Et
que se passe-t-il du
côté des patients ?
Dans les
controverses sans fin qui animent
le débat sur les médicaments tant en ce qui concerne leur surpresciption, leurs
indications trop larges, la médicalisation de la vie quotidienne, la fragilité
des preuves apportés par les essais cliniques
particulièrement dans le domaine de la santé mentale, une piste de
réflexion actuellement trop peu explorée pourrait nous offrir un nouvel
éclairage.
Il s'agit des
études, menées par des sociologues ou des spécialistes en santé publique,
portant sur le point de vue des patients tant en ce qui concerne leur ressenti
par rapport à la prise d'un médicament que sur les discours qui entourent la
prescription. Ces études sont à tort considérées comme peu scientifiques, trop subjectives
et basées sur des témoignages de patients qui du fait de leur pathologie sont
souvent supposés atteints également d'un trouble du jugement.
Néanmoins, les
rares études réalisées afin de récolter ces témoignages quand elles sont menées
avec la rigueur nécessaire pourraient
nous fournir des éléments précieux pour guider notre pratique.
Voici un article
récent qui illustre ce propos.
L’auteur Ilina Singh(1)a étudié via des entretiens le ressenti des enfants
sous psychostimulants.
Résumé:
Les médicaments
stimulants utilisés pour le traitement des enfants TDAH (trouble déficitaire de
l'attention et/ou hyperactivité) sont un sujet particulier de controverse et de
débat. Les spécialistes en bioéthique se sont préoccupés des répercussions
qu'auraient ces médicaments stimulants sur l'authenticité, l'individualité et
l'évolution favorable des enfants. Il existe pour le moment très peu de preuves
empiriques pour appuyer ou contrer ces préoccupations. Cet article présente les
données d'une étude pilote basée sur des entretiens qui visent à étudier
l'autoappréciation morale qu'ont les enfants face à un diagnostic de TDAH et à
un traitement par psychostimulants, avec une attention particulière sur le
jugement que portent ces enfants sur leur personnalité authentique.
Les conclusions
sont que ces traitements par médicaments stimulants ne semblent pas affecter le
sentiment d'authenticité des enfants. Dans cette étude, les enfants rapportent
par contre qu'ils croient qu'une dimension essentielle de leur “vraie” identité
est fondamentalement “mauvaise” et ce malgré la prise du médicament.
(1) Singh,I. London School
of Economics, UK .Clinical Implications
of Ethical Concepts: Moral Self-understandins in Children Taking
Methylphénidate for ADHD.Clinical Child Psychology and Psychiatry. 2007 SAGE
Publications.Vol 12(2): 1000. ww.sagepublications.com
Dr Monique Debauche