Nouvelles de la publivigilance:  LLG n° 37 mars 2003

Festival de la prescription radiotéléguidée en décembre 2002

Alors que la publicité pour le grand public reste (pour l’instant !) encore interdite pour les médicaments sur prescription, des campagnes publicitaires médiatiques précèdent en Europe l’introduction de nouveaux médicaments : COX2, Xenical®, Relenza® (action du GRAS n°44), Implanon® (n°51),Viagra®, Zyban®,…Le GRAS réclame un meilleur contrôle de ce type de publicité . Il s’agit de préciser et de renforcer les compétences et les possibilités de sanctions de la Commission de Contrôle de la Publicité mise en place au sein du Ministère de la Santé Publique ainsi que celles de l'Inspection de la Pharmacie. En cas de publicité mensongère avérée, il faudrait rendre obligatoire la publication d'un rectificatif de même nature, importance et fréquence que la publicité incriminée. En décembre 2002, nous avons épinglé deux exemples :

action n° 68 : PIRACETAM (NOOTROPIL® - UCB) 12.2002 publicité médiatique indirecte pour un médicament sur prescription promotion déguisée pour des indications non-validées.

Les 4 et 5 décembre 2002, à des heures de grande écoute, Robert Brasseur, professeur aux Facultés agronomiques de Gembloux, spécialiste en bioinformatique, était longuement interviewé sur les chaînes radio et TV de RTL et de la RTBF au sujet des nouvelles propriétés stabilisatrices de membrane du Piracétam. Bien qu’aucune étude clinique n’ait été réalisée pour étudier ces propriétés chez l’être humain, ce professeur signalait que ce produit était déjà disponible sur ordonnance et que, « en conscience » il ne pouvait que recommander ce médicament aux patients atteints du SIDA, de la maladie d’Alzheimer voir de la grippe et de maladies infectieuses. S’ensuivait au JT un gros plan sur des emballages de Nootropil°…Publicité médiatique indirecte pour un médicament disponible sur prescription, ce qui est légalement interdit ; publicité auprès du grand public pour des indications non validées, ce qui est aussi doublement interdit. L’Inspection de la Pharmacie réagira-t-elle ? Le GRAS a déjà réagi pour des faits de ce genre (cfr., entre autres, action n°36 Serevent® en 11/97 et action n°6 Imitrex® en 6/92 ) mais le parquet avait classé l’affaire sans suite arguant de la liberté de la presse (1). Ce n’est pas la première fois que UCB promotionne de manière non-éthique ses produits : en 1993 elle promotionnait dans « Médecine d’Afrique Noire » le Nootropil® dans le traitement de l’AVC et en avril 86, dans « Pharmacien d’Afrique », le Longifène® (antihistaminique) comme stimulant de l’appétit. Quant au Nootropil®, il s’agit d’un bon recyclage pour un produit dont l’efficacité a été largement contestée jusqu’ici et qui s’est révélé toxique dans le traitement des AVC hémorragique ( cfr. lettre circulaire d’UCB aux médecins belges et nouvelle notice du Nootropil® du 29.06.2001).  

action n°69 : PROTOPIC° (12.2002)  publicité médiatique indirecte pour un médicament sur prescription

Voici la réaction d’un de nos membres:

« En écoutant le journal parlé de 8h du matin sur Bel RTL dans ma voiture le 19 novembre courant, j'ai eu la surprise, entre deux nouvelles internationales, d'entendre le Dr X.vanter les mérites d'une nouvelle pommade réputée utile contre la dermatite atopique. Les commentaires du Dr X. abondaient dans le sens de la soi disant merveille présentée par le journaliste. Le tout avait un contenu éminemment publicitaire, bien compatible avec le profil usuel de la société éditrice. Dans son message le Dr X. t ne se contentait pas de vanter la nouvelle pommade miracle mais mettait sérieusement en avant les problèmes sévères liés à l'utilisation de cortisone cutanée dans ces indications. Le texte ci-joint est repris du site Internet de RTL : "L’eczéma, que les médecins appellent dermatite atopique est une maladie en augmentation : elle touche 2 à 3 fois plus d’enfants aujourd’hui qu’il y a trente ans. La dermatite atopique atteint entre 10 et 20% des enfants. Cette maladie apparaît à 3 ou 4 mois, évolue, puis s’estompe vers l’âge de 9 ou 10 ans. Seuls 10% des enfants touchés conserveront de l’eczéma toute leur vie. Un nouveau médicament, sans cortisone, est à présent disponible en Belgique pour lutter contre l’eczéma. Une pommade qui annule les effets indésirables de la cortisone. Ce médicament, un onguent baptisé Protopic®, est promis à un bel avenir. Son défaut : il est cher, 1 euro et demi le gramme, mais une demande de remboursement a été introduite" A l'évidence il s'agit d'un encart publicitaire dont les chiffres sont gonflés. La cortisone y est prise comme contre pied et le prix, largement prohibitif devient un argument de vente. Le Dr X. a lu un texte qui reprenait ces arguments en les développant. Le ton général du message était tel que les mères d'enfants atteints de dermatite atopique pourraient se sentir culpabilisées d'une part de ne pas utiliser le nouveau produit en raison de son coût, présenté et justifié comme élevé  et d'autre part de continuer à utiliser la cortisone dont les effets secondaires ont été minutieusement décrits par le Dr X. En tant que praticien de médecine générale, je vis ces pratiques publicitaires comme hautement inadmissibles et dommageables à notre profession.  Nous ne sommes pas là pour vendre de la soupe ni pour vendre de l'angoisse à la population. C'est une technique bien connue pour créer un marché que d'affoler les mères sur leur comportement inadéquat et de les persuader qu'un médicament nouveau doit être utilisé quelque soit son prix. La tentation est grande de transformer une information en publicité et la frontière est étroite et souvent savamment calculée (1).

Marc Jamoulle

(1)  Ray Moynihan, Iona Heath, David Henry, and Peter C Gøtzsche Selling sickness: the pharmaceutical industry and disease mongering  BMJ 2002; 324: 886-891

 

Le GRAS a interpellé le Ministre de la Santé, Jef Tavernier, en ces termes : « Le GRAS souhaiterait un meilleur contrôle de ce type de publicité . Ne pourriez-vous pas préciser et renforcer les compétences et les possibilités de sanctions de la Commission de Contrôle de la Publicité mise en place au sein du Ministère de la Santé Publique ainsi que celles de l'Inspection de la Pharmacie ?. En cas de publicité mensongère avérée, ne pourrait-on pas rendre obligatoire la publication d'un rectificatif de même nature, importance et fréquence que la publicité incriminée ? Nous aurions voulu connaître votre avis et vos projets face à ce problème. »

Réaction d’un pharmacien du GRAS:

« On pourrait éventuellement faire un parallèle avec la position du pharmacien à qui des patients demandent de délivrer des médicaments qui, s'ils ne sont pas soumis à prescription, ne présentent cependant guère d'intérêt thérapeutique ou présentent un risque non négligeable, et pour lesquels une publicité omniprésente risque de faire passer le pharmacien qui ne l'aurait pas en stock ou qui ne le conseillerait pas pour un mauvais pharmacien ( anti-inflammatoires présentés comme anti-douleurs, complexes de vitamines, produits pour maigrir, xième forme galénique d'une molécule n'apportant rien de nouveau, mais aussi décongestionnants oraux, crème à la cortisone, ...).