Les neuroleptiques atypiques ne présentent pas
d’avantage thérapeutique par rapport aux neuroleptiques de première génération.
Deux études
indépendantes financées par des institutions gouvernementales, l’une américaine
(étude CATIE du NIMH)) et l’autre anglaise (CUtLASS) le démontrent.
LLG n°54,
juin 2007
L’étude CATIE (Clinical Antipsychotic Trials of
Intervention Effectiveness) publiée récemment a tenté de mesurer l’efficacité
des antipsychotiques atypiques olanzapine, quétiapine, rispéridone et
ziprasidone (non disponibles en Belgique) et de l’antipsychotique classique
perfénazine (non disponible en Belgique) en situation réelle («effectiveness»)
pour le traitement de troubles schizophréniques. Le critère d’évaluation était
le suivant : l’arrêt du traitement pour n’importe quelle raison (p. ex. manque
d’efficacité ou apparition d’effets indésirables). Les résultats de cette étude
randomisée étaient décourageants : plus de 70 % des patients ont arrêté leur
traitement avant d’avoir atteint la durée de traitement de 18 mois initialement
prévue. L’olanzapine avait le plus faible taux d’abandon du traitement mais,
par rapport aux autres antipsychotiques, elle était associée plus fréquemment à
des effets indésirables métaboliques tels que prise de poids et élévation des
taux d’hémoglobine glycosylée, de cholestérol total et de triglycérides [ N Engl J Med
2005; 353: 1209-23 et : 1286-8 ].
L’autre étude : CUtLASS 1 [Commentary on Cost
Utility of the Latest Antipsychotic Drugs in Schizophrenia Study] montre comme dans l’étude CATIE que les
antipsychotiques de la première génération sont aussi efficaces et aussi bien
tolérés que les nouveaux. Pour une efficacité comparable, vu les inquiétudes
grandissantes concernant les effets secondaires métaboliques (obésité, diabète)
et vu le coût très élevé des nouveaux médicaments (risperidone, olanzapine,
quetiapine, ziprasidone, et aripiprazole), il ne semble pas y avoir d’avantage
à leur utilisation. Les avantages perçus au départ résultent probablement d’une
comparaison dans les études avec des doses beaucoup plus élevées d’halopéridol
et de biais dans la composition des cohortes (surreprésentation de patients
résistants aux neuroleptiques).
Les firmes produisant ces neuroleptiques atypiques
subissent déjà des revers suite aux plaintes d’associations de patients aux
USA.
Dans le New York Times du vendredi 5 janvier
2007, on peut lire :
« Eli Lilly a conclu un accord avec un groupe de
18.000 patients ayant porté plainte contre la firme après avoir développé un
diabète sous Zyprexa® (dans des indications de schizophrénie ou de trouble
bipolaire). Une somme de 500 millions de dollars sera versée aux plaignants
pour mettre fin à la procédure.
En tenant compte des accords déjà conclu, c’est une
somme totale de 1,2 milliard qui aura permis de dédommager les 28.500 personnes
qui ont déclaré avoir subi des dommages suite à la prise du Zyprexa®.
Il y aurait encore 1200 plaintes en cours. Le
Zyprexa® a été utilisé par environ 20 millions de personnes dans le monde
depuis sa commercialisation en 1996. »
La FDA a émis,
en 2006, un avertissement concernant l’Aripiprazole (Abilify®) suite à
l’observation d’hypotension orthostatique importante et de rares cas de syndrome neuroleptique
malin. Ce qui confirme qu’il n’y a pas de différence entre les nouveaux et les
anciens neuroleptiques concernant ces effets secondaires.
Rappelons l’avertissement de l’EMEA (agence
européenne du médicament) de mars 2004 concernant l’utilisation du Zyprexa®
chez les personnes âgées démentes ou présentant des troubles du comportement
qui est associée à un risque 2 à 3 fois plus élevé d’accidents vasculaires
cérébraux . Ce risque ne peut pas être exclu pour les autres neuroleptiques
atypiques, ni pour les classiques.
En conclusion, tant dans l’intérêt des patients que
de la Sécurité Sociale (le coût des neuroleptiques atypiques est +/- 20 fois
supérieur au coût de l’Haldol®), les prescripteurs devraient utiliser en première
intention les neuroleptiques de première génération disponibles en médicaments
génériques.
Docteur Monique Debauche.
Psychiatre
Références :
- A voir :
· http://www.youtube.com/watch?v=nj0LZZzrcrs
· Cbip : février
2006 : à lire sur les antipsychotiques : http://www.cbip.be/Folia/2006/F33F02B.cfm
· http://www.emea.eu.int/home.htm
· http://content.nejm.org/cgi/content/abstract/353/12/1209
· David Healy. Psychiatric Drugs Explained. Elsevier.2005