GRAS, pieds de cochon, tour de cochon  et autres vaudevilles

 

L’été fut torride. La saga des statines le fut aussi.

Les médecins prescripteurs belges ont été informés, de gré ou de force, par différentes firmes pharmaceutiques, des aventures ou mésaventures des conditions de remboursement de « leur » statine.

Qu’ils se rassurent : au bout du compte (d’apothicaire) c’est encore plus compliqué qu’avant ! A l’heure où nous écrivons ces lignes (30 octobre 2003) aucune statine n’est passée au chapitre I (pas d’autorisation préalable du médecin conseil pour le remboursement). Au 1er septembre, les conditions de remboursement du Zocor â ont été modifiées (voir site de l’INAMI, spécialités pharmaceutiques : vous y apprendrez qu’une endartérectomie carotidienne est une maladie cérébrovasculaire (chapitre IV page 363)). Les nouvelles conditions de remboursement de ce médicament sont, enfin, adaptées aux recommandations de la Task Force Européenne, qui ne sont malheureusement pas les plus rigoureuses au niveau Evidence-Based Medicine. Le 23 octobre, le Moniteur Belge publiait les nouvelles conditions de remboursement de la Doc Simvasta â (voir encart) semblables à celles du Zocor â. Nous désirons apporter quelques commentaires sur ces conditions pour alimenter ce débat difficile.

Les spécialités mentionnées au point e) (NDLR = Docsimvasta â 20 et 40 mg) ne font l’objet d’un remboursement en catégorie B que lorsqu’elles sont administrées chez des bénéficiaires qui sont au moins dans une des deux situations suivantes :

1. Patient ayant présenté une manifestation clinique d’une atteinte artérielle dûment documentée par un examen technique complémentaire dans le dossier médical tenu par le prescripteur pour le patient concerné :

- soit coronaire : infarctus, angor objectivé, syndrome coronarien aigu, pontage aorto-coronaire, angioplastie coronaire;

- soit cérébrale : accident vasculaire cérébral thrombotique, accident ischémique transitoire documenté

- soit périphérique : claudication intermittente documentée

2. Patient chez lequel le calcul du risque absolu individuel a (ou avait) donné un résultat supérieur à 20 % à 10 ans ou supérieur à 20 % extrapolable à 60 ans, ce risque étant calculé sur base des recommandations de la Task Force européenne (European Heart Journal 1998) en

tenant compte de l’âge, du sexe, du taux de cholestérol total, de la pression artérielle systolique, du tabagisme, d’un diabète sucré, d’un taux de cholestérol HDL bas.

Le patient qui a ou aurait rempli antérieurement les conditions de remboursement sur base du résultat du calcul de son risque absolu individuel à une certaine date conserve sans limite de temps le droit au remboursement, même si le traitement a entraîné une amélioration de son profil de risque.

b) En outre, la prescription donnant lieu au remboursement doit avoir été faite conformément aux conditions suivantes :

1. le médecin prescripteur vérifie l’impact du traitement par la réalisation annuelle d’un profil lipidique notifié dans le dossier médical tenu pour ce patient;

2. le médecin prescripteur tient compte d’une posologie maximale

remboursable de 40 mg par jour;

3. le médecin prescripteur tient compte du fait que le remboursement est autorisé pour autant que le traitement vise une des deux situations suivantes :

3.1. Traitement en mono-thérapie;

3.2. Traitement en association dans laquelle, à un traitement préalable d’au moins 3 mois par simvastatine est ajoutée :

- soit un fibrate, en application du point II. b). 3.2.1. du paragraphe relatif à ce fibrate;

- soit une résine, en application du point II. b) 3.2. du paragraphe relatif à cette résine;

- soit l’acipimox, en application du point II. b) 3.2.1. du paragraphe 113.

Dans tous les cas, le médecin prescripteur dispose, dans le dossier médical tenu pour ce patient, d’un avis préalable d’un médecin spécialiste en médecine interne, en cardiologie, ou en pédiatrie (si le patient est âgé de moins de 18 ans), qui confirme la nécessité de ce traitement en association. En dehors des associations visées au présent point 3.2, le remboursement simultané d’une spécialité mentionnée au point e) et d’une autre spécialité classée sous les critères B-39, B-40, B-41, B-215, A-42, ou A-45 n’est jamais autorisé.

4. le médecin prescripteur tient compte du fait que le profil lipidique du bénéficiaire doit, dans tous les cas, avoir été mesuré à jeun, à au moins deux reprises avec 1 à 8 semaines d’intervalle, en état stable, sous régime approprié.

c) Lorsque le médecin prescripteur constate que la prescription de la spécialité mentionnée au point e) pour le patient concerné ne remplit pas une ou plusieurs conditions figurant au point a) ou au point b),il appose sur l’ordonnance la mention « tiers payant non applicable ». Dans

ce cas, le pharmacien ne peut pas appliquer le tiers payant.

d) Lorsque le médecin prescripteur constate que la prescription d’une spécialité mentionnée au point e) pour le patient concerné remplit à la fois les conditions figurant au point a) et au point b, il n’appose aucune mention complémentaire sur l’ordonnance. Dans ces conditions, le remboursement peut être accordé sans l’accord du médecin-conseil, et le pharmacien peut appliquer le tiers payant en catégorie B.

 

Nos commentaires à propos de ces nouvelles conditions de remboursement pour ces deux spécialités.

Nous ne comprenons pas l’intérêt d’une telle cacophonie dans le remboursement des statines : pourquoi adapter le remboursement de certaines statines à des recommandations (sujettes à discussion comme vous le lirez plus loin) et non l’ensemble des statines ? Les conditions de remboursement de la majorité des statines restent en contradiction flagrante avec les connaissances scientifiques actuelles. Est-ce lié au prix ou au retard d’introduction de dossiers ? Cette situation ne facilite pas le travail du prescripteur et le fait douter encore plus de la cohérence des décisions prises en matière de remboursement.

Les références (de la Task Force Européenne) ne sont probablement pas les plus adéquates non plus. La table de risque a utiliser pour fixer le niveau de risque coronarien (morbidité ou mortalité, données de Framingham) est celle de 1998. Cette table a été modifiée, par la Task Force Européenne, cette année-ci, et n’envisage plus que la mortalité d’origine coronarienne, avec des chiffres européens. Les pourcentages de risque sont donc plus bas puisqu’ils ne concernent que la mortalité coronarienne. Les deux tables (1998 et 2003) n’incluent toujours pas le rapport cholestérol total/HDL-cholestérol, pourtant reconnu, par de très nombreux experts et études, comme plus prédictif de risque d’événements coronariens. L’extrapolation du risque à 60 ans peut être utile pour le prescripteur et le patient : elle attire l’attention sur l’importance d’une durée d’exposition à un risque. Mais fallait-il pour autant en faire un critère d’accès à un remboursement ? D’autres pays (la Hollande par exemple) ont choisi une tout autre option : le niveau de risque justifiant un traitement s’élève pour eux avec l’âge, ce qui semble raisonnable, l’âge en lui-même augmentant le risque cardio-vasculaire.

Nous sommes donc très perplexes devant ce bricolage qui ne simplifie ni notre tâche de prescripteur ni ne satisfait notre demande de cohérence scientifique.

Dr Pierre Chevalier