Cameroun: Médicaments de la rue LLG n°60, décembre 2008

http://fr.allafrica.com/stories/200805290686.html

Cameroon Tribune (Yaoundé) 29 Mai 2008  Marthe Bassomo Bikoe

 

Malgré la campagne de lutte entamée contre le fléau, les marchands restent très sollicités. Comme au marché Mokolo. Le jeune homme affiche une sérénité à toute épreuve. Comme s'il n'est nullement concerné par l'interdiction de vente illicite des médicaments. Marc Ondoua, commerçant au marché Mokolo à Yaoundé, continue d'écouler ses produits, de recevoir ses clients et de leur proposer des médicaments au vu et au su de tous. La scène se déroule hier en mi-journée. Sûr de lui, Marc avance : « Je ne vends que dans la rue. Mais, ce que vous ne savez peut être pas, c'est que mon livreur est un pharmacien. Et tous mes produits sont contrôlés dès le départ ». Plus loin, Maurice A., un autre vendeur, propriétaire de trois étalages toujours dans le même coin, est très sollicité. Sa cliente, Marthe N., une fonctionnaire vient de se garer. Elle vient régulièrement ici acheter des médicaments. A la question de savoir pourquoi elle préfère les médicaments de la rue, elle avance : « J'achète tous mes produits ici. C'est vraiment moins cher et j'ai des enfants assez fragiles. Les prix des officines sont assez onéreux. Il me livre depuis des années. Il n'y a pas de problèmes. Ce sont des génériques issus des ventes privées en gros ». Pour plus de sécurité, personne ne veut montrer les emballages.

 

Pourquoi cet engouement autour des médicaments de la rue ? Dans plusieurs rues de Yaoundé, les étalages sont présents et disputent la place aux vendeurs de vêtements de friperie, de chaussures, etc. Les médicaments de la rue sont omniprésents pour « soulager les Camerounais ». Ils attirent les populations qui veulent se soigner à moindre coût. Mais le problème est ailleurs. Hier, à l'hôtel Hilton de Yaoundé où se sont retrouvés les professionnels du médicament, venus prendre une part active dans le combat du marché illicite des médicaments, le message est passé : la destruction des médicaments de la rue est devenue indispensable. « L'ampleur du phénomène fait de cette vente un danger public. Leur consommation peut provoquer de nombreux dégâts pour la santé, à savoir des maladies chroniques, des décès », indique le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, qui présidait la cérémonie de la Journée africaine de lutte contre la vente illicite de médicaments. Les cibles ont été bien choisies: les mamans et les enfants. Tout le monde était unanime : il ne faut pas faire confiance aux débrouillards de la rue. Le Dr Jean Rollin Ndo, directeur de la Pharmacie et du Médicament au Ministère de la Santé assure que la répression va commencer sur le terrain et à tous les niveaux. Et il compte sur les autorités administratives pour leur donner un coup de main secondaire : « Ce n'est pas l'affaire d'une journée. Mais une lutte de longue haleine qui est désormais entamée ».

 

Plus d’infos sur cette campagne : www.remed.org

 

ReMeD est une ONG française qui œuvre pour un meilleur accès à des médicaments de qualité dans les pays en développement. ReMeD coordonne un réseau de 2 000 professionnels dans le monde, engagés pour un développement durable en matière de santé. ReMeD combat, pour que le médicament ne soit pas considéré comme une marchandise banale mais comme un produit de santé publique et comme un vecteur de développement, et met son expertise au service de l’échange d’informations sur le médicament entre professionnels du Nord et du Sud (via entre autres le réseau e-med), de campagnes de sensibilisation des populations, du transfert de compétences et de la formation. Quelques exemples d’actions récentes :

1994 : appui à la mise en œuvre de politiques pharmaceutiques nationales dans les états africains

1995 : concours et campagne de sensibilisation à l'usage des médicaments essentiels génériques en Afrique

depuis 2000 : campagne européenne de sensibilisation aux bonnes pratiques de dons de médicaments

depuis 2002 : concours et campagne de sensibilisation des populations d'Afrique aux dangers du marché illicite des médicaments

2008 : tour de France d'accompagnement des acteurs de la solidarité internationale à l'arrêt de l'envoi des médicaments non utilisés (MNU) à des fins humanitaires