Et que se passe-t-il du côté des patients ?LLG n° 60, décembre 2008

Dans les controverses sans fin qui animent le débat sur les médicaments tant en ce qui concerne leur surpresciption, leurs indications trop larges, la médicalisation de la vie quotidienne, la fragilité des preuves apportés par les essais cliniques  particulièrement dans le domaine de la santé mentale, une piste de réflexion actuellement trop peu explorée pourrait nous offrir un nouvel éclairage.

Il s'agit des études, menées par des sociologues ou des spécialistes en santé publique, portant sur le point de vue des patients tant en ce qui concerne leur ressenti par rapport à la prise d'un médicament que sur les discours qui entourent la prescription. Ces études sont à tort considérées comme peu scientifiques, trop subjectives et basées sur des témoignages de patients qui du fait de leur pathologie sont souvent supposés atteints également d'un trouble du jugement.

Néanmoins, les rares études réalisées afin de récolter ces témoignages quand elles sont menées avec  la rigueur nécessaire pourraient nous fournir des éléments précieux pour guider notre pratique.

Voici un article récent qui illustre ce propos.

L’auteur Ilina Singh(1)a étudié via des entretiens le ressenti des enfants sous psychostimulants.

Résumé:

Les médicaments stimulants utilisés pour le traitement des enfants TDAH (trouble déficitaire de l'attention et/ou hyperactivité) sont un sujet particulier de controverse et de débat. Les spécialistes en bioéthique se sont préoccupés des répercussions qu'auraient ces médicaments stimulants sur l'authenticité, l'individualité et l'évolution favorable des enfants. Il existe pour le moment très peu de preuves empiriques pour appuyer ou contrer ces préoccupations. Cet article présente les données d'une étude pilote basée sur des entretiens qui visent à étudier l'autoappréciation morale qu'ont les enfants face à un diagnostic de TDAH et à un traitement par psychostimulants, avec une attention particulière sur le jugement que portent ces enfants sur leur personnalité authentique.

Les conclusions sont que ces traitements par médicaments stimulants ne semblent pas affecter le sentiment d'authenticité des enfants. Dans cette étude, les enfants rapportent par contre qu'ils croient qu'une dimension essentielle de leur “vraie” identité est fondamentalement “mauvaise” et ce malgré la prise du médicament.

(1) Singh,I. London School of Economics, UK .Clinical Implications of Ethical Concepts: Moral Self-understandins in Children Taking Methylphénidate for ADHD.Clinical Child Psychology and Psychiatry. 2007 SAGE Publications.Vol 12(2): 1000. ww.sagepublications.com

Dr Monique Debauche