antidépresseurs (en
général ou par nom de spécialité précise). La fréquence de prescription
d'antidépresseur observée est de 53%, 76% ou 31% suivant un demande d'un
produit précis, d'un antidépresseur en général, ou l'absence de demande. Une
prise en charge plus globale était proposée dans 98%, 90% ou 56% des cas dans
les mêmes situations de demande respective. Les auteurs concluent à une
importance très grande de la demande du patient sur la prescription (et
l'attitude plus générale) du médecin traitant. Ils insistent donc sur les
dangers de
Dans le même numéro du JAMA, un éditorial de Matthew Hollon (4) analyse
cet article. Il évalue, entre autres, les prescriptions suivant que les signes
et symptômes présentés sont une dépression majeure ou une humeur dépressive et
note que, en cas d'humeur dépressive, le fait de demander une molécule précise
conduit à une surprescription. Il rappelle les excès de
Nous avons souligné, plusieurs fois déjà dans
Les associations de personnes (et/ou de leurs proches) qui souffrent
d'une maladie sont devenues également une cible privilégiée des firmes
pharmaceutiques. Existe-t-il encore des associations de patients qui ne reçoivent
pas de subsides des firmes pharmaceutiques, accompagnés d'une information
généreuse dispensée par des spécialistes choisis et rétribués par ces firmes?
Ces associations ne reçoivent pas de soutien financier des pouvoirs publics.
Elles regroupent des patients atteints de maladie chronique, très avides
d'information et de soulagement de leur souffrance. Un apport financier leur
est indispensable. Elles n'ont pas conscience que le simple retrait du nom
commercial d'un médicament et du nom de la firme qui le produit ne suffit pas
pour rendre une information objective et complète. Ces associations font à leur
tour pression au niveau des décideurs pour rembourser et promouvoir de nouveaux
médicaments, sans posséder l'ensemble des informations nécessaires sur ces
nouveaux produits.
Les patients sont très mal informés des effets indésirables possibles
des médicaments découverts après leur mise sur la marché. Il existe une
distorsion entre les notifications reçues par les firmes et l'information qui
en est donnée au public (5)
L'information disponible sur internet, sans aucun filtre, n'aide pas
pour une évaluation correcte des bénéfices d'un traitement.
Information des médecins
Au Royaume Uni, l'industrie pharmaceutique dépense environ 4,8 milliards
d'euros par an pour la recherche, 2,4 milliards d'euros pour le marketing (6).
Le budget marketing comprend une large somme pour la formation continue des
médecins et infirmières: la moitié de ce budget est pris en charge par
l'industrie, le Department of Health y investissant une somme correspondant à
0,3%.
C'est un complément à la stratégie de
Un autre biais de l'information des médecins est l'ensemble des
publications scientifiques si elle n'est pas correctement analysée, filtrée et
chaque étude resituée dans son cadre. L'industrie finance 90% des études
cliniques (6), études concernant en forte majorité de nouveaux traitements,
étant souvent impliquée dans la conception de l'étude si ce n'est dans sa
réalisation, dans la récolte des résultats, leur analyse et leur
publication! Le biais de publication est
bien connu, favorisant presque exclusivement les études donnant des résultats
positifs. Ces études publiées montrant des résultats positifs pour des
médicaments représentant un marché potentiellement important bénéficient, à
leur tour, d'un nombre de citations important, le plus important même, ou de
publications doubles ou multiples (44%). Une analyse (7) des 49 articles les
plus cités, plus de 1.000 fois, ces dernières années (1990-2003), montrent que
45 présentaient des résultats positifs … mais que ces résultats étaient ensuite
contredits dans 16% des cas, ou beaucoup plus favorables que ceux de
publications postérieures (16%). Cette contradiction avec d'autres publications
postérieures sont très importantes (5/6) en cas d'étude non randomisée par
rapport aux études randomisées (9/39). Ces éléments soulignent, une fois de
plus, l'importance de bien analyser une étude, de la situer dans son contexte
et d'attendre confirmation par d'autres études si elles n'existent pas. Des
synthèses sont ainsi réalisées… dont il faut également vérifier la qualité. Des
synthèses dites narratives (rassemblant ce que l'auteur ou les auteurs a ou ont
dans leur bibliothèque et non une conclusion pondérée d'une recherche
systématique avec évaluation) ne sont pas fiables (8).
Information
pharmacothérapeutique indépendante
Face à toutes ces dérives, bien orchestrées, les patients et les
prescripteurs ne sont pas démunis: il existe des sources indépendantes
d'information pharmacothérapeutique pour les professionnels (International
Society of Drug Bulletins ISDB), des publications indépendantes d'analyse de la
littérature (Cochrane, Clinical Evidence, Minerva par exemple) et des
associations de défense des consommateurs (Test-Santé). Leur accès est
cependant probablement limité, surtout pour les patients, par des raisons
financières et culturelles. La lecture comme mode de communication n'est pas un
modèle adéquat dans une partie importante de la population, particulièrement en
matière de soins (9). Des campagnes d'information par le biais de la télévision
( campagne antibiotiques ou benzodiazépines par exemple) sont plus appropriées.
A nous de mieux faire connaître ces sources d'information
pharmacothérapeutique indépendantes!
Pierre Chevalier
Références
1.
IPhEB IFEB. Détection d'événements:
janvier-décembre 2004. Institut de Pharmaco-Epidémiologie de Belgique
info@ipheb.be
2.
Laekeman G. Editorial: Publicité et consommation de médicaments : le lien est
étroit
MinervaF 2004;3(10):155-6.
3. Kravitz R, Epstein M, Feldman M
et al. Influence
of patients' requests for Direct-to-Consumer Advertised Antidepressants. JAMA
2005;293(16):1995-2002.
4. Hollon M. Direct-to-Consumer Advertising. A haphazard approach to
health promotion. JAMA 2005;293(16):2030-3.
5. Psaty B, Furberg C, Ray W et al. Potential for conflict of interest
in the evaluation of suspected adverse drug reactions. Use of cerivastatin and
risk of rhabdomyolysis. JAMA 2004;292:2622-32.
6. Ferner R. The influence of big pharma. Wide ranging report identifies
many areas of influence and distortion. BMJ 2005;330:857-8.
7. Ioannidis J. Contradicted and initially stronger effects in highly
cited clinical research. JAMA 2005;294:218-28.
8. Anonymous. Niet-systematische reviews liegen. Huisarts Wetenschap
2005;48(7):323.
9. Rothman R, DeWalt D, Malone R et al. Influence of patient literacy on
the effectiveness of a primary care-based diabetes disease management program.
JAMA 2004;292:1711-6.