Promouvoir les innovations médicales en faveur des plus pauvres :LLG 62, juin 2009

 

Résumé d’un document d’information Oxfam disponible in extenso sur http://www.oxfam.org/files/bp122_crisis_public_health_fr.pdf

 

Les ressources dédiées au développement des nouveaux vaccins, des diagnostics et des médicaments nécessaires aux besoins médicaux des pays en développement sont insuffisantes. Au niveau mondial, moins de 10 pour cent du budget pour la Recherche en santé sont attribués aux maladies qui affectent, en majeure partie, 90 pour cent des personnes les plus pauvres :

c’est « l’écart 10/90 ». Dans les pays en développement, on manque de médicaments adaptés à la prévention et au traitement des causes de la mortalité et de la morbidité, et les conséquences sont dramatiques. Certaines maladies tropicales négligées tuent 500 000 personnes par an. Des maladies pourtant contrôlées dans le monde riche, comme la tuberculose, causent la mort de 2 millions d’individus chaque année. De nombreux médicaments existants sont souvent mal adaptés à certains groupes de patients, comme par exemple les femmes et les enfants, lesquels ont des besoins particuliers.

 

Il y a peu de Recherche et Développement (R&D) sur les maladies dominantes des pays pauvres et cela pour plusieurs raisons. Les gouvernements donateurs, comme l’Union Européenne et le Japon, ainsi que les pays en développement, n’ont pas investi assez dans la recherche sur ces affections. En 2007, la contribution totale de l’Allemagne pour les maladies négligées était de seulement 20,7 millions d’Euros, soit 0,12 pour cent de son budget global pour la recherche.

 

Toujours en termes de R&D, l’industrie pharmaceutique n’encourage pas l’étude des maladies des pays en développement, et cela en raison des faibles perspectives de bénéfices représentés par ces marchés. De plus, l’Accord de l’OMC qui introduisit en 1995 un système mondial de protection des brevets s’étalant sur vingt ans, n’a pas pour effet d’accroître la R&D destinée aux pays en développement. Au contraire, cet accord a permis aux compagnies pharmaceutiques d’exercer un monopole qui a pour résultat des prix exorbitants de médicaments.

Seulement trois médicaments pour les maladies négligées sont nés des activités mondiales de R&D entre 1999 et 2004, ce qui est cruellement insuffisant.

Trois barrières principales font obstacle au progrès :

• Un financement insuffisant : la R&D pour les maladies tropicales négligées ne reçoit que 1 dollar sur les 100 000 dépensés mondialement pour la recherche biomédicale et le développement de nouveaux produits. De plus, 16 pour cent seulement des fonds attribués aux partenariats public-privé proviennent des gouvernements des pays riches.

• Un manque d’enthousiasme et d’audace face aux mécanismes d’incitation : on observe déjà de nouvelles mesures pour inciter au développement, comme par exemple la formule de la garantie de marché, les baisses de prix pour les traitements de maladies rares, les Partenariats public-privé pour le Développement de Produits (PDP) et les programmes sur les médicaments orphelins. Ces mesures doivent être louées pour leur apport à la R&D car elles sont la preuve d’une ouverture aux idées nouvelles. Chacune de ces initiatives a cependant ses inconvénients, qui doivent être résolus avant leur implémentation massive.

• Une absence de coordination de la R&D : sans coordination à l’intérieur même des pays concernés mais également entre eux, les ressources sont moins bien utilisées et certains besoins importants sont négligés.

Récemment, de nouvelles idées ont vu le jour pour que la R&D puisse se consacrer aux maladies qui affectent le plus les pays en développement. Des groupements de brevets rendent désormais possible une gestion collective de la propriété intellectuelle (PI). De cette manière, elle peut être utilisée par des tiers moyennant des frais de licence, ce qui facilite le suivi des formules et des associations à dose fixe innovantes, et diminue aussi le prix des médicaments grâce à la concurrence des génériques. De plus, des prix scientifiques, offerts en espèces, étendent encore l’éventail des mesures incitatives au-delà du système actuel de la propriété intellectuelle, offrant ainsi aux innovateurs une rétribution proportionnelle à la contribution que le produit apporte à la santé publique. Ces récompenses en espèces sont très efficaces pour ouvrir l’accès aux médicaments car les frais de R&D disparaissent, et les médicaments ne sont donc plus vendus à des prix prohibitifs.

 

En plus de ces incitations financières, il faudrait donner l’occasion aux pays en développement d’édifier leur propre compétence scientifique pour abaisser les coûts du développement des médicaments, créer de nouveaux centres d’innovation, élargir l’éventail des problèmes de santé étudiés par la R&D et assurer une distribution plus équitable des coûts entre tous les pays. Développer la production locale et régionale, l’étude des fonctions régulatrices, l’expertise scientifique et les essais cliniques aiderait à rentabiliser les investissements.

 

Le fait que l’on s’intéresse à ces problèmes est encourageant. Par l’intermédiaire de l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), un Groupe de Travail Intergouvernemental sur la santé publique, l’innovation et la propriété intellectuelle (GTI) a été instauré afin de répondre aux pays en développement qui aspirent à un réseau mondial de R&D qui soit plus à même de subvenir à leurs besoins. En mai 2008, le GTI a produit une Stratégie mondiale et un plan d’action qui servira de feuille de route pour identifier les nouveaux moyens d’innover et faire en sorte que les technologies existantes puissent être partagées équitablement et dans l’intérêt de tous.

 

Grâce à ces efforts collectifs, une structure mondiale de R&D devrait bientôt voir le jour. Cette structure assurera une meilleure coordination des efforts d’amélioration de la R&D et permettra également aux pays en développement de contribuer à ces innovations. Dans ce rapport, Oxfam soutient qu’un Fonds mondial pour la recherche et le développement, lié à un réseau mondial de R&D, pourrait jouer un rôle immédiat et positif dans l’amélioration de la R&D pour les maladies qui minent la santé publique des pays en développement. La provision de capital de ce fonds serait fournie par les gouvernements du monde entier, proportionnellement à leurs moyens, chaque pays contribuant ainsi au projet.

En définitive, tous les pays sont responsables et ils se doivent de trouver des mesures pour garantir une R&D mondiale, efficace et organisée dans le but d’améliorer la santé de l’humanité; l’impossibilité de faire face aux coûts ne devrait pas empêcher la majorité de la population mondiale d’accéder à des soins de santé performants.

 

Oxfam recommande que :

 

1. L’OMS, en collaboration avec d’autres agences multilatérales, mène un effort concerté pour établir un Fond mondial pour la recherche et le développement de médicaments. Ce fond devra être lié à un réseau de R&D. Tous les pays devront y contribuer proportionnellement à leur PIB, et le secteur philanthropique devra aussi y participer. Il sera alors dans l’intérêt de tous les contributeurs d’en définir les priorités.

 

2. Le programme de R&D de tous les pays, des fondations philanthropiques et de l’industrie pharmaceutique devra inclure la recherche de nouveaux composés et le développement de nouveaux médicaments. Ce programme devra en outre adapter les formules existantes pour qu’elles conviennent aux besoins des pays en développement mais également à certaines catégories de populations, comme par exemple les femmes et les enfants.

 

3. Pour encourager la R&D, il faudra implémenter des mesures comme la création de prix scientifiques en espèces - lesquels évitent les pièges liés aux brevets - ou des mesures qui font en sorte que la protection intellectuelle ne soit pas un obstacle à l’innovation, comme les groupements de brevets. Ces résolutions devront être appliquées et évaluées par les donateurs et les pays en développement, en prenant en compte leurs avantages et inconvénients. Le Prix TB (tuberculose) et le groupement de brevets UNITAID (cfr article suivant) sont autant de modèles à développer ou à imiter lors de la création d’autres opérations du même type.

 

4. Les gouvernements donateurs devront recalculer à la hausse leurs contributions à la R&D pour les maladies qui sévissent principalement dans les pays en développement. Il leur faudra apporter une assistance de développement officielle et leurs propres fonds de recherche. Les pays en développement devront eux aussi privilégier la R&D dans leurs propres budgets. Tous les gouvernements devront coordonner leurs efforts de R&D avec ceux des universités, des centres de recherche et des fondations privées par l’intermédiaire d’un réseau de R&D. Ce réseau pourrait alors devenir le miroir d’autres initiatives qui permettraient d’articuler l’aide à la santé pour les pays en développement, comme l’Initiative Internationale sur la Santé (IHP).

 

5. Les donateurs, fondations philanthropiques privées comprises, devront adhérer aux critères convenus internationalement lorsqu’ils décideront des priorités de leurs contributions financières pour la R&D. Ils devront s’engager : à une transparence totale vis à vis des montants et de la nature de leurs contributions à la R&D, à un accès libre à leurs données, à créer des instituts de recherche académiques dans les pays en développement, à collaborer au transfert des technologies, à aider les pays en développement à mener leurs essais cliniques sur le long terme, à faire participer les gouvernements des pays en développement et la société civile aux prises de décision et à rendre accessibles financièrement les produits qui apparaissent, en utilisant entre autres des licences ouvertes pour ces produits émergents.

 

6. Les compagnies pharmaceutiques et les universités devraient reconnaître que le système de la PI ne permet pas de répondre au besoin de médicaments novateurs et adaptés aux maladies des pays en développement. Ils devraient soutenir les PDP en leur offrant leur expertise et en leur permettant d’accéder à des bibliothèques de composés chimiques, tout en poursuivant l’expansion des centres de recherche indépendants – ou développés en partenariat – qui s’attaquent aux maladies négligées. Ils devront coopérer dès le départ avec les sociétés de médicaments génériques, les entreprises de biotechnologie et le corps universitaire, de façon à partager certains des coûts générés par la R&D, et accélérer l’apparition de nouveaux produits efficaces.