Vioxx ®, un succès commercial, une publicité bien orchestrée, de
nombreuses complicités
Avant son retrait du marché mondial, le
rofécoxib (Vioxx®) avait bénéficié d'un large succès commercial, maintenu
malgré des signes de toxicité de cette molécule. Regards sur le passé pour
mieux analyser ce succès son mécanisme, et en tirer des conclusions utiles pour
éviter le retour d'un échec aussi retentissant pour la santé et les deniers
publiques.
A l'origine du succès, la grande presse et les
media
"Soigner
son arthrose sans bousiller son estomac", tel était le titre d'un article
paru dans un journal local belge ("
"Arthrose
: la révolution coxib" titrait Le Vif/L'Express du 19 mai 2000,
sous-titrant : "cette nouvelle molécule soulage les patients sans
entraîner les détestables effets secondaires des autres traitements. Mais elle
est chère. Et pas encore remboursée".
La
pression, par la voie des media, de la firme pour obtenir un remboursement d'un
médicament beaucoup plus cher que les autres AINS était lancée.
En février
2000, la presse radio-télévisée prenait le relais d'une "information"
du public qui n'était qu'une publicité médiatique déguisée.
Ainsi, en réponse à la question d'un auditeur
(?), A. Weinberg répondait le 8.05.2000 au micro de Matin Première à 7h.20 sur
les antennes de
Le Gras
avait réagi à l'époque : Action 50: Rofécoxib (Vioxx ®) mars 2000 - Publicité
médiatique indirecte à la télévision – Minimisation des effets secondaires.
Relais : la presse
médicale et les leaders d'opinion
Dans la presse médicale, les publicités furent ensuite envahissantes pour ce produit conçu "pour libérer de l'emprise de l'arthrose", soit disant "sélectif, puissant, simple", "L'AINS du XXIème siècle".
Il a reçu le prix Galien 1999 et nos professeurs d'universités n'ont pas tari d'éloge pour ce nouveau médicament. Par exemple :
Pr Reginster : "c'est aussi une molécule qui va autoriser des traitements au long cours ce qui est à mon sens un élément clé pour une pathologie comme l'arthrose".
Pr Appelboom (cité dans la Revue de la Médecine Générale,
qui résume une journée de Rhumatologie à Gembloux le 9 décembre 2000, ainsi que
dans
Les études cliniques
arrivent en renfort… ou sèment le doute
La publication de l'étude VIGOR en 2000 a jeté les premiers doutes sur la sécurité cardiovasculaire de cette molécule (voir l'article sur les effets indésirables des coxibs) . Ces doutes ont été très vite balayés par la firme Merck : "Merck confirms excellent safety profile of Vioxx ® " Whitehouse Sation, N.J., September 8,2000 – document for immediate release.
Les congrès internationaux suivaient ces
"informations" des firmes : Eular 2001concluait : "efficacité et
sécurité du rofécoxib confirmées, extension des indicationsé (Patient Care
septembre 2001), malgré la découverte du caractère incomplet de la publication
des études VIGOR et CLASS et de la publication de nombreuses mises en garde
(principalement dans la presse de l'International Society of Drug Bulletins
(ISDB) dont
Le flop
La 30 septembre 2004, la firme Merck annonce le retrait du Vioxx ® (voir communiqué des sources d'information pharmacothérapeutiques indépendantes belges ci-contre).
Subitement, des articles fort critiques sont publiés dans la presse médicale scientifique.
Réactions au retrait du Vioxx ® dans la presse médicale scientifique
De très nombreuses réactions ont vu le jour suite à ce retrait. Citons-en quelques-unes pour faire le tour des différents aspects soulignés.
Le Lancet fait appel, face à un marketing agressif et aveugle des firmes, à une meilleure éaluation de l'efficacité et de la sécurité des médicaments avant leur enregistrement (The Lancet. Vioxx: an unequal partnership between safety and efficacy. Lancet 2004;364:1787-8).
Dans le New England Journal of
Medicine, Topol s'étonne de la passivité, pendant des années, de
Les réactions posant le problème de manière plus globale et invitant ainsi à une réflexion approfondie du problème, nous semblent venir de Dieppe et coll et de Gilles Bardelay. Ces réflexions nous semblent complémentaires. En voici un bref résumé.
Dieppe et coll (Dieppe P, Shah E, Martin R, Jüni P. Lessons from the withdrawal of rofecoxib.. BMJ 2004;329:867-8) font d'abord un résumé de l'intérêt théorique des coxibs, des résultats partiels puis complets des études publiées, du retrait récent du Vioxx ® et des questions que ce retrait pose. La cardiotoxicité du rofécoxib est-elle un effet de classe des coxibs? Ils proposent de nous interroger sur l'utilisation trop importante des AINS (en totalité) dans des douleurs dont l'origine n'est pas inflammatoire. Comment prévenir, à l'avenir, telle mésaventure? En d'autres termes: quelles mesures doivent être prises pour garantir la sécurité des médicaments avant leur commercialisation? La surveillance "post marketing" peut offrir une garantie en ce qui concerne cette sécurité, mais des erreurs méthodologiques peuvent entraîner des conclusions erronées. Dieppe et coll. suggèrent:
- une obligation légale pour toutes les firmes pharmaceutiques d'enregistrer prospectivement toute RCT
- une obligation légale pour toutes les firmes pharmaceutiques de rendre immédiatement publique tout effet indésirable sérieux mis en évidence dans une étude clinique après la fin de cette recherche
- s'informer en permanence de tous les effets indésirables similaires à ceux mis en évidence dans les études randomisées et d'observation publiées ou non
- élaborer progressivement de nouvelles interventions, dans le cadre d'études indépendantes, à large échelle, randomisées, avant l'enregistrement définitif d'un médicament
- établir une frontière financière nette entre les firmes pharmaceutiques d'une part et les chercheurs impliqués dans la réalisation d'études ou de synthèses de la littérature d'autre part.
Il est certain que de telles mesures ne satisferont pas l'industrie pharmaceutique, mais elles limiteront le nombre de personnes exposées à des risques imprévus et permettront de disposer de données fiables et non sous influence quant aux effets indésirables d'un médicament, avant sa mise à disponibilité complète.
Par ailleurs, un article publié
par le journal Le Monde du 7 octobre 2004, rédigé par Gilles Bardelay,
directeur général de
Pierre Chevalier