VEILLE ETHIQUE : SOMMES-NOUS DEJA A MOITIE CUITS ?  Edito de LLG n°53, mars 2007

 

« Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse » André Gide

Les mouvements de veille citoyenne veulent défendre les valeurs démocratiques et faire respecter les droits du citoyen. Réseau pratiquant la publivigilance®, le GRAS s’inscrit dans ce mouvement en promouvant la veille éthique des praticiens sur le terrain du médicament. Dans ce domaine très spécialisé où les acteurs agissent souvent masqués (pseudoasbl, experts dépendants, pub télémédiaguidées,…), le GRAS et l’ISDB (International Society of Drug Bulletins) réclament plus de transparence et d’informations objectives; nos dernières actions vous en parlent d’ailleurs dans ce numéro.

L’industrie pharmaceutique reste un partenaire incontournable. L’expertise et le dynamisme de ce secteur  sont à la base de nombreux progrès. Mais, dans un partenariat, chacun doit clairement se définir dans son identité et ses limites et se doit de respecter l’autre dans ces mêmes dimensions. Beaucoup reste à faire dans ce domaine : le GRAS dénonce

l’interpénétration et le flou des limites entretenus par les firmes pharmaceutiques entre promotion et information, sponsoring et manipulation, indépendance de l’expertise et conflits d’intérêts…. Les autres acteurs de la santé profitent aussi de cette pénombre: les médecins pour faire financer leur formation continue, les facultés de médecine pour pallier aux carences du financement public de l’enseignement et de la recherche, les associations de patients pour équilibrer leur comptes,…même l’Etat oscille entre économies dans le budget du médicament et création d’emplois dans l’industrie pharmaceutique. Eclairons ces zones d’ombre !

Souvenons nous de la grenouille immergée dans de l’eau progressivement réchauffée : elle va se laisser cuire sans réagir alors que, précipitée dans de l’eau chaude, elle aurait immédiatement donné le coup de patte salutaire qui l’aurait éjectée de la marmite… Lorsqu’un changement s’effectue lentement, il ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition. Et nous, sommes-nous déjà à moitié cuits ou saurons-nous encore donner les coups de pattes salutaires ? Dans l’intérêt du malade, il nous faut à la fois collaborer et résister.

 

 

                                                                             Marc BOUNITON, MG.