Nouvelles du front de la publivigilance:

action n° 67 : RUPTURES  DE STOCKS (9. 2002):  Politique délibérée de marketing contraire aux règles en usage.

Le GRAS a déjà réagi aux ruptures tendineuses sous fluoroquinolones, aux ruptures de prothèses de hanche, voilà maintenant la problématique des ruptures récurrentes de stocks de médicaments. Depuis quelques années, plusieurs médicaments très utiles et bon marché ont été retirés du marché belge sur base d’arguments spécieux (PENIORAL® : action N° 8 du GRAS (3)) mais en fait pour des raisons commerciales. Cela complique la tâche du généraliste soucieux de fonder sa prescription sur des recommandations de bonne pratique recommandant ces produits : sirop de pénicilline dans le traitement de certaines angines, triméthoprim (Wellcoprim®) dans le traitement de la cystite banale de la femme jeune, vaccin monovalent contre la rubéole, hydrochlorothiazide dans le traitement de l’HTA,…Souvent la prescription doit se reporter sur des produits plus chers et moins bien adaptés !

Depuis deux ans, les témoignages de professionnels du médicament confrontés à ces ruptures de stocks augmentent dans plusieurs pays d’Europe (4,5) : absence momentanée ou retrait définitif, la chose est rarement précisée par la firme responsable. Des produits très utiles sont concernés (6). Les raisons invoquées ne sont guère admissibles au vu du préjudice occasionné aux malades et à la santé publique. Certaines firmes vont même jusqu’à en faire un outil promotionnel telle AstraZeneca qui annonce dans une lettre aux médecins belges que « suite à une forte augmentation de la demande en Selozok® liée aux résultats de l’étude MERIT-HF, il existe un risque de ne pas pouvoir honorer toutes les demandes pour cette spécialité dans les prochaines semaines. »

De qui se moque-t-on ? Le 15 octobre 2002, l’Association Nationale des Grossistes-Répartiteurs en Spécialités Pharmaceutiques ( ANGR) informe les pharmaciens belges que plusieurs fabricants tels GSK, Eli Lilly, Sanofi, Synthélabo et Servier imposaient des quotas maximums pour l’achat d’un certain nombre de médicaments ; l’ANGR craint des ruptures de stocks et dénonce cette mesure unilatérale et protectionniste. L’administration de la Santé Publique semble dépourvue devant cette situation ne disposant pas de possibilité de contrainte légale ou administrative. Le GRAS a interpellé les ministres Tavernier et Vandenbroucke   pour leur demander de mettre en place une information systématique et précise des professionnels de santé dans ce domaine et pour prendre une initiative législative contraignante telle qu’une astreinte pour arrêt de commercialisation . Le médicament n’est pas une savonnette et quand on voit l’énergie que gaspillent les firmes pharmaceutiques à promouvoir leurs pseudonouveautés, les malades et les professionnels de la santé sont en droit d’attendre plus de sérieux et de sens de leurs responsabilités à propos de leur gestion de stocks… à moins qu’elles ne soient sciemment provoquées pour développer la vente de médicaments plus onéreux !

  1. La Lettre du GRAS  2002 ; 35:39-40
  2. PRESCRIRE REDACTION – Opacification d’implants oculaires  Prescrire 2002 ;22(226): 199.
  3. Rédaction GRAS – PENIORAL® : triste fin pour un sirop…pas assez juteux  La Lettre du GRAS 1993 ; 4 : 10.
  4. Prescrire Rédaction – Ruptures de stocks : trop, c’est trop !  Prescrire 2002 ;22(230) :507.
  5. Certaines spécialités qui ne sont brusquement plus disponibles – Folia Pharmacothérapeutica 2002 ; 29 : 32.
  6. Du Norlevo° (contraceptif post-coïtal) à la Furadantine° (traitement de choix dans la cystite banale) en passant par le seul sérum anti-tétanique encore disponible qui, depuis mi-août 2002, ne l'est plus que de façon intermittente ce qui est inadmissible (... criminel ?) pour un tel médicament.