N°69 : PROTOPIC° (12.2002): publicité médiatique indirecte pour un médicament sur prescription
Voici la réaction d’un de nos membres:
« En
écoutant le journal parlé de 8h du matin sur Bel RTL dans ma voiture le 19
novembre courant, j'ai eu la surprise, entre deux nouvelles internationales,
d'entendre le Dr X.vanter les mérites d'une nouvelle pommade réputée utile
contre la dermatite atopique. Les commentaires du Dr X. abondaient dans le sens
de la soi disant merveille présentée par le journaliste. Le tout avait un
contenu éminemment publicitaire, bien compatible avec le profil usuel de la
société éditrice. Dans son message le Dr X. t ne se contentait pas de vanter la
nouvelle pommade miracle mais mettait sérieusement en avant les problèmes
sévères liés à l'utilisation de cortisone cutanée dans ces indications. Le
texte ci-joint est repris du site Internet de RTL : "L’eczéma, que les médecins appellent dermatite atopique est
une maladie en augmentation : elle touche 2 à 3 fois plus d’enfants aujourd’hui
qu’il y a trente ans. La dermatite atopique atteint entre 10 et 20% des
enfants. Cette maladie apparaît à 3 ou 4 mois, évolue, puis s’estompe vers
l’âge de 9 ou 10 ans. Seuls 10% des enfants touchés conserveront de l’eczéma
toute leur vie. Un nouveau médicament, sans cortisone, est à présent disponible
en Belgique pour lutter contre l’eczéma. Une pommade qui annule les effets indésirables
de la cortisone. Ce médicament, un onguent baptisé Protopic®, est promis à un
bel avenir. Son défaut : il est cher, 1 euro et demi le gramme, mais une
demande de remboursement a été introduite" A l'évidence il s'agit d'un encart publicitaire dont les chiffres sont
gonflés. La cortisone y est prise comme contre pied et le prix, largement
prohibitif devient un argument de vente. Le Dr X. a lu un texte qui reprenait
ces arguments en les développant. Le ton général du message était tel que les
mères d'enfants atteints de dermatite atopique pourraient se sentir
culpabilisées d'une part de ne pas utiliser le nouveau produit en raison de son
coût, présenté et justifié comme élevé
et d'autre part de continuer à utiliser la cortisone dont les effets
secondaires ont été minutieusement décrits par le Dr X. En tant que praticien
de médecine générale, je vis ces pratiques publicitaires comme hautement
inadmissibles et dommageables à notre profession. Nous somme pas là pour vendre de la soupe ni pour vendre de l'angoisse
à la population. C'est une technique bien connue pour créer un marché que
d'affoler les mères sur leur comportement inadéquat et de les persuader qu'un
médicament nouveau doit être utilisé quelque soit son prix. La tentation est
grande de transformer une information en publicité et la frontière est étroite
et souvent savamment calculée[1]
Marc Jamoulle
[1] Ray Moynihan, Iona Heath, David
Henry, and Peter C Gøtzsche Selling sickness: the pharmaceutical industry and
disease mongering • BMJ 2002; 324: 886-891
Le GRAS a
interpellé le Ministre de la Santé, Jef Tavernier, en ces termes : « Le GRAS souhaiterait un
meilleur contrôle de ce type de publicité . Ne pourriez-vous pas préciser et de
renforcer les compétences et les possibilités de sanctions de la Commission de
Contrôle de la Publicité mise en place au sein du Ministère de la Santé
Publique ainsi que celles de l'Inspection de la Pharmacie ?. En cas de
publicité mensongère avérée, ne pourrait-on pas rendre obligatoire la
publication d'un rectificatif de même nature, importance et fréquence que la
publicité incriminée ? Nous aurions voulu
connaître votre avis et vos projets face à ce problème. »
Réaction d’un pharmacien du
GRAS:
« On pourrait éventuellement faire un parallèle avec la position du pharmacien à qui des patients demandent de délivrer des médicaments qui, s'ils ne sont pas soumis à prescription, ne présentent cependant guère d'intérêt thérapeutique ou présentent un risque non négligeable,et pour lesquels une publicité omniprésente risque de faire passer le pharmacien qui ne l'aurait pas en stock ou qui ne le conseillerait pas pour un mauvais pharmacien ( anti-inflammatoires présentés comme anti-douleurs, complexes de vitamines, produits pour maigrir, xième forme galénique d'une molécule n'apportant rien de nouveau, mais aussi décongestionnants oraux, crème à la cortisone, ...). »