Editorial LLG 60 :
 SPONSOR ….ENCORE

J’ai été surpris de recevoir durant ce mois de novembre un courrier de l’association des maîtres de stage en médecine générale de l’ULB(université libre de Bruxelles). Il s’agissait d’une invitation pour une journée de formation pédagogique pour les maîtres de stage 1/1 en médecine générale le 6-12/2008, à la faculté de médecine de l’ULB. Pour rappel, les maîtres de stage 1/1 accueillent dans leur cabinet les assistants en formation pendant 2 ans en vue de leur agréation comme médecin généraliste. Le conseil supérieur impose en effet une journée de formation pédagogique aux maîtres de stage 1/1 généralistes afin de pouvoir conserver leur reconnaissance officielle. Ma surprise est venue de l’information figurant au bas de l’invitation. Elle mentionnait : « cette journée sera encadrée par la société GlaxoSmithKline ».C’est la première fois que je vois mentionner le sponsoring d’une journée de formation de maîtres de stage par l’industrie pharmaceutique.
Que les médecins en général soient inondés de messages venant de l’industrie est bien connu. Les médecins généralistes constitueraient d’ailleurs une cible privilégiée pour cette information. Selon une enquête du KCE (centre d’expertise des soins de santé) (1), ceux-ci seraient confrontés en effet à 450 annonces par mois, toutes formes confondues : brochures, lettres, annonces dans les magazines et journaux spécialisés, délégués et sessions de formation continue. Ce même rapport proposait une remise en question du lien étroit existant entre l’industrie pharmaceutique et la formation continue officielle des médecins. Que dire alors du lien entre cette même industrie et la formation pédagogique des maîtres de stage qui auront eux-mêmes la tâche d’assurer pendant 2 ans l’encadrement des futurs médecins généralistes. L’apprentissage de la prescription de médicaments en se basant sur des sources d’information indépendantes fait d’ailleurs partie de ces tâches du maître de stage. Cet exemple de sponsorisation est une illustration de plus du rapport ambigu que les médecins entretiennent avec le secteur pharmaceutique. Ils ont conscience d’être parfois manipulés ou induits en erreur par l’industrie, mais recherchent leur collaboration pour des informations pratiques ou pour le sponsoring de leur formation continue. Cette collaboration est même recherchée dans notre exemple pour la formation des maîtres de stage. La formation des médecins et futurs médecins devrait en tout cas être vierge de cette influence de l’industrie. S’il est bien sûr souhaitable que les pouvoirs publics financent la formation continue, il est tout aussi nécessaire que chaque médecin, pharmacien, dentiste…fasse aussi des choix pour garantir son indépendance vis-à-vis de l’industrie. C’est aussi une des raisons d’être du G.R.A.S. et de sa revue trimestrielle.
Ce numéro 60 de la lettre du GRAS vous parlera entre autre de blanchiment de confits d’intérêts, des médicaments de rue au Cameroun, du ressenti des enfants sous psycho-stimulants, de la publicité directe des médicaments aux consommateurs , de l’usage des neuroleptiques dans la démence, de la polémique autour de la promotion de la suboxone®…..Bonne lecture.
François Baivier, médecin généraliste

(1) KCE reports vol. 55 B. Valeur en termes de données probantes des informations écrites de l’industrie pharmaceutique destinées aux médecins généralistes.