Mort subite sous Neuroleptiques

Jean-Louis Montastruc 

www.bip31.fr/bip/BIP31.fr%202009,%2016,%20(1),%201-9.pdf

 

L'Agence Européenne du Médicament a analysé les résultats de 2 larges (60 000 patients) études

pharmacoépidémiologiques récentes (CAMJ 2007, 176, 627 ;Ann Intern Méd 2007, 146, 775) mettant en évidence une surmortalité chez des patients âgés atteints de démence et traités par les neuroleptiques (antipsychotiques) « classiques ». Les causes de ces décès sont cardiovasculaires, cérébrovasculaires, infectieuses et/ou sont la conséquence directe de chutes. Le risque de mort subite, démontré dès 2004 avec les neuroleptiques « atypiques », existe donc également

avec les neuroleptiques « conventionnels ». L’AFSSaPS rappelle que la prise en charge

médicamenteuse des patients atteints de démence de type Alzheimer repose sur les anticholinestérasiques* (donépézil-AriceptÒ, galantamine-ReminylÒ, rivastigmine-ExelonÒ) pourbles formes légères et modérées et la mémantine (EbixaÒ) pour les formes modérées à sévères. Ce n'est qu'en cas d'agressivité persistante, après l'échec des mesures non pharmacologiques, dans les formes modérées à sévères de la démence de type Alzheimer (DTA) qu'un neuroleptique (à faible dose) peut être utilisé (pour de courtes périodes), surtout en présence de symptômes psychotiques (délires, hallucinations). La prescription de ces médicaments doit être réévaluée régulièrement. Une autre étude pharmacoépidémiologique récente (N Engl J Med 2009, 360, 225) vient d’étendre ces données à la population générale (c’est-à-dire chez tous les patients sous neuroleptiques, Alzheimer ou non) avec un risque relatif de 1,99 (1,68-2,34) sous neuroleptiques conventionnels et de 2,26 (1,88-2,72) avec les

« atypiques » (par rapport aux sujets ne recevant aucun neuroleptique). Le risque de mort subite s’avère dose-dépendant. Cet effet indésirable, suspecté dés le début de la commercialisation de la chlorpromazine (LargactilÒ), dans les années 1950, peut s’expliquer par l’interaction des neuroleptiques (quelle que soit leur classe) avec les canaux ioniques membranaires (sodiques, calciques ou potassiques) contrôlant l’excitabilité myocardique.

 

* A propos de l’efficacité de ces médicaments, voir

http://www.bip31.fr/bip/BIP_Octobre_2005.pdf