Neuroleptiques atypiques et démence
LLG
n° 48, décembre 2005
Les neuroleptiques dits atypiques sont de plus en plus prescrits pour
traiter les troubles comportementaux et psychologiques liés à la démence
sénile. Ces molécules (aripiprazole, olanzapine, clozapine, quétiapine, rispéridone)
se distinguent principalement des neuroleptiques dits classiques par une
activité s'exerçant tant sur les symptômes positifs que sur les symptômes
négatifs de la schizophrénie. Un des motifs du choix préférentiel de ces
molécules, dans le traitement de la schizophrénie mais aussi dans d'autres
indications, est surtout l'annonce d'un profil de sécurité (voire d'activité)
plus favorable pour ces molécules plus récentes.
Cet article propose une mise
à jour des connaissances dans cette indication précise des troubles du
comportement et des troubles psychologiques des personnes démentes.
1. Efficacité
Une
méta-analyse (1) trouve peu d'études (5 RCTs) sur ce sujet du traitement des
troubles comportementaux ou psychologiques chez les personnes démentes. Dans
les 3 RCTs qui comparent un neuroleptique dit atypique (rispéridone,
olanzapine) à un placebo, le neuroleptique se révèle plus efficace pour un
traitement de 6-12 semaines. Dans les 2 RCTS comparatives, la rispéridone et
l'halopéridol ont la même efficacité. La méta-analyse conduit à une
conclusion : la faiblesse des preuves de l'utilité des antipsychotiques
atypiques pour traiter les troubles comportementaux et psychologiques liés à la
démence (2). Une autre synthèse méthodique (3) montre que les preuves sont
mieux établies pour la rispéridone et l'olanzapine, mais met éalement en
évidence la modestie de l'efficacité avec un risque accru d'AVC. Une RCT
récente montre l'inefficacité de la quétiapine pour calmer l'agitation de
personnes démentes institutionnalisées. Par rapport au placebo, la quétiapine
administrée durant 26 semaines aggrave significativement le déclin cognitif de
ces personnes (4).
Pour rappel, l'efficacité des
neuroleptiques conventionnels dans cette indication n'est pas prouvée : sur 14
essais contrôlés, 2 méta-analyses concluaient qu’il n ’y a pas de données
claires prouvant leur utilité (5). Un léger bénéfice sur l ’agressivité existe
peut-être avec l’halopéridol, au prix d ’effets adverses possibles et
importants (somnolence,symptômes extrapyramidaux) (6).
2. Effets indésirables
Les effets indésirables des
neuroleptiques atypiques sont partiellement différents de ceux observés avec
les neuroleptiques dits classiques et peut-être différents également pour les
molécules en particulier. Les effets extrapyramidaux précoces sont plus rares
avec des doses d’olanzapine et de rispéridone inférieures à 6 mg par jour (sauf
si antécédents) et moins fréquents avec la clozapine (7).. Une dyskinésie
tardive n’a pas été observée à ce jour avec la clozapine (7). Les
antipsychotiques atypiques peuvent provoquer une augmentation de poids, une
augmentation de la cholestérolémie et de la triglycéridémie, voire une
pancréatite (7). Les neuroleptiques atypiques peuvent provoquer un diabète (par
augmentation du poids corporel mais aussi par d'autres mécanismes) mais le
risque est variable suivant les molécules (plus élevé avec la clozapine et
l'olanzapine) comme il est présent également avec certains antipsychotiques
classiques (chlorpromazine, thioridazine). (8). La clozapine peut provoquer une
agranulocytose (1 à 2%), et plus rarement une myocardite ou une cardiomyopathie
(7).
Il est communément admis que
les neuroleptiques (comme les antidépresseurs, les sédatifs et les hypnotiques)
augmentent le risque de chute chez les personnes âgées (9).
Une récente étude (10) évalue le risque de chutes dans une population de
personnes âgées institutionnalisées, de 84 ans de moyenne d'âge. Le risque de
chutes n'est pas significativement augmenté pour la rispéridone (ni pour les
neuroleptiques dits classiques), versus non consommateurs de neuroleptiques.
Pour l'olanzapine, une relation statistiquement significative avec un risque de
chute est montré (risque augmenté de 74%). Cette étude est cependant de courte durée (1 mois) avec des groupes
présentant des caractéristiques initiales différentes. Elle ne semble donc pas
pouvoir remettre en question les résultats de la méta-analyse précitée.
Les neuroleptiques atypiques sont également réputés provoquer moins de
Parkinsonisme, de dyskinésie tardive ou d'autres troubles locomoteurs. Ces
affirmations semblent devoir être nuancées au vu des études récentes. Une
première étude, rétrospective (11), évalue le risque de survenue de
Parkinsonisme dans une cohorte de patients âgés en moyenne de 83 ans, dont la
moitié sont institutionnalisés. Un traitement par neuroleptiques dits
classiques est associé à un risque significativement accru de 30% de survenue
de Parkinsonisme par rapport aux neuroleptiques dits atypiques. Ces derniers accroissent
significativement le risque de présenter un Parkinsonisme de 60% par rapport
aux patients ne consommant aucun neuroleptique. L'utilisation de hautes doses
de neuroleptiques dits atypiques entraîne cependant un risque de survenue de
Parkinsonisme similaire à celui observé avec les neuroleptiques plus anciens.
L'autre étude, également rétrospective (12), évalue la survenue de troubles
locomoteurs autres que le Pakinsonisme dans la même population globale que
celle de l'étude précédente (province de l'Ontario au Canada). Le risque de
présenter une dyskinésie tardive et d'autres troubles locomoteurs n'est pas
significativement différent en cas de traitement par neuroleptique dit atypique
ou dit classique. Cette étude ne compare pas les résultats avec ceux d'un
groupe ne prenant pas de neuroleptiques.
L'attention a été récemment
attirée sur le risque accru d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de décès
chez les personnes âgées démentes traitées par olanzapine, et de risque accru
d’AVC pour la rispéridone.
A l’heure actuelle, nous ne disposons pas de données suffisantes sur le
risque d’accidents cérébrovasculaires provoqués par les autres neuroleptiques
dits classiques chez les personnes âgées démentes.
Au vu de ces dernières données,
le Formulaire MRS fait la recommandation suivante: "Il semble donc
prudent, d’une part de réévaluer la
nécessité de tout traitement neuroleptique chez des personnes démentes (15),et
d’autre part, d’envisager un arrêt d’un traitement par rispéridone ou
olanzapine de personnes démentes ayant présenté un AVC ou un accident
ischémique transitoire (AIT) (16).
Une petite étude récente (17) montre
qu'un arrêt du traitement neuroleptique (ancien ou rispéridone) chez 100
patients âgés d'au moins 65 ans, atteints d'une maladie d'Alhzeimer probable et
institutionnalisés, ne modifie pas significativement leur comportement, ni les
symptômes psychiatriques ni la qualité de vie.
Rappelons aussi toute
l'importance de la prise en charge non pharmacologique de l'agitation chez les
personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer ou d'autres démences. Pour y
aider soignants et aidants naturels, des guidelines ont été élaborés (par
exemple, le guideline de McGonical-Kenney ML et coll
(18)).
Pierre Chevalier
Références
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