A propos des posologies recommandées en cas
d’insuffisance rénale. LLG 47,
septembre 2005
L’EBM est « …l’utilisation consciencieuse,
explicite et judicieuse des meilleures preuves actuelles dans la prise de
décision sur les soins à des patients individuels. » écrit un éditorialiste
du BMJ[1].
Un domaine privilégié est évidemment la prescription de médicaments pour
laquelle on attend de plus en plus du médecin des choix argumentés. Il lui
reste pour cela à trouver les sources d’informations fiables.
Dans le même numéro, Vidal et al[2]
ont étudié dans quatre guides de pharmacologie respectables, les
recommandations pour la prescription en cas d’insuffisance rénale de 100
médicaments fréquemment utilisés.
Les recommandations du British National
Formulary (BNF), du Martindale, de l’American Hospital Formulary System Drug
Information et du Drug Prescribing in Renal Failure différent dans les doses
prescrites, les fréquences d’administration et même sur les définitions de
l’insuffisance rénale. Par exemple, pour 11 médicaments sur 43 pour lesquels le
BNF ne recommandait pas d’adaptation de la dose, le Martindale
Dans de nombreux cas, les preuves n’existent
pas dans la littérature pour aider les cliniciens. Tandis que les études
trouvent des réponses à certaines questions surgissent de nouvelles questions.
Même dans les domaines où il existe de nombreuses études et des preuves comme
dans la prise en charge de l’hypertension, il y a des différences
d’interprétation des analyses et des conclusions différentes quant à
l’application clinique. Il paraît donc inévitable que subsistent des
divergences d’opinions, même parmi les sources les plus fiables. Une autre
question posée par cet article est de savoir si les manuels de référence
doivent citer toutes les sources de leurs arguments qui alimentent leurs
recommandations, ce qui rendrait ces guides beaucoup plus ardus à utiliser dans
la pratique clinique.
Des représentants des quatre revues, dont trois
éditeurs, répondent dans le courrier en fin du
numéro[3] [4]
[5]
[6].
Aucun ne s’étonne des conclusions de l’étude. Ils reconnaissent les limites des
preuves de leurs recommandations tout en soulignant le manque d’éléments
tangibles souvent pour se positionner. Rares sont les études qui concernent les
dosages dans les insuffisances rénales et souvent il faut se baser sur les
caractéristiques des produits en attendant des informations cliniques parfois
contradictoires venant entre autres d’études de cas dispersées. Par ailleurs, la
plupart des études de pharmacocinétique sont conduites par l’industrie pharmaceutique,
avec les limites que cela implique. De nombreuses recommandations ne peuvent
être basées sur des preuves mais sont des estimations parfois secondaires à des
extrapolations. Par ailleurs, d’autres facteurs doivent influencer les dosages
optimaux en plus de la gravité de l’insuffisance rénale : le poids, l’âge,
le sexe et tout cela est difficilement quantifiable. Parfois cependant, des
mesures quantitatives peuvent aider à choisir le dosage optimum (mesure de
l’INR, de la pression artérielle, le dosage sérique…). Aronoff propose de
classer les recommandations de ces manuels de A à C selon le niveau de
preuves.
Quoi qu’il en soit, il restera toujours des
zones d’ombre dans les chemins flous de la bonne prescription qu’il faut aussi
adapter non seulement aux caractéristiques du patients (âge, co-morbidités,
autres médications) mais aussi à ses attentes. Tous les auteurs cependant
recommandent de poursuivre une démarche vers la prescription basée sur la
preuve, cette quête «pour atteindre l’inaccessible étoile »[7].
André Crismer.
[1] Maxwell S.R.J, Evidence Based Prescribing, BMJ
2005; 331: 248-9
[2] Vidal L, Shavit M, Fraser A, Paul M, Leibovici
L, Systematic Comparison of four sources of drug information regarding
adjustment of dose for renal function, BMJ 2005; 331: 263-6
[3] Mehta D.K., Response from the British National
Formulary, BMJ 2005; 331: 292
[4]
[5] McEvoy G.K., Response from AHFS Drug
Information, BMJ 2005; 331: 293
[6] Aronoff G.R., Response from Drug Prescribing
in Renal Failure, BMJ 2005; 331: 293-4
[7] Brel J., La Quête in « L’Homme de la
Mancha, 1968.