REVOLUTION
DANS LE TRAITEMENT DES TROUBLES DU SOUFFLE ?
SMART MET
LE TURBO :
On s’y attendait
depuis longtemps à entendre le discours des délégués médicaux et au vu des
prescriptions des pneumologues: sur base d’une procédure de reconnaissance
mutuelle au niveau européen, le Symbicort® a obtenu l’enregistrement de l’indication
« traitement des symptômes en cas d’asthme et de BPCO (BronchoPneumopathie
Chronique Obstructive) ».
Arguant de
sa commodité d’emploi, Astra Zeneca a désormais les mains libres pour
promotionner le Symbicort (association fixe de budésonide et de formotérol) à la demande, en traitement de la
crise de dyspnée chez l’asthmatique et le patient BPCO. Encore manque-t-il le
remboursement INAMI qui n’intervient que pour le traitement d’entretien et sous
conditions bien stricte…(1)
Et Astra
Zeneca (AZ) met le turbo pour cette promotion du Symbicort® en utilisation à
Pour
justifier cet élargissement d’indication accepté par les autorités belges de l’enregistrement
en 12.2006, AZ a produit 5 études (4-8) d’efficacité et de tolérance en double
aveugle portant sur 4447 asthmatiques sous Symbicort® en traitement d’entretien
et des symptômes pendant 6 ou 12 mois comparés à des patients sous Symbicort à
dose fixe plus traitement bêta2 complémentaire. Toutes ces études sont
financées par AZ et montrent une amélioration significative de différents
paramètres cliniques sous Symbicort® à la demande pour une moindre consommation
moyenne de corticoïdes inhalés. Mais aucune de ces études ne compare l’usage à
la demande de Symbicort® à l’usage à la demande de corticoïdes inhalés associés
à un bêta2mimétique de courte durée d’action comme enseigné aux patients
asthmatiques dans les plans thérapeutiques actuels et les recommandations GINA
(http://www.ginasthma.com ). Chez les
BPCO, le bénéfice du Symbicort® reste marginal (3). Les conclusions récentes de
l’étude TORCH (2) ne montrent ni bénéfice ni augmentation de risque en termes
de décès sous fluticasone, sous salmétérol ou sous association des deux. Cette
étude apporte une question supplémentaire : une augmentation des cas de
pneumonie sous corticostéroïdes inhalés qui demande donc des investigations
complémentaires et incite, en attendant ces résultats, à plus de prudence dans l’emploi des corticoïdes
inhalés chez les BPCO. On aurait attendu des autorités européennes de
l’enregistrement qu’elles imposent à la firme de réaliser des études
d’observation des patients sous Symbicort®. Ces études devraient suivre
particulièrement les patients qui présentent un risque cardiovasculaire
potentiellement majoré par l’utilisation de bêta2mimétiques et enregistrer scrupuleusement
l’incidence des exacerbations sévères de l’asthme sous formétérol ainsi que
l’évolution de la mortalité totale et de l’incidence des infections
respiratoires basses sous traitement combiné à la demande.
Cette promotion
va aussi imposer un produit plus cher au détriment du Ventolin® (Salbutamol) comme
traitement « de secours ». De plus, des inconnues persistent quant
aux risques liés à une augmentation de l’usage et des doses de LABA au vu des
avertissements diffusés en avril 2007 par GSK concernant les risques du
Ventolin® (Bêta2mimétique de courte durée d’action) chez les personnes présentant
des problèmes d’ischémie myocardique (Lettre de GSK aux médecins belges du 27
avril 2007). AZ risque de profiter des études SMART et TORCH qui défavorisent son
concurrent direct, le Seretide® (association fixe de salmeterol et de
fluticasone) de GSK pour promotionner
son Symbicort®. Ce serait oublier de rappeler que ces molécules en -ol sont
toutes des bêta2mimétiques susceptibles d’exposer aux mêmes effets secondaires.
(1) Au 12.05.2007, en Belgique, la spécialité ne fait
l’objet d’un remboursement que si elle est utilisée pour le traitement de fond
de l’asthme qui n’est pas sous contrôle avec une faible dose par inhalation de
stéroïdes (équivalent à < 500 µg de béclométhasone diproprionate). Ou si
elle est utilisée pour le traitement symptomatique de patients atteints de BPCO
sévères à très sévères (FEV1 <50% ou <30% de la valeur normale attendue)
et en cas d’antécédent d’exacerbations répétées, chez des patients qui ont des
symptômes significatifs en dépit d’un traitement régulier par
bronchodilatateurs à longue durée d’action (directives GOLD stades III et IV). Les
critères diagnostiques de l’asthme et de la BPCO sont bien précisés.
(2) Cfr article dans ce numéro de La Lettre du GRAS :
« L’éclairage de la TORCH ».
(3) Notice scientifique belge du Symbicort® mise à jour
octobre 2006, point 5.1.
(4) RABE KF et al. Budesonide/formoterol in a single inhaler for
maintenance and relief in mild-to-moderate asthma : a randomized, double
trial Chest 2006;129:246-256.
(5) O’BYRNE PM et al.
Budesonide/formeterol combination therapy as both maintenance and reliever
medication in asthma Am J Respir Crit Care Med. 2005;171:129-136
(6) RABE KF et al. Effect of Budesonide in combination with
formoterol for reliever therapy in asthma exacerbations Lancet
2006;368:744-753
(7) SCICCHITANO R et al.
Efficacy and safety of budesonide/formeterol single inhaler therapy
versus a higher dose of budesonide in moderate to severe asthma Curr
Med Res Opin. 2004 Sep;20(9):1403-1418
(8) VOGELMEIER C et al. Budesonide/formeterol
maintenance and reliever therapy: an effective asthma treatment option ? Eur Resir J 2005;26:819-828.
L’ECLAIRAGE
DE LA TORCH :
L’étude TORCH (1) “Towards a Revolution in COPD Health “
vient d’être publiée dans le New England Journal et porte bien son nom: ses
résultats annoncent un renversement de tendance dans l’utilisation des
combinaisons corticoïdes inhalés – LABA (Bêta2 mimétiques à longue durée
d’action) chez les patients souffrant de BPCO (BronchoPneumopathie Chronique
Obstuctive). Financée par GSK, cette étude multicentrique en double aveugle
analysée en intention de traiter, compare 4 groupes d’environ 1528 de patients
pendant 3 ans soit sous salmeterol 50 μg + fluticasone 500 μg deux fois par jour, soit un placebo, soit
sous salmeterol 50 μg seul soit sous fluticasone 500 μg seul. La mortalité globale, critère de
jugement principal, n’est pas statistiquement modifiée dans aucun des groupes
mais le taux de perdus de vue avoisine les 40% ce qui diminue la puissance de
l’étude, sa capacité a démontrer un bénéfice d’un des traitements étudiés. Les
critères de jugement secondaires rapportent une légère mais significative
amélioration d’une échelle de qualité de vie, du VEMS et du taux des
exacerbations. Le nombre moyen
des exacerbations annuelles (1,85/an sous placebo) était significativement
réduit sous Symbicort® (1,4/an), le bénéfice clinique de cette différence étant
discutable. Mais le nombre de pneumonie augmente
fort dans les groupes sous corticoïdes inhalés : 12,3% des patients sous
placebo, 19,6% sous traitement combiné (2), 18,3% sous fluticasone (3) et 13,3%
sous salmétérol seul (non significatif).
Etonnament la mortalité de cause respiratoire n’en n’est pas
influencée. Précisons que les critères diagnostiques de pneumonie n’avaient pas
été précisés dans le design de l’étude.
C’est la première fois qu’une étude chez les BPCO rapport ce
genre de complication sous corticoïdes inhalés. Alors pourquoi continuer à
prescrire ce genre d’association chez les BPCO alors que la mortalité totale
n’en n’est pas modifiée et que le modeste gain en terme de qualité de vie est
contrebalancé par des effets secondaires non négligeables ? Les auteurs de
l’article en appellent eux-mêmes à la réalisation d’études de plus grande
envergure et l’éditorialiste du NEJM du 22 février 2007 annonce que « les
corticoïdes inhalés ne doivent pas être recommandés chez les BPCO ». Dans
le doute, n’est-il pas plus raisonnable de recommander un moratoire chez les
BPCO dans la prescription de corticoïdes inhalés et donc des combinaisons fixes
qui les incluent (Seretide®, Symbicort®) ? Au vu des effets secondaires
décrits par GSK concernant le salbutamol et les suspicions créées par l’étude
SMART concernant les LABA employés seuls chez les asthmatiques et quoique
l’étude TORCH ne démontre pas d’effets secondaires avec le salmétérol, il serait
prudent d’étendre la portée de ce moratoire à la prescription des LABA employés
seuls chez les BPCO et les asthmatiques. La conclusion d’une récente
métaanalyse (5) va dans le même sens : augmentation du nombre de décès respiratoires sous bêta2mimétiques par rapport au placebo
chez les BPCO.
(1) CALVERLEY P.,
(2) Le p est inférieur à
0,001 par rapport au groupe placebo et au groupe salmétérol seul
(3) Le p est inférieur à
0,001 par rapport au groupe placebo
(4) Lettre de GSK aux médecins
belges du 27 avril 2007
(5) SALPETER SR et all. Meta-analysis: Anticholinergics, but not b-agonists, reduce severe
exacerbations and respiratory mortality in COPD. J Gen Intern Med
2006;21:1011-9.